Gabon : Le FMI tire la sonnette d’alarme sur la dette et déploie un plan de sauvetage analytique
Le paysage macroéconomique national fait l’objet d’une attention minutieuse et inquiète de la part des institutions de Bretton Woods. Dans un volumineux rapport d’assistance technique publié le 27 février et dont Info241 a obtenu copie, le Fonds monétaire international dresse le bilan exhaustif d’une mission de cadrage stratégique menée du 5 au 16 mai 2025 à Libreville. Ce document de plus de cinquante pages met en lumière l’urgence absolue d’accompagner le ministère de l’économie et des participations dans le développement d’un modèle macroéconomique de projection et de simulation. Cet outil est jugé indispensable pour faire face aux pressions budgétaires et extérieures croissantes qui appellent des réponses politiques urgentes.
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L’institution financière internationale dresse d’abord un constat particulièrement mitigé de la résilience post-pandémie du pays. Le rapport souligne avec précision que la croissance du produit intérieur brut réel a connu un sérieux coup de frein, chutant de 3,0 % en 2022 à seulement 2,4 % en 2023. Cette décélération a été lourdement impactée par des perturbations dans les infrastructures ferroviaires ayant freiné les exportations de bois et de manganèse, par une incertitude politique palpable, ainsi que par des coûts de carburant élevés pour les entreprises. Bien qu’un rebond technique soit espéré, l’inflation s’est maintenue à 3,6 % en 2023, un taux qui reste obstinément au-dessus du plafond de convergence régional fixé à 3 %.
Une trajectoire d’endettement particulièrement préoccupante
Les vulnérabilités abyssales liées à la dette publique constituent indéniablement le point d’orgue de cette évaluation technique approfondie. La détérioration de la position budgétaire s’est brutalement accélérée, avec un déficit primaire hors pétrole qui a doublé pour atteindre la barre critique de près de 15 % du produit intérieur brut hors pétrole. Ce trou béant dans les finances de l’État a été financé en très grande partie par une dangereuse accumulation d’arriérés de paiement, masquant temporairement la gravité de la situation. Les besoins de financement brut devraient ainsi exploser pour représenter en moyenne 19 % par an sur les prochaines années, soit plus du triple de la moyenne historique du pays.
| Indicateurs macroéconomiques clés | Données 2022 | Données 2023 |
|---|---|---|
| croissance du produit intérieur brut réel | 3,0 % | 2,4 % |
| taux d’inflation annuel | 4,3 % | 3,6 % |
| déficit primaire hors pétrole | non précisé | 15 % |
Les projections alarmantes contenues dans le document esquissent un avenir financier sous très haute tension pour les caisses publiques. Les experts du fonds monétaire international préviennent que les seuls paiements des intérêts de la dette sont appelés à absorber entre 20 et 30 % des recettes de l’État. Pire encore, le service total de la dette pourrait engloutir entre 80 et 115 % des recettes budgétaires, plaçant le pays parmi ceux ayant les niveaux d’endettement les plus critiques et insoutenables en Afrique subsaharienne. Face à ce péril imminent, l’institution recommande un ajustement budgétaire d’une rigueur implacable, visant à ramener le déficit primaire hors pétrole à environ 2 %.
une refonte totale des outils de prévision gouvernementaux
Pour espérer faire face à ces défis structurels colossaux, les autorités ont formulé une demande expresse d’assistance technique afin de moderniser d’urgence leurs outils de pilotage économique. Le rapport pointe en effet du doigt de très sévères faiblesses dans les dispositifs de prévision actuels, tout particulièrement au sein de la direction générale de l’économie et de la politique fiscale. L’utilisation de modèles économétriques vieillissants, basés sur des données de comptes nationaux obsolètes validées pour la dernière fois en 2005, est considérablement aggravée par un déficit cruel de cadres qualifiés et un taux de rotation très élevé du personnel.
Afin de combler ces lacunes analytiques qui pénalisent l’action publique, un ambitieux projet de renforcement des capacités a été négocié et validé conjointement entre les deux parties. Il s’articule autour du développement sur mesure et du déploiement d’un nouveau modèle de projection macroéconomique, judicieusement couplé à un outil spécifique dédié exclusivement à l’analyse de la dynamique de la dette. Un groupe de travail principal inédit, rassemblant trente-deux cadres techniques issus de diverses administrations centrales (impôts, douanes, dette, trésor, statistiques) et de la banque des États de l’Afrique centrale, a été formellement constitué pour s’approprier ces nouveaux instruments.
Un plan d’action rigoureux déployé en quatre phases
La feuille de route de cette indispensable modernisation institutionnelle se décline en un plan d’action extrêmement structuré, prévu pour s’étaler sur un horizon de deux années pleines. La méthodologie privilégiée par les bailleurs de fonds repose sur un transfert de compétences très progressif, visant à rendre l’administration financière totalement autonome dans l’élaboration de ses futures prévisions. Ce programme intensif alternera des missions en présentiel à Libreville, des sessions virtuelles d’évaluation, ainsi que des travaux inter-missions particulièrement exigeants pour les équipes locales mobilisées.
| Chronologie du déploiement technique | Objectifs visés par le fonds monétaire international |
|---|---|
| phase 1 : cadrage et formation | évaluation des systèmes actuels et formation intensive sur le cadre de prévision et les outils standards. |
| phase 2 : personnalisation | adaptation du modèle aux caractéristiques intrinsèques de l’économie nationale et compilation des bases de données. |
| phase 3 : développement de scénarios | production de scénarios de risques et intégration définitive du module d’analyse de la dette. |
| phase 4 : intégration décisionnelle | incorporation des résultats dans les rapports officiels pour orienter concrètement la prise de décision politique. |
Au terme de ce vaste chantier de refonte analytique, l’objectif ultime de cet accompagnement international est d’offrir au gouvernement une capacité technique infaillible pour anticiper les chocs exogènes et endogènes. En fiabilisant la collecte des données interministérielles et en systématisant la modélisation mathématique, le pays espère formuler des politiques économiques beaucoup plus souveraines et éclairées, basées exclusivement sur « des analyses de risques, de scénarios alternatifs et de nouveaux indicateurs utiles pour la conduite de la politique économique ».
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@info241.com
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