Attaques en règle

« Dérive autoritaire » et « justice aux ordres » : Ondo Ossa cloue Oligui sur la grève des enseignants

« Dérive autoritaire » et « justice aux ordres » : Ondo Ossa cloue Oligui sur la grève des enseignants
« Dérive autoritaire » et « justice aux ordres » : Ondo Ossa cloue Oligui sur la grève des enseignants © 2026 D.R./Info241

Au cours d’une déclaration diffusée ce dimanche 25 janvier sur sa page Facebook, le professeur Albert Ondo Ossa, économiste et ancien candidat de l’opposition à la présidentielle, a livré une lecture sévère de la situation nationale. Selon l’ancien candidat de l’opposition à la présidentielle, le Gabon traverse une crise politique, économique et sociale qui, au-delà de l’école, « risque de se généraliser aux autres secteurs : enseignement supérieur, santé, transport, pétrole, audiovisuel, etc. » Pour l’universitaire, le pays est entré dans une zone de turbulence où l’État paraît incapable d’absorber la colère sociale.

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Dans son propos, Albert Ondo Ossa accuse les dirigeants actuels de répondre à la crise comme « celles d’hier », en recourant à « des arguties, des intimidations, des propos délirants, des faux-fuyants, la diversion et même la corruption des leaders syndicaux ». Il dénonce également une multiplication des arrestations : « des arrestations arbitraires et injustes qui sont plus fréquentes aujourd’hui qu’hier. » Une dérive qu’il attribue, dit-il, à « l’incompétence notoire du putschiste en chef », incapable de distinguer « la caserne et l’administration publique » ou « la discipline militaire et la gestion démocratique d’un État ».

 L’école, baromètre d’un pays qui se délite

Albert Ondo Ossa recentre ensuite son analyse sur l’éducation, qu’il décrit comme un bien public et un vecteur de citoyenneté, chargé de préparer la jeunesse à une insertion réussie. « Les dépenses d’éducation sont plus considérées comme des investissements que comme des dépenses sociales », insiste-t-il, regrettant qu’au Gabon, le système — « globalement calqué sur le système éducatif français » — soit aujourd’hui plombé par des crises répétitives.

L’intégralité de sa déclaration

Il énumère les fragilités structurelles : vétusté des infrastructures, insuffisance d’équipements, faibles effectifs d’enseignants, et surtout dégradation des conditions de vie. Dans les villages, souligne-t-il, les établissements manquent de tout, y compris de cadres qualifiés, attirés par la ville. Mais pour l’économiste, la grève actuelle est révélatrice d’une fracture plus vaste : contrairement aux crises passées, elle ne porte pas sur le statut de l’enseignant ou les contenus pédagogiques, mais sur un point élémentaire : « la régularisation des situations administratives : mises en solde, reclassements et rappels de soldes. Quoi de plus légitime ? »

 « Ce n’est pas banal » : la revendication comme accusation d’un système

Albert Ondo Ossa prévient toutefois contre une lecture superficielle du conflit. Derrière la question des rappels de solde, il voit une dénonciation globale d’un ordre social injuste : « une mauvaise structuration de la société au profit des non-méritants (…) un système qui privilégie parents, copains et coquins et qui met l’éducation au dernier rang. » Autrement dit, l’école ne serait plus un ascenseur social, mais un secteur sacrifié, humilié, relégué.

Principaux axes de la déclaration d’Albert Ondo Ossa du 25 janvier 2026 :

