Gabon : Marcel Libama remet la base au centre et défie le gouvernement sur la grève des enseignants
Libéré ce lundi 26 janvier après 5jours passés à la prison centrale de Libreville, le syndicaliste Marcel Libama, figure de soutien au collectif SOS Éducation, a livré ce jeudi 29 janvier à GMT une longue interview au ton offensif, quelques jours après son interpellation et son incarcération aux côtés de Simon Ndong Edzo . Leur remise en liberté, présentée par plusieurs sources comme provisoire, était devenue un préalable brandi par une frange du mouvement enseignant, dans un contexte de bras de fer toujours tendu avec le gouvernement.
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Dès l’entame, Marcel Libama dit vouloir remercier la « communauté éducative » et ceux qui ont fait de leur libération « un point de revendication ». « Si on ne les libère pas, nos pères, nous ne pourrons pas commencer les cours », rapporte-t-il, en attribuant à cette pression un rôle « déterminant ». Il cite aussi des soutiens politiques, des activistes de la diaspora et des organisations syndicales étrangères, décrivant une mobilisation qu’il qualifie de « sans précédent ».
Une arrestation racontée comme un signal politique
Sur les circonstances de son interpellation, Marcel Libama affirme avoir été arrêté à l’aéroport de Libreville, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Port-Gentil pour une assemblée générale avec des enseignants. « J’ai été arrêté par des éléments non identifiés (…) qui m’ont simplement dit qu’ils appartenaient à la DGR », dit-il, avant d’ajouter qu’il a été conduit « d’abord » vers la Présidence gabonaise, puis vers la Direction générale des recherches (DGR). Sur place, il affirme avoir refusé une interview sollicitée par des médias publics, estimant ne pas être traité selon lui avec la neutralité attendue.
L’intégralité de cette interview
Sur le fond du dossier, il conteste les griefs, évoquant un motif ayant, selon lui, évolué. « On a maintenant changé le motif (…) à trouble à l’ordre public pour incitation à la révolte », affirme-t-il, soutenant qu’il n’empêchait pas la tenue des cours puisque, selon lui, les établissements étaient déjà à l’arrêt. De leur côté, des sources de presse ont rapporté que les deux syndicalistes avaient été inculpés pour troubles à l’ordre public et placés sous mandat de dépôt avant leur libération provisoire.
« Le souverain, c’est la base »
Au cœur de l’entretien, Marcel Libama martèle un principe : la grève, dit-il, ne se décide ni ne se lève depuis un bureau. « La seule instance habilitée à lever le mouvement de grève, c’est la base, l’Assemblée générale », insiste-t-il, rejetant toute lecture qui ferait des négociateurs des décideurs. « Les grandes comme les petites décisions dans un syndicat (…) c’est la base », répète-t-il, appelant à une clarification par une assemblée générale si des doutes persistent sur la conduite des discussions.
Il s’attaque aussi aux procès d’intention visant sa légitimité à agir dans la séquence, notamment sur la question de la retraite. « Je ne suis même pas retraité (…) j’ai 58 ans (…) j’ai encore près de 4 ans », déclare-t-il, expliquant qu’il est directement concerné par les revendications (rappels, avancements). Et d’élargir : « Tout Gabonais peut participer à une grève (…) à une seule condition : vérifier que c’est une grève légale. »
Conditions de détention et charges politiques
La fin de l’entretien bascule vers la prison et, plus largement, la gouvernance. Marcel Libama décrit une détention « humiliant[e] » et évoque l’état de certains détenus, en appelant à une amélioration des conditions carcérales. Il cite des cas précis de détenus rencontrés et dit vouloir interpeller les autorités sur la dimension humaine du système pénitentiaire.
Enfin, il trace un parallèle politique, en jugeant que « le début de la Ve République ressemble à la fin du règne d’Ali Bongo » , estimant que journalistes, syndicalistes et défenseurs des droits humains doivent être protégés. « Un syndicaliste reste avant tout un défenseur des droits de l’homme », conclut-il, en posant son récit comme celui d’un rapport de force où la rue et l’assemblée générale, plus que les communiqués, fixent désormais la cadence.
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