Bilie-By-Nze écroué : Entre cris au complot politique et amnésie partisane face à une dette vieille de 18 ans
Depuis son incarcération le 16 avril à la prison centrale de Libreville, l’ancien premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze focalise l’attention de ses partisans. Ce lundi 20 avril, le bureau exécutif de son parti, Ensemble pour le Gabon (EPG), a fendu l’armure à travers un communiqué de presse particulièrement alarmiste. Les soutiens de l’opposant y dénoncent un refus des autorités judiciaires d’accorder des droits de visite, fustigeant une situation qui « traduit qu’Alain-Claude Bilie-By-Nze est en isolement total ».
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Pourtant, cette posture de victimisation institutionnelle contraste singulièrement avec les convictions d’hier. Ceux qui crient aujourd’hui à la persécution politique semblent oublier que leur champion, du temps de sa superbe sous le magistère d’Ali Bongo, défendait mordicus qu’il n’existait aucun prisonnier politique au Gabon. Une ironie cruelle du sort qui rattrape celui qui est arrivé deuxième lors de la dernière élection présidentielle, désormais présenté par les siens comme la cible d’une justice aux ordres.
L’oubli coupable d’une victime en attente de justice
Derrière l’écran de fumée de la rhétorique politicienne, la réalité du dossier est d’une banalité affligeante : une simple affaire de gros sous. L’incarcération de l’ancien chef du gouvernement découle d’un contentieux l’opposant à une compatriote qui réclame son dû depuis maintenant dix-huit ans. Cet argent, fruit d’un litige privé, avait servi à préfinancer l’organisation de la Fête des cultures. Une dette que le mis en cause n’a jamais daigné honorer malgré ses nombreuses années fastes au sommet de l’appareil d’État.
Le communiqué alarmiste du jour d’EPG
Plutôt que de s’époumoner dans des communiqués dénonçant une cabale, les soutiens et autres amoureux du leader d’EPG feraient mieux d’explorer des pistes de sortie de crise beaucoup plus pragmatiques. La solution à cette impasse carcérale ne réside pas dans l’agitation médiatique, mais dans une simple réparation financière. Il suffirait à ces partisans de se cotiser pour rassembler la somme réclamée ou, à défaut, de trouver une entente à l’amiable avec la plaignante pour obtenir la libération de leur mentor.
Payer d’abord, crier à la cabale ensuite
C’est à cette condition stricte que l’argument de l’acharnement prendrait tout son sens. Si, d’aventure, la dette venait à être intégralement épongée et que l’ancien premier ministre demeurait malgré tout sous les verrous, il y aurait alors matière à dénoncer une véritable instrumentalisation de l’appareil judiciaire. Mais dans l’état actuel des choses, s’abriter derrière le statut d’opposant de premier plan pour justifier une détention liée à des obligations financières relève de l’esbroufe.
Dans cette rocambolesque affaire, la véritable victime n’est pas celui qui dort aujourd’hui derrière les barreaux, mais bien cette citoyenne flouée, contrainte de ferrailler pendant près de deux décennies pour récupérer le fruit de son investissement. La justice, dans son essence, doit rester aveugle aux statuts et aux pedigrees : un débiteur visé par une plainte pour escroquerie ou abus de confiance doit rendre des comptes, qu’il soit un simple citoyen ou une ancienne gloire de la primature.
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