Axe de la déclaration Ce qu’il affirme Citation clé (mot à mot) Lecture / enjeu soulevé
Diagnostic général Le Gabon traverse une crise globale, partie de l’éducation, susceptible de s’étendre à d’autres secteurs. « Notre pays, le Gabon, est aujourd’hui secoué par une grave crise politique, économique et sociale (…) qui frappe depuis plus d’un mois le secteur de l’éducation (…) et qui risque de se généraliser aux autres secteurs (…) » Il présente la crise scolaire comme un symptôme d’un blocage national plus large.
Réponse du pouvoir Les autorités gèrent la crise par la diversion, l’intimidation, la corruption et des arrestations. « Comme toujours, les autorités actuelles, à l’image de celles d’hier, y répondent (…) par la diversion et même par la corruption des leaders syndicaux (…) ou encore par des arrestations arbitraires et injustes (…) » Il accuse l’exécutif de privilégier l’autorité et la manœuvre plutôt que la négociation.
Mise en cause directe du chef de l’État Il attaque frontalement le « putschiste en chef », accusé d’incompétence et de confusion des genres. « (…) fondamentalement l’incompétence notoire du putschiste en chef qui a du mal à faire la différence entre la caserne et l’administration publique (…) » Il politise la crise et en fait un procès en incapacité de gouvernance démocratique.
Lecture politique du régime Le pouvoir serait motivé par la confiscation du pouvoir et des intérêts personnels. « (…) les putschistes n’ont pour seul programme la confiscation du pouvoir pour des intérêts bassement personnels (…) » Il conteste la finalité du projet politique de la Transition.
Place de l’éducation L’éducation est un investissement stratégique, pas une simple dépense sociale. « (…) les dépenses d’éducation sont-elles plus considérées comme des investissements que comme des dépenses sociales. » Il recentre l’enjeu sur la compétitivité, la citoyenneté et l’avenir du pays.
État du système éducatif Le système est en crise depuis des décennies (infrastructures, ressources humaines, précarité). « (…) ce système est affecté par des crises récurrentes (…) à la vétusté des infrastructures (…) aux faibles effectifs des enseignants et à leurs conditions de vie de plus en plus précaires. » Il replace la grève dans un historique de dégradation structurelle.
Nature de la grève actuelle Les revendications portent sur la régularisation administrative et financière (solde, reclassements, rappels). « Les enseignants réclament la régulation de leurs situations administratives (…) les mises en solde, les reclassements et les rappels de soldes qui leur sont dus. » Il présente la demande comme légitime et basique, donc politiquement explosive.
Sens profond du conflit Au-delà des soldes, la grève dénonce une société injuste, anti-mérite, dominée par le népotisme. « (…) une mauvaise structuration de la société au profit des non-méritants (…) un système unique qui privilégie parents, copains et coquins (…) » Il fait de la crise un procès du modèle social gabonais.
Rupture historique Le boom pétrolier et le « système Bongo-PDG » auraient dévalorisé l’école et cassé l’ascenseur social. « (…) le système bongo PDG s’est vite emballé (…) au point que le mode de vie ostentatoire des nouveaux riches (…) a enlevé toute crédibilité à l’école (…) » Il relie la crise éducative à la culture politique et économique instaurée depuis des décennies.
Méthode de résolution proposée Il propose d’améliorer d’abord les conditions de vie (logement, transport, santé), puis un rattrapage séquencé des régularisations. « (…) Conditions décentes de logement, conditions de transport acceptables, assurance maladie pour sa famille (…) » Il suggère une solution de stabilité sociale par le “cadre de vie” avant l’argent immédiat.
Conditions du dialogue social Pour négocier, il faut des représentants crédibles et des interlocuteurs sérieux, non infiltrés. « (…) des nouvelles structures représentatives fiables (…) et ensuite des interlocuteurs consciencieux et crédibles (…) » Il remet en cause la légitimité des canaux actuels de négociation.
Arrestations de syndicalistes Il cite des incarcérations et actes de répression comme incapables de régler le fond. « (…) l’incarcération et la torture des Messieurs Marcel Libama et Ndong Edzo n’y changeront rien. » Il alerte sur une escalade sécuritaire qui durcit le conflit.
Droits fondamentaux Il réclame le respect des libertés publiques et du droit de négocier. « Le droit de dire non (…) le droit de grève (…) le droit de marcher (…) enfin, le droit de négocier. » Il fait du conflit une bataille de droits et de citoyenneté.
Légitimité et justice Il juge le pouvoir non crédible et la justice « aux ordres ». « (…) il n’y a aucune crédibilité (…) Quant à la justice, notre justice, elle est simplement aux ordres. » Il explique la crise par l’effondrement de la confiance institutionnelle.
Accusations contre lui Il tourne en dérision les accusations de complot et parle de montages et de manipulations. « (…) une partie du dossier était montage grossier (…) et une autre vraie, mais à deux époques différentes. » Il dénonce une stratégie de diversion visant à le discréditer.
Accusation très grave : opération à l’étranger Il évoque une tentative d’empoisonnement, des “barbouzes” et un décaissement important. « (…) tenter de me compromettre et de m’éliminer par empoisonnement (…) près de 800 millions de francs CFA (…) » Déclaration explosive, lourde d’implications, sans éléments publics présentés dans la déclaration.
Perspective politique Il appelle à un changement générationnel et à une refondation par la compétence. « (…) une nouvelle génération de Gabonais plus équilibrés, plus sobres, non corrompus (…) » Il projette une alternative politique fondée sur le mérite et la sobriété.
Conclusion et signal politique Il relie les évolutions budgétaires et l’accord FMI à un tournant et conclut par une formule militante. « (…) le changement a déjà commencé (…) avec la signature d’un accord de confirmation avec le FMI (…) Hasta la victoria siempre. » Il veut montrer que la séquence actuelle annonce une bascule politique à venir.

