Vœux 2026 : Oligui Nguema reconnaît des fraudes électorales… après en avoir récolté les fruits
Voici ce qu’il s’appelle faire le médecin après la mort. Dans discours des voeux à la nation prononcé ce mercredi 31 décembre, Brice Clotaire Oligui Nguema a tout d’abord célébrer le basculement institutionnel vers la Ve République dans les urnes. Il rappelera que le cycle électoral — « du référendum constitutionnel aux élections sénatoriales, en passant par la présidentielle et les législatives » — fut, selon lui, « reconnu libre et transparent par la communauté internationale », tout en concédant « certaines imperfections inhérentes à toute œuvre humaine ». L’équilibre rhétorique est évident : valider la trajectoire, consolider la légitimité, puis introduire une réserve.
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Mais le président franchit ensuite un seuil politique en admettant que les scrutins récents furent entachés de dysfonctionnements sérieux. « Les derniers scrutins ont mis en lumière certaines failles de notre système électoral », lança-t-il aux gabonais. L’aveu, prononcé dans un discours de vœux, intervient toutefois après la clôture du cycle électoral et après l’installation des nouveaux élus, ce qui nourrit une question centrale : pourquoi cette lucidité n’a-t-elle pas été affichée plus tôt, au moment où des correctifs immédiats auraient pu être imposés ?
Les mécanismes cités… et leurs effets sur les résultats
Oligui Nguema ne restera pas dans le flou : il a égrené une liste de dérives qui, dans n’importe quel système électoral, peuvent suffire à fausser une compétition. Il cite « la qualité du fichier électoral », puis « les phénomènes de transhumance politique lié au transport inopportun des électeurs », avant de dénoncer « l’usage abusif des procurations » et « l’insuffisance des dispositifs de lutte contre l’abstention ». Autrement dit : un fichier fragile, des électeurs déplacés appelés aussi "bœufs votants", des votes potentiellement manipulés, et une participation insuffisamment encadrée.
L’intégralité du discours
Ce passage du discours résonne d’autant plus fortement qu’il décrit précisément les leviers classiques d’une victoire structurée dans des scrutins locaux et législatifs : contrôler qui vote, où il vote, au nom de qui il vote, et dans quel contexte de mobilisation. Or, ces « failles » n’ont pas simplement « parasité » les consultations : elles ont aussi mécaniquement avantagé les acteurs les mieux implantés, les mieux dotés et les mieux organisés. Dans les faits, l’Union démocratique des batisseurs (UDB), le parti présidentiel, contrôle plus de 70 % des sièges dans les deux hémicycles, à l’Assemblée nationale et au Sénat — un rapport de force colossal qui rend l’aveu présidentiel difficile à recevoir comme une simple alerte technique.
Une promesse de réforme… sous soupçon de contrôle renforcé
Après ce diagnostic, le chef de l’État annonce une réforme : « Il convient désormais d’explorer les voies et moyens propres à instaurer les réformes et ajustements indispensables au renforcement de la transparence et de la crédibilité de notre loi électorale ». Sur le papier, l’objectif est consensuel. Dans le contexte politique actuel, il appelle pourtant une lecture plus critique : une réforme pilotée par un pouvoir qui bénéficie déjà d’une majorité écrasante peut, selon sa conception, soit assainir réellement le jeu, soit verrouiller davantage le terrain sous couvert de « crédibilité ».
Au final, l’intervention présidentielle pose une contradiction majeure : reconnaître publiquement des fraudes et dysfonctionnements, tout en s’appuyant sur les résultats qu’ils ont potentiellement favorisés. Ce d’autant qu’il reviendra à ces élus de voter des textes de reformes devant empecher les mécanismes qui leur ont envoyé au parlement. Une mission qu’ils feront sans ménagement pour conserver leurs clés de succès électoral. A moins d’un miracle, ses promesseses de correction ou de reformes sont déjà vouées sur le papier.
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