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L’économie industrielle au Gabon : entre impératif de souveraineté et dépendance structurelle

L’économie industrielle au Gabon : entre impératif de souveraineté et dépendance structurelle
L’économie industrielle au Gabon : entre impératif de souveraineté et dépendance structurelle © 2026 D.R./Info241

Dans cette tribune pour Info241, Aymar Djiembi, professeur d’économie à Calasanz et analyste des politiques publiques, interroge le grand paradoxe de l’industrialisation gabonaise. Alors que les autorités veulent interdire l’exportation du manganèse brut dès 2029 pour accélérer sa transformation locale, l’auteur rappelle qu’environ 72,9 % des entreprises industrielles opérant au Gabon seraient dirigées ou contrôlées par des étrangers, contre 27,1 % par des nationaux. Entre ambition de souveraineté, dépendance technologique, financement étranger et faiblesse du capital national, il plaide pour une politique industrielle qui ne se contente pas de transformer les matières premières, mais transforme aussi la place des Gabonais dans le contrôle de l’économie

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Décrite comme un levier stratégique de la souveraineté industrielle nationale, la transformation locale du manganèse d’ici 2029 semble déjà se heurter à un problème structurel majeur. Environ 73 % des entreprises du secteur industriel appartiennent à des expatriés, contre seulement 27 % aux nationaux, une situation qui soulève une question fondamentale : comment construire une souveraineté industrielle lorsque près des trois quarts des entreprises industrielles sont contrôlées par des intérêts étrangers ?

Pour comprendre les enjeux d’un tel paradoxe, il convient d’abord de revenir sur les ambitions des autorités nationales.

Une ambition de rupture : l’industrialisation de l’économie nationale

Depuis de nombreuses années, le Gabon cherche à abandonner un modèle économique axé sur l’exportation des matières premières à l’état brut. Ce changement de cap s’inscrit dans une logique de transformation structurelle visant à renforcer la création de la valeur ajoutée locale, à diversifier l’économie nationale et à réduire la dépendance du pays aux fluctuations des cours mondiaux des matières premières.

Il s’agit là d’une ambition forte qui s’est notamment traduite par la perspective d’une interdiction, dès 2029, de l’exportation du manganèse brut afin d’encourager sa transformation locale. Cette démarche constitue clairement une tentative de repositionnement du Gabon dans la chaîne de valeur mondiale du secteur minier, alors même que les enjeux économiques et sociaux d’un tel tournant pourraient permettre : 

- la création d’emplois industriels qualifiés ;

- le renforcement du tissu industriel local ;

- l’augmentation des recettes fiscales.

En outre, cette volonté affichée par les autorités comporte également une dimension politique. En effet, dans un contexte international marqué notamment par les débats sur la souveraineté économique des États et la maîtrise des chaînes de valeur, la transformation locale du manganèse apparait comme un facteur de consolidation de la souveraineté nationale.

Toutefois, derrière cette stratégie industrielle se dessinent plusieurs limites structurelles. 

 

Une démarche structurellement problématique

L’actualité récente du 11 mai 2026 à Libreville, consacrée à la publication du rapport de l’Enquête nationale sur la collecte des données du secteur industriel, révèle que 72,9 % des entreprises industrielles opérant au Gabon sont dirigées ou contrôlées par des étrangers, contre 27,1 % par des nationaux. Ces données suscitent une préoccupation profonde quant à la capacité réelle du Gabon à faire de la transformation locale du manganèse un véritable instrument de souveraineté économique.

À cet effet, plusieurs interrogations peuvent être formulées :

- qui contrôlera les futures unités de transformation du manganèse ?

- qui détiendra les technologies industrielles nécessaires ?

- qui assurera le financement des infrastructures ?

- qui occupera les postes stratégiques de direction et d’ingénierie ?

Et surtout, quelle sera la place des nationaux dans cette nouvelle économie industrielle ?

En l’état actuel, le risque le plus plausible est que le Gabon pourrait transformer localement ses ressources tout en demeurant structurellement dépendant des acteurs étrangers, notamment en matière de production, de financement et de prise de décision stratégique. 

De ce fait, pour éviter que cette industrialisation n’extravertisse davantage l’économie nationale, plusieurs conditions doivent être satisfaites.

 

Les conditions structurelles d’une véritable souveraineté industrielle

Si le Gabon souhaite véritablement faire de la transformation locale du manganèse un enjeu de souveraineté économique, il devra dépasser la simple logique de localisation industrielle et satisfaire au moins trois conditions fondamentales :

- la formation technologique et industrielle : une industrie de transformation minière exige des compétences spécifiques, notamment dans les domaines de la métallurgie, du génie industriel et de l’automatisation ;

- la mise en place d’une politique de contenu local : imposition des quotas des cadres nationaux, obligation de transfert de compétences, partenariats avec les établissements de formation gabonais et intégration des PME/PMI locales dans les chaînes de sous-traitance ;

- l’élaboration d’une stratégie de financement du capital national : développement de mécanismes publics de financement, de dispositifs de garantie en faveur des entrepreneurs nationaux et de fonds d’investissement spécialisés.

En pratique, la transformation locale du manganèse constituera un véritable progrès si elle s’accompagne d’une transformation parallèle des rapports de contrôle économique.

En clair, il ne s’agit pas d’exclure les compétences ou les investisseurs étrangers, dont les capitaux et les technologies demeurent indispensables, mais de construire progressivement une participation nationale plus importante dans l’essor industriel du Gabon, car un pays qui transforme localement ses matières premières sans transformer également la place des nationaux dans l’économie fait le choix risqué d’une dépendance structurelle.

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