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Affaire Bilie By Nzé : chronique d’un assassinat politique à l’œuvre au Gabon

Affaire Bilie By Nzé : chronique d’un assassinat politique à l’œuvre au Gabon
Affaire Bilie By Nzé : chronique d’un assassinat politique à l’œuvre au Gabon © 2026 D.R./Info241

Dans cette tribune pour les lecteurs d’Info241, Jocksy Andrew Ondo-Louemba, journaliste et écrivain, prend clairement position dans ce qu’il convient désormais d’appeler « l’affaire Bilie By Nzé ». Pour lui, le pouvoir est en train d’éliminer politiquement, si ce n’est physiquement, un adversaire politique qui se définit lui-même comme « une alternative crédible » face à un Brice Oligui Nguéma qui se décrit comme un homme qui préfère la ruse à l’intelligence.

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Le 15 avril 2026, en fin d’après-midi, alors qu’Alain Claude Bilie By Nzé rentre chez lui à Libreville, des hommes s’emparent de lui et de ses téléphones portables en lui disant qu’il est en état d’arrestation et qu’ils appartiennent à la Direction générale des recherches (DGR), une entité spécialisée de la gendarmerie du Gabon, mais directement rattachée à la présidence de la République gabonaise. Alain Claude Bilie By Nzé n’obtient pas le motif de son arrestation et est alors conduit par les agents de la DGR à leur quartier général, au Camp Roux, à deux pas du palais présidentiel, après un curieux tour de ville…

Il n’y a pas escroquerie !

C’est à la Direction générale des recherches qu’Alain Claude Bilie By Nzé apprend le motif de son arrestation : « escroquerie ». On lui reproche, en 2008, d’avoir escroqué 5 millions de francs CFA à une femme, tout en interdisant à son avocat d’avoir accès à lui.

Mais lorsque son avocat, Me Sarah Ognyane, accède enfin au dossier d’accusation, il découvre qu’en réalité une femme, militante du même parti politique qu’Alain Claude Bilie By Nzé à l’époque, avait pris part, en compagnie d’Alain Claude Bilie By Nzé et des autres membres du bureau du comité d’organisation, au préfinancement de la fête des cultures, dont Alain Claude Bilie By Nzé était le président.

Cette « collecte des fonds » avait pour but d’éviter un retard dans le lancement de la fête des cultures, vu qu’à trois jours du lancement de ladite fête, l’argent prévu par le budget n’était pas disponible. Dans cette collecte, Alain Claude Bilie By Nzé mettra 3 millions de francs CFA et la « plaignante » 5 millions. Celle-ci se sera fait délivrer un accusé de réception, mais lorsque le budget arrivera enfin, il sera incomplet et ne permettra pas aux membres du comité d’organisation de rentrer dans leurs fonds…

« La bêtise insiste toujours »

Contre toute logique juridique, Alain Claude Bilie By Nzé est placé sous mandat de dépôt à la suite d’une « plainte » fallacieuse, pour ne pas dire abracadabrantesque. En effet, lorsqu’on regarde les faits tels que contenus dans le dossier, Alain Claude Bilie By Nzé ne saurait être poursuivi ni pour escroquerie ni pour abus de confiance, puisque l’argent de la « plaignante » n’a jamais été utilisé par Alain Claude Bilie By Nzé. Cet argent a servi à préfinancer une fête des cultures organisée par l’État gabonais via le comité d’organisation de la fête des cultures, et non dépensé par Alain Claude Bilie By Nzé pour son anniversaire ou à d’autres fins personnelles. Au regard du Code pénal gabonais, notamment de ses articles 301 et 307, rien ne permet d’incriminer, sur le plan pénal (et même civil), Alain Claude Bilie By Nzé.

Et comme au Gabon, comme disait Camus, « la bêtise insiste toujours », on ne se soucie pas du fait que la « plainte » n’aurait pas dû être recevable par le moindre magistrat, même s’il était le dernier de sa promotion, puisqu’il y a prescription depuis 2018. Autrement dit, depuis 8 ans, cette « plainte » n’est plus recevable ! Donc Alain Claude Bilie By Nzé n’a rien à faire en prison, lui qui, pour cette affaire, n’aurait jamais dû se retrouver devant un juge !

Assassinat politique en cours

Alors pourquoi une telle instrumentalisation de la justice ? À quelles fins ? La réponse est claire : il s’agit, pour le pouvoir de Brice Oligui Nguema, d’éliminer son principal opposant. Politiquement ? Sans doute. Physiquement ? Certainement.

En effet, son emprisonnement vise à l’éliminer du jeu politique, à porter un coup dur à son parti et à terroriser la classe politique, dont certains acteurs ont demandé, toute honte bue, « l’intervention du chef de l’État » (sic), qui, s’il le voulait, peut faire libérer Alain Claude Bilie By Nzé à la minute !

La volonté d’éliminer physiquement Alain Claude Bilie By Nzé est tout aussi claire ! Autrement dit, comment expliquer qu’Alain Claude Bilie By Nzé, à qui on a arraché ses lunettes de vue, soit placé, selon des sources très concordantes et sérieuses, dans une cellule où il est la plupart du temps dans le noir ? Comment expliquer qu’à ce jour, on lui refuse de prendre la moindre douche et de pouvoir se faire coiffer ? Qu’on lui refuse même de savoir quelle heure il est ! Il y a là une volonté réelle de porter atteinte à sa santé, aussi bien physique que mentale, une volonté claire d’attenter à sa vie.

Par ailleurs, selon plusieurs sources fiables, Alain Claude Bilie By Nzé n’aurait pas passé sa première nuit de « détention » à la prison centrale de Libreville…

« J’ai été kidnappé »

« J’ai été kidnappé », a déclaré lui-même Alain Claude Bilie By Nzé. Effectivement, Alain Claude Bilie By Nzé est un otage, otage d’un pouvoir prédateur dont le chef, Brice Oligui Nguema, l’avait déjà menacé, comme il l’avait révélé lors d’une interview.

Depuis le 15 avril 2026, l’assassinat politique de Monsieur Alain Claude Bilie By Nzé est en cours au Gabon. Face à la mort programmée d’un leader politique par un pouvoir brutal et tortionnaire, il y a trois attitudes qui prévalent : approuver, ignorer ou dénoncer.

Pour ma part, j’ai choisi de dénoncer. Parce que c’est la seule façon de mettre en échec ce sinistre et funeste projet qui se déroule sous nos yeux, parce que, demain, il sera peut-être trop tard. Mais surtout parceque - comme l’a écrit John Stuart Mill - : « Les hommes méchants n’ont besoin de rien de plus pour parvenir à leur fin, que d’hommes bons qui contemplent sans intervenir »…

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