Mairie de Port-Gentil : Un audit interne révèle une gestion RH et financière au bord de l’asphyxie
La municipalité de Port-Gentil s’engage dans une restructuration vitale de son administration. Ce mercredi 13 mai, lors d’une conférence de restitution spécialement dédiée aux ressources humaines et aux finances, le maire Pascal Houangni Ambouroue a dévoilé les conclusions d’un audit interne sans concession. Ce diagnostic approfondi met en lumière de lourdes fragilités structurelles héritées du passé, tout en posant les jalons d’une réforme administrative déjà en cours de déploiement.
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Lancée dès la prise de fonction du nouvel exécutif, cette opération vérité répondait à une urgence opérationnelle absolue. « Lorsque nous sommes arrivés à la tête de la commune, nous avons été confrontés à une situation administrative, organisationnelle et financière exceptionnellement complexe », a confessé l’édile, soulignant que les marges de manœuvre de l’institution étaient alors « extrêmement limitées ». Le rapport pointe une gestion globale archaïque : procédures non formalisées, archives désorganisées, données dispersées et un contrôle interne d’une grande précarité.
Une gestion du personnel totalement déstructurée
Sur le plan des ressources humaines, les conclusions de l’audit sont particulièrement alarmantes. Sur un effectif total de 954 agents municipaux, 53 % des dossiers administratifs présentent de graves insuffisances, de nombreux employés étant dépourvus de pièces justificatives essentielles telles que leurs diplômes. « Cette situation constitue un risque sérieux, à la fois sur le plan juridique et sur celui de la crédibilité de notre gestion administrative », a reconnu Pascal Houangni Ambouroue, face à cette gouvernance hybride mêlant agents publics, contractuels et main-d’œuvre non permanente.
Une autre vue de cérémonie d’hier
À cette désorganisation documentaire s’ajoute une bombe à retardement démographique. L’analyse des effectifs révèle que 21 % des agents ont 55 ans ou plus, tandis que la relève (les moins de 35 ans) ne représente que 4 % du personnel. « Nous devons anticiper dès maintenant la transmission des compétences et préparer l’avenir de notre administration », a alerté le maire de la capitale économique, pointant également des incohérences de déploiement, avec une surreprésentation des profils administratifs dans certaines directions au détriment de l’efficacité opérationnelle.
Des finances sous le poids de la masse salariale
Sur le volet financier, la mairie fait face à une paralysie quasi totale de ses capacités d’investissement. L’audit souligne que la masse salariale engloutit à elle seule près de 68 % du budget communal. « Nous faisons face à une rigidité budgétaire qui freine notre capacité à moderniser les services publics et à répondre efficacement aux attentes des populations », a regretté le premier magistrat de la ville. Cette pression est notamment accentuée par un régime indemnitaire qui pèse pour 47 % du salaire brut moyen des agents.
Les constats dressés par les experts internes mettent également en exergue une progression incontrôlée des charges fixes, une sécurisation défaillante des recettes et d’importantes failles dans les procédures de passation des marchés publics. Plus surprenant encore, la municipalité souffre d’une forte dépendance à des prestataires externes, alors même qu’elle dispose de profils qualifiés en interne. « Nous avons une ressource humaine en quantité, mais pas toujours en qualité opérationnelle », a admis Pascal Houangni Ambouroue avec franchise.
Un « audit-action » pour redresser la barre
Pour mener à bien ce diagnostic, l’équipe municipale a opté pour l’expertise de ses propres services, un choix assumé pour contourner les coûts exorbitants d’un cabinet privé, estimés entre 150 et 800 millions de francs CFA. « Nous avons privilégié une approche plus soutenable, mais surtout plus utile, en impliquant directement nos équipes dans ce travail de diagnostic et de transformation », a expliqué le maire. Cette méthode pragmatique a d’ores et déjà permis d’activer plusieurs leviers correctifs : centralisation des dossiers, renforcement du contrôle et amélioration du suivi comptable.
Loin de se limiter à un simple constat d’échec, ce rapport marque le lancement d’un vaste chantier de modernisation. La mairie prévoit à court terme la digitalisation de ses services, la mise en place de véritables outils de pilotage budgétaire et la rationalisation de ses effectifs. « Cet audit n’est pas une fin en soi. Il marque le début d’un processus de transformation profonde de notre administration », a martelé l’édile, avant de conclure : « Nous avons choisi d’affronter la réalité avec lucidité. Cette démarche n’est pas une remise en cause des agents, mais une opportunité de construire une administration plus juste, plus efficace et mieux préparée aux défis de demain. »
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