Grève des enseignants : Quand l’argent du taxi créé des remous à SOS Éducation et repousse la reprise
Alors que les travaux de la commission tripartite Education-Budget-Fonction publique mise en place pour trouver une issue à la crise qui secoue le secteur de l’Éducation nationale semblaient ouvrir la voie à une désescalade avec une reprise des cours ce jeudi, une controverse liée à la gestion de l’« argent du taxi » destiné aux participants est venue raviver les tensions, cette fois au sein même du syndicat SOS Éducation. Une assemblée générale est désormais prévue ce samedi pour trancher la question de la reprise des cours.
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Des avancées annoncées
Le ministère de l’Éducation nationale a clôturé ce mercredi, les travaux de cette commission réunissant Éducation, Budget et Fonction publique, avec pour objectif d’aboutir à une sortie de crise durable dans un secteur paralysé depuis plusieurs semaines par un mouvement de grève initié par SOS Éducation. À l’issue des échanges, le ministère a annoncé plusieurs mesures majeures destinées à répondre à une partie des revendications des enseignants, qui doivent entrer progressivement en vigueur à partir de février 2026.
Une autre précédente AG
Il s’agit notamment de la mise en solde de 328 sortants des Écoles normales supérieures (ENS et ENSET), de la mise en présalaire de 692 sortants des écoles ENIL et ENIF, ainsi que de 108 enseignants de matières scientifiques. La commission a également validé la mise en présalaire de 1 810 enseignants jusque-là considérés comme des « bénévoles », en première étape vers une régularisation de leur statut.
Par ailleurs, 4 000 situations administratives — titularisations, avancements automatiques, reclassements après stage — seront régularisées sur un total de 6 574 dossiers codifiés à la Fonction publique. Ces annonces ont été présentées par le gouvernement comme un « paquet de mesures structurantes » en faveur du corps enseignant.
Une enveloppe de 2 millions au cœur de la discorde
Mais ces avancées ont été éclipsées par une vive polémique interne à SOS Éducation. En cause, la gestion d’une enveloppe de deux millions de francs CFA, présentée comme un « argent taxi » destiné à couvrir les frais de déplacement des participants aux travaux de la commission. Selon le témoignage d’un leader syndical ayant pris part aux discussions, chaque participant devait percevoir la somme de 10 000 francs CFA, ce qui laissait apparaître un reliquat estimé à environ 400 000 francs CFA, à l’origine d’un désaccord sur son utilisation.
« Après avoir pris congé des membres du gouvernement, nous sommes restés pour la distribution de l’argent taxi. Chacun devait recevoir 10 000 francs CFA. Dans le reliquat, il a été proposé que madame Irène Ndembe, compagne de Robert, responsable d’un des syndicats, reparte avec les 400 000 francs CFA. Le fait que je m’y sois opposé m’a valu une agression physique », a déclaré le syndicaliste sur TV+ Afrique.
La vidéo de ce témoignage, parvenue à notre rédaction ce mercredi, circule largement sur les réseaux sociaux et alimente les débats au sein de l’opinion, certains y voyant le signe de profondes fractures internes au mouvement syndical, au moment même où celui-ci est appelé à trancher sur la suspension ou la poursuite de la grève.
La grève maintenue dans l’attente d’une assemblée générale décisive
Pour l’heure, le mouvement de grève se poursuit, en dépit de l’annonce officielle de la reprise des cours ce jeudi par le ministère de l’Éducation nationale. Sur le terrain, de nombreux établissements restent perturbés, entre enseignants qui entendent attendre des « actes concrets » et d’autres qui plaident pour une trêve, le temps de mesurer la portée réelle des engagements gouvernementaux.
SOS Éducation a, de son côté, annoncé la tenue d’une grande assemblée générale ce samedi 17 janvier, à l’école publique Martine-Oulabou, à Libreville. Cette rencontre doit permettre aux syndiqués de se prononcer sur la poursuite ou non de la grève, à la lumière à la fois des mesures issues de la commission tripartite et de la polémique autour de l’« argent taxi », qui fragilise l’image d’un front syndical uni.
En toile de fond, une double question demeure : les annonces du gouvernement suffiront-elles à enrayer un mouvement social désormais politisé et médiatisé, et SOS Éducation saura-t-il gérer ses tensions internes sans perdre sa capacité de représentation auprès des enseignants ?
@info241.com
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