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Grande interview

Gabon : Oligui Nguema désavoue les délestages, se clarifie sur le FMI et le cap sur la production locale

Gabon : Oligui Nguema désavoue les délestages, se clarifie sur le FMI et le cap sur la production locale
Gabon : Oligui Nguema désavoue les délestages, se clarifie sur le FMI et le cap sur la production locale © 2026 D.R./Info241

Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a accordé ce lundi 4 mai une longue interview au quotidien progouvernemental L’Union. Un an après le début de son mandat, l’ancien militaire et patron de la Garde républicaine a dressé un bilan sans concession de son action, abordant les sujets brûlants de l’actualité nationale, de la crise énergétique à la dette publique, en passant par le chômage et le coût de la vie. « Je ne suis ni dans l’autosatisfaction, ni dans le découragement. Je suis dans l’action », a-t-il d’emblée martelé pour fixer le cap de cet entretien.

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Interrogé sur le nouveau cadre institutionnel issu de la récente révision constitutionnelle, qui consacre un régime présidentiel fort sans Premier ministre, Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu un choix pragmatique tourné vers l’efficacité. Pour lui, la figure du chef du gouvernement n’était qu’un « fusible politique » qui permettait de « renvoyer quand ça allait mal, sans que rien ne change fondamentalement pour les Gabonais ». L’exécutif s’appuie désormais sur un vice-président pour coordonner l’action ministérielle, le chef de l’État assumant ainsi pleinement et directement ses responsabilités devant le peuple.

 Emploi et lutte contre la vie chère : la vérité des chiffres

Sur le front social, le président n’a pas éludé la question épineuse de sa promesse phare : la création de 163 000 emplois. Face à l’impatience légitime de la population, il a tenu à clarifier que ce chiffre ambitieux s’étale « sur les 7 années de mon magistère ». Tout en rappelant que 58 000 emplois ont déjà été créés dans la Fonction publique, il a exhorté ses compatriotes à se tourner vers l’entrepreneuriat et le secteur privé, soulignant que l’État ne peut décemment pas absorber l’ensemble des demandeurs d’emploi du pays.

Les grands axes de cette interview

  Constat et situation actuelle Vision et mesures annoncées par la présidence
Institutions de la République L’ancien poste de Premier ministre n’était qu’un « fusible politique » permettant de contourner les vraies responsabilités. Assomption d’un régime présidentiel fort pour plus d’efficacité. L’action ministérielle est désormais coordonnée par le vice-président.
Emploi et fonction publique L’impatience des citoyens est légitime, mais l’État ne peut pas absorber l’ensemble des demandeurs d’emploi du pays. La promesse des 163 000 emplois s’étale sur sept ans. L’État a déjà créé 58 000 postes publics et encourage fortement l’entrepreneuriat privé.
Lutte contre la vie chère La politique des subventions étatiques a montré ses limites et grève lourdement le budget de la nation. Réduction de la TVA à 5 % sur les matières premières pour stimuler l’industrialisation, maintien des contrôles sur le terrain et développement de la production locale.
Crise de la SEEG Le stress hydrique et les délestages sont jugés « inacceptables ». Le déficit est lourd (60 mégawatts) avec des infrastructures vétustes. Déploiement d’un plan d’urgence 2025-2028 visant 850 mégawatts. Exigence d’une accélération immédiate des chantiers en cours, dont le barrage de Kinguélé Aval.
Gouvernance gouvernementale Face à l’urgence, les simples déclarations d’intention ne suffisent plus à répondre aux attentes de la population. Déclaration de 2026 comme année de la rigueur et de la vérité. L’inaction sera sanctionnée sur la base de résultats concrets, et un remaniement n’est pas exclu.
Dette publique et FMI Héritage d’une dette évaluée à 7 500 milliards de francs CFA, marquée par l’opacité financière des gestions antérieures. L’audit de la dette est une initiative présidentielle. Les négociations avec le FMI sont assumées comme un « acte de maturité économique » pour restaurer l’orthodoxie budgétaire.
Souveraineté économique L’exportation de minerais bruts est une aberration ; la filière avicole locale manque encore de capacités. Exigence de la transformation locale du manganèse (discussions avec Eramet). L’interdiction d’importation de poulet est repoussée au 1er janvier 2027 pour laisser le temps à la filière de se structurer.

Concernant la lutte contre la vie chère, Brice Clotaire Oligui Nguema a reconnu que la politique des subventions étatiques a montré ses limites et grève le budget national. La solution pérenne, selon lui, réside dans la production locale pour réduire notre forte dépendance aux importations. Il a notamment mis en avant la réduction de la TVA à 5 % sur les matières premières afin de stimuler l’industrialisation, tout en maintenant un contrôle strict des prix sur le terrain pour soulager les ménages asphyxiés.

 Crise de la SEEG et rappel à l’ordre gouvernemental

L’un des passages les plus offensifs de l’interview a concerné la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Qualifiant les délestages et le stress hydrique d’« inacceptables », le président a pointé du doigt un lourd héritage : un déficit de 60 mégawatts, des infrastructures vieillissantes et des dettes colossales. Face à cette urgence, un plan d’action 2025-2028 a été programmé pour atteindre une capacité de 850 mégawatts. Cependant, il n’a pas caché son agacement face à la lenteur de certains chantiers cruciaux, comme le barrage de Kinguélé Aval, fustigeant l’attitude de certains responsables : « La patience du peuple n’est pas infinie, et je la partage ».

Cette exigence de résultats s’applique également à sa propre équipe gouvernementale. Le chef de l’État s’est montré intraitable envers ses ministres, avertissant que les bonnes intentions ne suffisent plus. L’année 2026 a été décrétée « année de la rigueur et de la vérité », prévenant que le remaniement n’est pas un tabou et que l’inaction sera sévèrement sanctionnée sur la base de résultats concrets.

 Dette publique, FMI et souveraineté économique

Sur le volet économique, Brice Clotaire Oligui Nguema a tenu à rétablir la vérité concernant les négociations en cours avec le Fonds monétaire international (FMI). Contrairement aux rumeurs, il a affirmé que l’audit approfondi de la dette publique n’a pas été dicté par l’institution de Bretton Woods, mais qu’il l’a « personnellement demandé » dès son arrivée pour y voir clair sur une ardoise évaluée à 7 500 milliards de francs CFA. Il assume pleinement la sollicitation d’un programme du FMI, qu’il qualifie d’« acte de maturité économique » visant à sortir le pays de l’opacité financière et à restaurer l’orthodoxie budgétaire.

Enfin, le président a réaffirmé sa volonté inébranlable de souveraineté, notamment dans le secteur minier. Les discussions avec Eramet visent désormais une transformation locale du manganèse, car « exporter du minerai brut pour le racheter transformé à l’étranger, c’est une aberration économique ». Dans cette même quête de souveraineté, appliquée cette fois à la sécurité alimentaire, le report de l’interdiction d’importation de poulet au 1er janvier 2027 a été acté pour laisser le temps d’accompagner les aviculteurs locaux et de bâtir une véritable filière nationale. Le Gabon n’est plus en transition.

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