Pour appuyer son propos, il convoque la mémoire des années 1970 : à cette époque, affirme-t-il, l’enseignant vivait correctement, pouvait acheter un véhicule, ne payait pas de loyer et jouissait d’un statut respecté, notamment en milieu rural. Puis vient, selon lui, la rupture : « à la faveur du boom pétrolier » , le pays bascule dans le népotisme et les promotions sans mérite, au point de discréditer l’école. « Le mode de vie ostentatoire des nouveaux riches (…) a enlevé toute crédibilité à l’école, qui n’est plus depuis lors un moyen de promotion sociale », martèle-t-il.

 La méthode proposée : « ajuster par les conditions de vie »

Dans une séquence très politique, Ondo Ossa estime que le pouvoir actuel, qu’il présente comme une excroissance du système d’hier, serait structurellement incapable de résoudre la crise. Il accuse les autorités de n’avoir qu’un seul répertoire : « l’achat des consciences, la corruption, la nomination à un poste, l’intimidation, le dénigrement, l’incarcération… » et va jusqu’à évoquer « l’élimination physique (…) par empoisonnement », propos d’une extrême gravité.

Sur le fond, il avance une piste de sortie, en empruntant au langage économique. Face à l’impossibilité d’un règlement immédiat par le paiement total des arriérés, il plaide d’abord pour un ajustement par les « quantités », c’est-à-dire par le cadre de vie : logement décent, transport acceptable, assurance maladie familiale, priorité scolaire pour les enfants, voire dispense de frais d’écolage. Ensuite seulement, il recommande une régularisation progressive des situations administratives, « mensuelles, trimestrielles ou semestrielles », en fonction des ressources réelles de l’État et des contraintes budgétaires. Une approche qui, selon lui, suppose deux conditions : des structures représentatives crédibles et des interlocuteurs « consciencieux », à mille lieues, estime-t-il, des pratiques de manipulation.

 Justice « aux ordres » et crise de légitimité

Albert Ondo Ossa replace enfin la crise sociale dans une crise institutionnelle. Pour lui, le droit de grève, de contestation, de marche ou de recours ne peut exister que s’il y a une justice indépendante et un pouvoir crédible. Or, tranche-t-il, « le pouvoir des putschistes est plus que jamais décrié », miné par « les mensonges répétés » et le « non-respect de la parole donnée ». Quant à la justice, sa formule est brutale : « notre justice, elle est simplement aux ordres. »

Selon lui, le pays n’offre plus qu’une voie de promotion : « l’asservissement politique (…) l’enrichissement illicite (…) le trafic d’influence, le paraître », au détriment de l’effort, de la compétence et du travail. Il appelle alors à une « refondation » et à une nouvelle génération de dirigeants : « plus équilibrés, plus sobres, non corrompus, fiers de leur formation. » Un changement, dit-il, qui doit faire passer l’image du Gabonais de celui qui a « tout dans les poches et rien dans la tête » à celle d’un citoyen « intelligent, ingénieux et prospère grâce à son travail propre. »

 Accusations de montage et charge personnelle contre le pouvoir

Dans la dernière partie, l’économiste revient sur des accusations dont il dit être la cible : une supposée intelligence avec l’étranger, notamment la Suisse, pour déstabiliser le Gabon. Il tourne en ridicule cette séquence, qu’il compare à des affaires précédentes qualifiées de rocambolesques, et affirme que le dossier mélangerait « une partie montage grossier » et « une autre vraie, mais à deux époques différentes ». Il dit même avoir été informé par « les services de renseignement de la présidence », insinuant des fractures internes au sommet de l’État.

Plus explosif encore, Albert Ondo Ossa affirme qu’une opération aurait été montée à l’étranger contre lui, évoquant l’envoi d’agents en France et une tentative d’empoisonnement. Il avance un chiffre : « près de 800 millions de francs CFA » auraient été décaissés, pendant que « les Gabonais ont des problèmes d’eau et d’électricité » . Sans produire publiquement d’éléments à l’appui, il conclut sur une formule lourde de sens : « Cette affaire montre (…) que nous avons affaire à un État voyou. »

Sa sortie, d’une virulence rare, intervient à la veille d’une reprise des cours incertaine, alors que la crise éducative reste entière et que le front social demeure inflammable. Dans un pays où l’école est souvent le premier thermomètre du malaise national, Albert Ondo Ossa parie sur une idée simple : la grève des enseignants n’est pas seulement un conflit de soldes, mais un procès politique du système.

@info241.com
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