Permis de conduire digitalisé : Des automobilistes gabonais freinés par l’absurdité administrative
Depuis le 24 mars, c’est la ruée vers les centres d’enrôlement à Libreville pour l’obtention du tout nouveau permis de conduire digitalisé made in Ve République. Si la démarche se veut être une vitrine de la modernisation de l’administration gabonaise, elle s’accompagne d’exigences financières non négligeables pour les usagers. Le précieux sésame numérique impose en effet un paiement via mobile money de 10 000 FCFA et 200 FCFA de frais pour la catégorie B, un tarif qui grimpe à 20 000 FCFA et 600 FCFA de frais pour les autres catégories de permis.
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Mais le véritable chemin de croix commence à l’étape de la constitution du dossier. Outre le paiement, l’usager doit obligatoirement fournir deux demi-cartes photos sur fond blanc, ainsi que l’original et la copie de son ancien titre de transport. Jusque-là, rien de rédhibitoire, sauf que l’administration exige également la présentation d’un passeport ordinaire ou d’une copie de la nouvelle carte nationale d’identité (CNI). Une condition stricte qui pose immédiatement les jalons d’un blocage institutionnel majeur.
Un enrôlement bloqué par une rigidité documentaire déconcertante
C’est précisément sur l’autel de ces pièces d’identité que les espoirs de nombreux conducteurs viennent s’échouer. Sans la fameuse CNI, une vaste majorité de requérants se voient purement et simplement exclus du processus d’enrôlement. L’intransigeance du système frise parfois l’absurde, puisque même les détenteurs de passeports diplomatiques ou administratifs sont refoulés aux guichets, ces documents n’étant curieusement pas pris en compte par le dispositif officiel.
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L’incompréhension a atteint son comble lors d’une récente session d’enrôlement organisée au sein d’une entreprise. Un citoyen s’est vu refuser l’accès au motif qu’il ne disposait que de son Numéro d’identification personnelle (NIP). Pourtant, ce document provisoire intègre déjà toutes les données biométriques nécessaires à l’identification formelle de son titulaire. « On nous demande des pièces que tout le monde n’a pas encore », a pesté l’usager recalé dont les propos ont été rapportés ce samedi par L’Union, résumant à lui seul l’exaspération générale face à une bureaucratie déconnectée des réalités administratives du pays.
Retrait chaotique et incertitudes dans l’espace Cemac
Face à ce mur administratif, le tollé grandit et la grogne s’organise parmi les automobilistes. Les usagers exhortent vivement les autorités à « lever le verrou » et à faire preuve de bon sens pour éviter d’exclure une large partie de la population d’une opération amenée à devenir obligatoire dans les prochains mois. La demande est claire : il faut impérativement valider le NIP, accepter les anciens titres d’identité encore valides ou élargir l’autorisation aux passeports spécifiques pour sauver cette campagne de numérisation.
Et comme si l’enrôlement ne suffisait pas, le supplice se prolonge lors de la délivrance. De nombreux témoins affirment que le retrait de la carte numérisée est paradoxalement l’étape la plus chaotique du processus, relançant les interrogations sur la capacité du ministère des Transports, revenu au-devant de la scène, à gérer efficacement cette réforme. Pire encore, une zone d’ombre persiste sur la validité de ce nouveau permis au-delà des frontières nationales, notamment au sein de l’espace de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). L’opinion publique attend désormais des éclaircissements urgents de sa tutelle.
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