Kounabélisme : Ali Akbar Onanga prie les gabonais de cesser « d’insulter » les mères Altogovéennes !
L’ancien ministre Ali Akbar Onanga Y’Obegue monte au créneau contre l’emploi péjoratif du terme « kounabélisme » dans le débat public gabonais. Dans une longue tribune publiée ce lundi 10 août sur sa page Facebook, l’universitaire estime que ce néologisme dénature l’histoire de Kounabéli, une ancienne organisation musicale féminine particulièrement associée au Haut-Ogooué. Selon lui, transformer ce nom en synonyme d’opportunisme, de servilité ou de retournement de veste revient à dévaloriser les femmes gabonaises et à stigmatiser les Altogovéennes. « Kounabéli n’est pas une insulte », martèle le secrétaire général d’une aile du Parti démocratique gabonais (PDG) restée fidèle à Ali Bongo.
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Depuis le renversement d’Ali Bongo Ondimba le 30 août 2023, l’expression « kounabélisme » s’est imposée dans une partie du vocabulaire politique et populaire. Elle sert généralement à dénoncer les anciens soutiens du régime déchu ayant rapidement rejoint les nouveaux détenteurs du pouvoir afin de conserver leurs avantages. Ali Akbar Onanga ne conteste ni l’existence de l’opportunisme politique ni celle du carriérisme, de la flagornerie ou de la transhumance au Gabon. Il refuse cependant que le nom de Kounabéli soit utilisé pour qualifier ces comportements.
Kounabéli, une histoire de femmes avant d’être un instrument politique
Dans sa tribune, l’ancien ministre rappelle que Kounabéli est apparu dans le contexte de la création du PDG en 1967. Il en attribue l’initiative à Joséphine Kama, devenue Joséphine Bongo puis connue du public sous le nom de Patience Dabany. Cette organisation aurait participé à la structuration des premiers groupes féminins d’animation socioculturelle, à une époque où les femmes cherchaient davantage d’espaces d’expression et de participation politique. Kounabéli aurait ainsi mêlé mobilisation partisane, chant, danse, création artistique et entraide communautaire.
Une jaquette du célèbre groupe pro-Bongo
Ali Akbar Onanga reconnaît que ces groupes ont servi à mobiliser les populations autour du pouvoir d’Omar Bongo et que leur instrumentalisation peut faire l’objet d’une critique historique. Il estime toutefois qu’ils ne peuvent être réduits à des femmes chantant uniquement à la gloire d’un dirigeant. Selon lui, ces structures proposaient également des activités d’alphabétisation, de couture, d’agriculture et d’organisation communautaire. « Une chose est de faire l’histoire critique d’une institution ; une autre est de la caricaturer jusqu’à lui faire dire exactement le contraire de ce qu’elle fut », écrit-il.
Aucun lien avec l’opportunisme, selon l’ancien ministre
Le juriste affirme qu’il n’existe aucune continuité historique ou conceptuelle entre Kounabéli et la signification désormais attribuée au « kounabélisme ». Il demande quel élément de l’histoire de ce groupe féminin permettrait d’en faire le symbole des courtisans, des carriéristes ou des responsables politiques changeant de camp pour obtenir un poste. Sa réponse est catégorique : « Aucun. Et c’est précisément le problème. » Il décrit donc ce néologisme comme une construction politique postérieure, historiquement infondée et moralement douteuse.
L’ancien membre du gouvernement considère également que cet usage porte atteinte au patrimoine artistique associé à Patience Dabany. Avant sa carrière internationale, la chanteuse avait elle-même évolué au sein de Kounabéli et participé à son développement. Quelle que soit l’appréciation portée sur Joséphine Bongo, le PDG ou le règne d’Omar Bongo, Ali Akbar Onanga demande que la contribution culturelle de l’artiste soit distinguée des controverses politiques. « Mais qu’il laisse Kounabéli tranquille : Kounabéli n’a rien à voir avec cela », insiste-t-il.
Une stigmatisation des femmes du Haut-Ogooué
Pour cet ancien ministre originaire du Haut-Ogooué, le choix précis de Kounabéli parmi les nombreux groupes socioculturels ayant existé sous le parti unique n’est pas anodin. Il y voit d’abord une dévalorisation générale de la femme gabonaise, le nom d’une organisation féminine étant devenu un vocabulaire de mépris. Il dénonce ensuite une stigmatisation particulière des femmes altogovéennes, auxquelles Kounabéli demeure historiquement associé. Le Gabon, prévient-il, n’a rien à gagner à introduire dans son langage politique des marqueurs de dénigrement provincial.
Ali Akbar Onanga invite également les utilisateurs de cette expression à interroger leur propre histoire familiale. Durant plusieurs décennies, le PDG a été le parti unique, puis la formation dominante du pays, conduisant de nombreuses mères, grand-mères, tantes et sœurs à participer aux groupes socioculturels dans toutes les provinces. Juger ces femmes uniquement avec les catégories politiques actuelles constituerait, selon lui, un anachronisme. « Ceux dont ils caricaturent l’histoire portent peut-être leur propre nom de famille », fait-il valoir en substance.
« Critiquez le PDG, mais laissez nos mères en dehors »
Le secrétaire général du PDG ne demande pas que l’ancien parti au pouvoir soit soustrait à la critique. Il reconnaît que des responsables ayant autrefois acclamé Ali Bongo Ondimba affichent désormais la même ferveur envers les dirigeants actuels. Il affirme même pouvoir partager une grande partie des critiques formulées contre l’opportunisme, le carriérisme et les retournements de veste. « Critiquez le PDG, mais laissez nos mères en dehors de cela », résume-t-il, invitant les détracteurs du régime déchu à choisir un autre mot.
L’universitaire met par ailleurs en garde contre la tentation de considérer comme indigne tout ce qui a existé sous Omar Bongo et Ali Bongo. « Le Gabon n’est pas né le 30 août 2023 », rappelle-t-il, estimant que les infrastructures, les institutions, les combats sociaux et les progrès féminins appartiennent à l’histoire nationale plutôt qu’à un seul régime. À ses yeux, la rupture politique ne doit pas conduire à effacer les contributions des générations précédentes. Une nation adulte, soutient-il, doit reconnaître les dérives du passé sans en profaner systématiquement la mémoire.
Un appel aux autorités et aux acteurs du débat public
Ali Akbar Onanga appelle finalement les pouvoirs publics à condamner et à décourager l’emploi péjoratif du mot « kounabélisme ». Il précise ne pas réclamer une police générale du langage ni la criminalisation automatique de ceux qui utilisent cette expression sans en connaître l’origine. Il demande cependant que les mécanismes juridiques existants soient appliqués lorsque son usage franchit les limites relatives à la dignité, à l’honneur ou à la cohésion nationale. « Ce qui est offensant pour les uns ne peut devenir anodin lorsqu’il concerne les autres », affirme-t-il.
L’ancien ministre interpelle aussi les journalistes, intellectuels, responsables politiques, activistes et citoyens qui ont contribué à populariser ce néologisme. Il les invite à préférer les termes d’opportunisme, de servilité, de transhumance ou de flagornerie, sans détourner le nom d’une organisation féminine historique. Sa position, portée par un dirigeant du PDG et une personnalité du Haut-Ogooué, s’inscrit naturellement dans une mémoire politique dont il est lui-même un acteur. Mais elle pose une question plus large au débat public gabonais : peut-on combattre les survivances du système Bongo sans transformer l’histoire de certaines femmes et provinces en vocabulaire d’opprobre ?
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