Gabon : Condamnée à 20 ans de prison, Sylvia Bongo nie tout en bloc et dénonce des « tortures »
Depuis son exil doré à Londres, Sylvia Bongo Valentin, l’ancienne première dame du Gabon, a décidé de briser le silence. Dans un entretien d’une douzaine de minutes accordé à la chaîne France 24 et diffusé vendredi soir, l’épouse d’Ali Bongo est longuement revenue sur les circonstances de sa chute et de sa détention. Récemment condamnée, le 12 novembre dernier, à 20 ans de réclusion pour détournement de fonds publics, elle a livré un témoignage glaçant sur ses vingt mois de captivité, tout en rejetant en bloc les accusations de malversations financières et d’usurpation du pouvoir exécutif.
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Le basculement radical de sa vie s’est opéré dans la nuit du 30 août 2023. Selon son récit détaillé, à peine 5 minutes après la proclamation officielle des résultats validant la réélection tronquée de son mari, des militaires lourdement armés et cagoulés ont fait irruption. Embarquée de force avec son fils cadet Jalil, elle explique avoir été conduite au palais présidentiel avant d’être séquestrée dans les villas d’hôtes de la présidence. C’est dans ce huis clos qu’aurait débuté un chantage psychologique féroce, ses geôliers exigeant ses Relevés d’identité bancaire (RIB) sous la menace d’assassiner son fils aîné, Noureddin Bongo Valentin : « Si vous ne me donnez pas vos RIB, votre fils ne vivra pas une semaine », lui aurait-on intimé.
Des sévices effroyables dans les sous-sols de la présidence
L’horreur aurait franchi un cap au mois de novembre 2023. Transférée de force, la tête recouverte d’une cagoule, vers les sous-sols de la présidence, elle affirme avoir été jetée dans une pièce sinistre où trônait l’inscription : « La mort est un réflexe ». Entravée aux mains et aux pieds, aspergée d’eau froide, Sylvia Bongo raconte, en larmes, avoir été contrainte d’assister au supplice de Noureddin. « Ils m’ont amené mon fils, qui était dans un état épouvantable. Il saignait de partout, il avait les yeux qui sortaient des orbites », confie-t-elle, décrivant un violent passage à tabac à coups de barre de fer suivi d’un étranglement.
L’intégralité de l’entretien à France 24
L’ancienne première dame indique avoir été elle-même frappée et étranglée ce jour-là, après avoir tenté de se débattre pour protéger son aîné. « J’ai signé tout ce qu’ils voulaient. Je ne sais pas ce que j’ai signé », justifie-t-elle pour expliquer ses aveux extorqués. À ces tortures physiques se seraient ajoutées des humiliations à caractère racial, accusant les agents du renseignement de l’avoir qualifiée, elle et son fils, de « sale blanche ». Ce long calvaire n’a pris fin qu’en mai 2025, grâce à l’intervention du président angolais João Lourenço, qui a négocié leur exfiltration vers la capitale britannique en l’espace de trois jours.
Un déni frontal de la réalité politique
Si le récit de ses conditions de détention se veut poignant, sa ligne de défense politique suscite une profonde incrédulité. Questionnée sur les accusations du procureur de la République et du général Brice Clotaire Oligui Nguema, qui la dépeignent comme la véritable dirigeante du pays après l’accident vasculaire cérébral de son mari en 2018, Sylvia Bongo oppose un déni absolu. « En 14 ans, j’ai dû aller trois fois au bureau de mon mari », a-t-elle osé affirmer, ajoutant avec aplomb : « Je ne comprends rien à la politique et surtout pas à la politique gabonaise. Donc je ne m’en suis jamais mêlée ».
