Cambriolage du tribunal de Port-Gentil : l’ex employé et son complice condamnés à 5 ans de prison ferme
L’appareil judiciaire gabonais a été la cible d’une effraction aussi audacieuse qu’inédite. Le tribunal de première instance de Port-Gentil, censé être un sanctuaire inviolable de la loi, a fait l’objet d’un cambriolage retentissant en mars dernier. Après plusieurs semaines d’investigations, le tribunal correctionnel de la capitale économique gabonaise a rendu son verdict lors d’une audience publique tenue ce mardi 12 mai, mettant ainsi un terme à une procédure judiciaire riche en rebondissements.
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Les faits remontent à la nuit du 22 mars. Alertés et saisis par le procureur de la République, les agents de la Direction des recherches et des investigations ont découvert une scène de désolation au sein de la juridiction : portes fracturées, bureaux minutieusement fouillés et mobilier lourdement endommagé. Les malfaiteurs ont fait main basse sur plusieurs enveloppes contenant plus d’un million de francs CFA. Plus alarmant encore, des scellés judiciaires sensibles, comprenant du chanvre indien, des comprimés de Tramadol et des bijoux, ont été dérobés depuis une salle pourtant réputée hautement sécurisée.
Une enquête express et des aveux accablants
L’enquête a toutefois progressé avec une redoutable efficacité. Dès le 27 mars, les soupçons des enquêteurs se sont orientés vers une piste interne, menant à l’interpellation de Mangari Levy Lenic, un ancien employé du tribunal. Confronté aux éléments matériels, le mis en cause est rapidement passé aux aveux, décrivant avec une précision glaçante son mode opératoire. Muni d’outils rudimentaires, il a forcé le portail principal de l’enceinte avant de s’introduire dans plusieurs pièces stratégiques, ciblant notamment le greffe commercial d’où il a empoché près de 800 000 francs CFA.
Une vue du tribunal visité par les deux malfrats
Dans sa chute, l’ancien agent a entraîné une partie de son entourage. Il a reconnu avoir dissimulé une part de son butin au domicile de sa compagne, Koumba Ngoma Délia, avant de solliciter l’aide active de son beau-frère, Diboti Nzahou Darel. Ce dernier, pleinement conscient de la provenance illicite des biens, s’est chargé de cacher les objets volés et a directement participé à l’écoulement des produits stupéfiants sur le marché noir.
Un verdict contrasté révélateur de failles sécuritaires
Au terme de débats houleux, la justice a tranché en rendant une décision contradictoire. Koumba Ngoma Délia a fermement contesté toute implication, affirmant que son conjoint lui avait justifié la présence de cet argent par une prétendue avance sur salaire. Faute de preuves tangibles, elle a été relaxée au bénéfice du doute, permettant la levée immédiate de son mandat de dépôt. En revanche, la sentence a été implacable pour les deux hommes : reconnus coupables respectivement de vol aggravé, et de recel assorti d’entrave à l’action de la justice, Mangari Levy Lenic et Diboti Nzahou Darel ont écopé chacun de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 100 000 francs CFA.
Au-delà de ces lourdes sanctions pénales, cette affaire met en exergue des défaillances structurelles extrêmement préoccupantes. Le fait qu’un ancien agent ait pu pénétrer nuitamment dans les locaux, forcer plusieurs portes et faire main basse sur des scellés sensibles et de l’argent liquide pose avec acuité la question de la protection des infrastructures judiciaires à Port-Gentil. Ce cambriolage inédit rappelle l’urgence absolue de repenser et de consolider les dispositifs de sécurité des institutions publiques garantes de la loi.
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