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Gabon : Le président des ngangas interpellé par la DGR après des révélations controversées

Gabon : Le président des ngangas interpellé par la DGR après des révélations controversées
Gabon : Le président des ngangas interpellé par la DGR après des révélations controversées © 2026 D.R./Info241

Alors qu’il entendait, le 27 décembre dernier, dédouaner les ngangas de tout lien avec les crimes rituels et dénoncer une campagne de déstabilisation transnationale contre le Gabon, le président des ngangas Junior Xavier Ndong Ndong, se retrouve désormais dans la tourmente judiciaire. Depuis ce samedi 3 janvier, il est entendu par les gendarmes de la Direction générale des recherches (DGR) au sujet de ses propos controversés, probablement à la suite de plaintes déposées par les « extrémistes » Altogovéens et Logovéens, clairement indexés par le président du Conseil national des rites et traditions du Gabon (CNRTG) comme étant à la manœuvre d’une déstabilisation ourdie contre le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

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Initialement, le président CNRTG avait fait cette sortie publique du 27 décembre face à ce qu’il présente comme une « campagne de déstabilisation » qui instrumentalise, selon lui, les crimes rituels pour salir les ngangas. Mais en tentant de retourner l’accusation, Junior Xavier Ndong Ndong a mis le feu à la place publique : il ne se contente pas de dénoncer, il désigne, il accuse, il menace. Et c’est précisément cette escalade verbale, assumée et diffusée, qui le place désormais sous les projecteurs de la justice.

Dénonciation d’un sabotage économique

Le président des ngangas a dépeint un tableau économique sombre, affirmant que des individus ayant dévalisé les caisses publiques financeraient des lobbyistes pour saboter les efforts des autorités. Il a affirmé avec conviction : « Chaque fois que le président du Gabon passe quelque part pour voir les investisseurs [...] il y a des gens dans ce pays qui prennent l’argent qu’ils ont volé au Gabon, ils payent des avocats pour passer derrière [...] pour dire que le Gabon n’est pas stable. »

Un extrait de sa prise de parole

Entrant dans une dimension mystico-politique, Junior Xavier Ndong Ndong a ensuite soutenu qu’un plan de déstabilisation régionale aurait été concocté depuis l’étranger. Il a cité une réunion secrète qui se serait tenue à la présidence de la république du Bénin : « Ils se sont retrouvés à la présence du Bénin pour concocter un plan pour déstabiliser le Gabon [...] à commencer par ma personne. » Il a impliqué dans ce récit des prêtres mystiques du Nigeria, de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo.

Allégations de terrorisme et menaces de mort

Plus grave encore, le leader des ngangas a évoqué le recrutement de mercenaires infiltrés sur le territoire national. Selon ses dires, ces éléments auraient pour mission de provoquer un chaos sécuritaire : « Ils ont recruté dans le Delfin du Niger ce qu’on appelle des djihadistes, des mercenaires pour venir tuer les gabonais. » Il a ajouté que ces conditions seraient créées pour favoriser le renversement des institutions en place par une insurrection provoquée.

La rhétorique de Ndong Ndong a pris une tournure particulièrement inquiétante lorsqu’il a brandi des menaces de mort explicites par voie occulte. Il a déclaré avec une gravité extrême : « Les gabonais qui encore se levaient pour l’étranger, pour venir m’insulter [...] je vous le dis et j’assume, je l’envoie au cimetière. Écrivez ça. » Il a insisté sur sa détermination à passer à l’acte sans délai : « Celui qui ouvre encore la bouche [...] je ne préviendrai plus, j’agirai. »

Ultimatum aux étrangers et tensions identitaires

Ne s’arrêtant pas aux individus, il a lancé un ultimatum d’un mois aux étrangers en situation irrégulière ennemis du pays pour quitter le territoire sous peine de sanctions mystiques. Il a prévenu : « Tous les étrangers qui ne sont pas en règle [...] ils ont un mois pour quitter le Gabon [...] sinon la terre du Gabon va les rejeter. » Il a promis à ces derniers « la misère, la maladie et la mort » comme sentence spirituelle s’ils ne s’exécutaient pas.

L’angle identitaire a également été exploité durant cette conférence de presse. Ndong Ndong a fustigé des groupes qu’il accuse de vouloir restaurer un système de privilèges au bénéfice d’une minorité. Il a dénoncé l’existence d’un « groupe d’extrémistes aujourd’hui qui considère qu’il faut faire un coup d’état pour mettre un batteke pour sang à la tête du Gabon » , invoquant des tensions liées à la gestion des régimes financiers et des postes stratégiques.

Réaction ferme des services de sécurité

Face à ce discours mêlant diffamation, incitation à la haine ethnique et atteinte à la sûreté de l’état, la DGR a décidé d’agir. L’interpellation du 3 janvier 2026 vise à confronter le prévenu à la dangerosité de ses propos, qui sortent largement du cadre de la liberté d’expression. Les enquêteurs cherchent à déterminer si ces déclarations reposent sur des renseignements avérés ou s’il s’agit d’une manœuvre d’intimidation visant à déstabiliser l’opinion.

Cette affaire illustre la fermeté de l’état face aux autorités morales ou spirituelles tentant d’influer sur la stabilité du pays par la menace. Les autorités semblent vouloir envoyer un signal clair : la mystique ne confère aucune immunité face aux lois républicaines, surtout lorsque le prévenu défie ouvertement les institutions en déclarant : « Et quand ils viendront au cimetière, ne cherchez pas le coupable, c’est moi. »

Instruction judiciaire et enjeux de cohésion

Alors que Junior Xavier Ndong Ndong est désormais entre les mains de la gendarmerie, l’opinion attend de connaître les chefs d’accusation précis. L’exactitude de ses propos sur Jonas Moulenda, qu’il qualifie de « porte-parole de ces extrémistes », sera sans doute au cœur de l’instruction pour déterminer s’il y a eu calomnie ou dénonciation de faits réels concernant une possible tentative de renversement du pouvoir.

La suite de la procédure judiciaire fixera le sort de celui qui affirmait : « S’ils sont forts, qu’ils aillent me porter plainte, j’assumerai mes actes. » L’enquête devra faire la lumière sur les allégations d’infiltration djihadiste, un sujet d’une extrême sensibilité. La justice gabonaise a désormais pris le relais des incantations, plaçant le président des ngangas devant ses responsabilités pénales.

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