Synthèse de cet entretien :
| Thématiques abordées | Résumé des déclarations et des faits évoqués | Citations textuelles |
|---|---|---|
| Coup d’État du 30 août 2023 | Arrestation par des militaires cagoulés et armés, cinq minutes seulement après l’annonce de la victoire électorale de son mari. Transfert immédiat au palais présidentiel. | « Et cinq minutes après avoir déclaré la victoire de mon mari [...], des hommes armés, des hommes cagoulés, [sont venus] pour me chercher. » |
| Conditions de détention | Vingt mois de privation de liberté. Chantage psychologique sévère exigeant la remise de ses relevés d’identité bancaire (RIB), sous la menace d’assassiner son fils Noureddin Bongo Valentin. | « À ce moment-là, on m’a dit : si vous ne me donnez pas vos RIB, votre fils ne vivra pas une semaine. » |
| Tortures dénoncées | Transfert dans les sous-sols de la présidence dans une salle marquée « La mort est un réflexe » . Sévices graves sur son fils (coups de barre de fer, étranglement), violences physiques contre elle-même et injures racistes. | « Ils m’ont amené mon fils, qui était dans un état épouvantable. Il saignait de partout, il avait les yeux qui sortaient des orbites. [...] Ils l’ont tapé, ils l’ont étranglé... » |
| Rôle et influence politique | Déni total d’ingérence dans les affaires de l’État après l’AVC d’Ali Bongo en 2018 : elle affirme n’être allée que trois fois dans le bureau présidentiel en quatorze ans et ne rien comprendre à la politique. | « En 14 ans, j’ai dû aller trois fois au bureau de mon mari. [...] Je ne comprends rien à la politique et surtout pas à la politique gabonaise. Donc, je ne m’en suis jamais mêlée. » |
| Accusations financières | Rejet des accusations de détournements de fonds publics et d’acquisition de biens immobiliers luxueux. Elle exige des preuves formelles et annonce s’en remettre aux juridictions internationales. | « Sortir 4 000 milliards ou 6 000 milliards, il faut le faire. [...] C’est pour ça que nous sommes dans les juridictions internationales. Pour que la vérité soit faite. » |
| Libération et exil | Exfiltration vers l’exil obtenue en trois jours grâce à l’intervention décisive du président angolais, João Lourenço. L’ancienne première dame assure qu’elle ne retournera plus dans son pays d’adoption. | « Jamais. J’ai eu trop mal. [...] Je serai là pour tout le monde si on a besoin de moi, mais moi je ne retournerai plus au Gabon. » |
Ces affirmations de désintérêt total de la gestion de l’État contrastent violemment avec la réalité observée par les Gabonais durant les cinq dernières années du règne d’Ali Bongo. L’omniprésence de l’ex-première dame, son emprise avérée sur le fameux parapheur présidentiel et son influence directe dans les nominations stratégiques étaient notoires à Libreville. Ce duo mère-fils, fustigé par l’accusation lors de son récent procès, incarnait aux yeux de l’opinion publique la confiscation pure et simple de l’appareil d’État.
La justice internationale comme ultime recours
Sur le volet des crimes financiers, notamment les accusations de détournements massifs évalués à plus de 4 000 milliards de francs CFA et l’acquisition de biens immobiliers luxueux à Londres ou à Marrakech, Sylvia Bongo adopte une posture de défi. Balayant d’un revers de main ces allégations, elle exige des preuves matérielles de la part des nouvelles autorités. « Sortir 4 000 milliards ou 6 000 milliards, il faut le faire. Quand on l’amène, j’attends que ça », a-t-elle martelé, justifiant ainsi sa volonté de s’en remettre exclusivement aux juridictions internationales pour faire éclater la vérité.
L’épouse d’Ali Bongo semble aujourd’hui avoir définitivement tourné la page de son pays d’adoption. Consciente que de très nombreux citoyens ont été soulagés par la fin brutale de cette dynastie familiale, elle reconnaît l’existence de problèmes systémiques en Afrique, sans pour autant faire le moindre acte de contrition sur son propre bilan. Interrogée sur un éventuel pardon envers Brice Clotaire Oligui Nguema, elle s’en remet à la justice divine tout en affirmant qu’elle ne lui pardonnera « jamais » les actes perpétrés contre son fils. Et c’est avec une certitude absolue qu’elle clôt ce chapitre de sa vie, jurant qu’elle ne remettra « jamais » les pieds au Gabon.
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