Gabon : Quand le PDG des Bongo défile pour célébrer sa propre chute à Makokou aux cotés d’Oligui Nguema
Qui a dit que le Parti démocratique gabonais (PDG) était rancunier ? Le parti aura offert l’une des images les plus incongrues de la 3e édition de la Fête nationale de la Libération, célébrée ce dimanche 30 août 2026 à Makokou (Ogooué-Ivindo). Fondée par Omar Bongo Ondimba en 1967 et maintenue au pouvoir pendant 56 ans par la même famille, la formation a participé au défilé censé commémorer la fin de son propre règne. Ses militants ont même paradé avec des tee-shirts à l’effigie de Brice Clotaire Oligui Nguema, l’homme qui a renversé Ali Bongo 3 ans plus tôt.
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Le spectacle avait tout d’une étonnante réconciliation entre le « libérateur » du pays et le parti du régime dont le Gabon affirme avoir été libéré. Sur la place de l’Indépendance, les militants du PDG ont battu le pavé derrière leurs banderoles, comme si les 22 années de monopartisme imposées sous Omar Bongo et les décennies d’élections controversées qui ont suivi appartenaient à une histoire politique étrangère à leur formation. Le parti n’était plus présenté comme l’un des piliers du système déchu, mais comme une composante pleinement intégrée au nouveau rassemblement national.
Le parti des Bongo célèbre la fin des Bongo
L’incongruité ne s’est pas limitée à la présence de quelques militants dans la foule. Le PDG a participé en tant que formation politique invitée qui avait toute sa place à la phase civile du défilé, au milieu des forces vives invitées à célébrer la rupture du 30 août 2023. La cérémonie officielle, présidée par Brice Clotaire Oligui Nguema, entendait pourtant retracer la « libération du peuple gabonais » et célébrer l’unité des différentes composantes de la Nation.
Vidéos
À la tête de l’ex parti-Etat depuis son congrès extraordinaire, Blaise Louembé s’est même laissé emporter par l’ambiance. Dans une vidéo devenue virale, le nouveau président du PDG esquisse des pas de danse au passage des troupes de sa formation. Une scène presque surréaliste : le successeur politique d’Ali Bongo applaudissant joyeusement un défilé organisé pour commémorer la chute d’Ali Bongo et la fin du pouvoir dynastique porté par son propre parti.
Une « libération » fêtée par les anciens maîtres du pays
Les PDGistes semblent donc avoir, eux aussi, célébré leur « libération » de celui qu’ils ont soutenu jusqu’aux dernières heures de son règne. Pendant 14 ans, Ali Bongo a gouverné au nom du PDG, après avoir succédé à son père à la tête de l’État en 2009. Le 30 août 2023, sa formation venait encore de le proclamer vainqueur d’une nouvelle présidentielle lorsque l’armée a interrompu le processus et pris le pouvoir.
Le passage des troupes PDGistes
Trois ans plus tard, une partie de cette même formation paraît avoir effacé son propre rôle dans le système renversé. Le parti qui fournissait au régime ses ministres, ses parlementaires, ses élus locaux et son appareil politique se présente désormais comme un partenaire de la Ve République. À Makokou, il n’a pas seulement accepté la commémoration de sa défaite : il l’a célébrée au rythme des fanfares.
Noureddin Bongo n’est plus seul à manier l’ironie
Quelques heures après ces commémorations, Noureddin Bongo Valentin avait déjà choisi l’humour noir pour commenter cette date. Depuis son exil londonien, le fils d’Ali Bongo s’était contenté de publier sur X : « Bonne fête de la Libération ». La formule avait tout d’une pique adressée à ceux qui célèbrent désormais la chute de son père, la fin de sa propre ascension politique et l’effondrement du système familial auquel il appartenait.
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Mais les dirigeants actuels du PDG ont fait mieux que l’héritier déchu. Là où Noureddin Bongo s’est contenté d’un message ironique, eux ont envoyé leurs troupes défiler. Là où le fils d’Ali Bongo tournait à distance la commémoration en dérision, Blaise Louembé l’a accompagnée de quelques pas de danse. La satire familiale a ainsi trouvé son prolongement politique sur la place de l’Indépendance de Makokou.
Le PDG devenu allié de son tombeur
Cette proximité n’est pas née le 30 août 2026. Lors de la présidentielle du 12 avril 2025, la direction du PDG avait officiellement appelé ses militants à soutenir Brice Clotaire Oligui Nguema. Le parti déchu avait alors présenté l’auteur du renversement de son propre régime comme l’homme capable de répondre aux aspirations du peuple gabonais.
Ce ralliement avait provoqué une fracture ouverte avec le courant demeuré fidèle à Ali Bongo. Les « loyalistes » du parti avaient jugé politiquement incohérent et moralement inacceptable de soutenir les autorités qui avaient renversé, marginalisé puis entrepris de récupérer le PDG à leur profit. Ils avaient même considéré que les cadres engagés derrière Oligui Nguema s’étaient exclus d’eux-mêmes de la formation.
De la présidentielle aux alliances électorales
La collaboration s’est ensuite prolongée au-delà de la présidentielle ayant scellé la fin de la transition. Lors des scrutins législatifs et sénatoriaux, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) de Brice Clotaire Oligui Nguema et le PDG dirigé par Blaise Louembé ont eu des élus en communs nées de coalitions électorales surprises. Les deux formations disposent aujourd’hui de groupes distincts à l’Assemblée nationale, mais évoluent dans une proximité devenue difficile à dissimuler.
Le PDG semble ainsi avoir trouvé grâce aux yeux du tombeur de son ancien président. Son appareil, ses élus et ses relais territoriaux n’ont pas disparu avec le coup d’État. Ils se sont progressivement repositionnés autour du nouveau pouvoir, jusqu’à participer aux festivités censées célébrer la fin du système qu’ils ont contribué à maintenir pendant plus d’un demi-siècle.
Un cadeau politique au camp Ali Bongo
Cette étrange communion pourrait cependant nourrir les ambitions du courant resté fidèle à Ali Bongo. Depuis l’étranger, l’ancien président continue d’être présenté par ses partisans comme le détenteur de la légitimité historique et statutaire du parti fondé par son père. Le rapprochement entre Blaise Louembé et Brice Clotaire Oligui Nguema leur offre un argument supplémentaire pour dénoncer une formation récupérée par le pouvoir issu du 30 août.
Plus le PDG officiel s’accommode de son tombeur, plus ses adversaires internes peuvent l’accuser d’avoir renié son histoire. Et plus Blaise Louembé célèbre la chute de la dynastie Bongo, plus Ali Bongo peut tenter de se présenter comme le gardien d’un héritage abandonné. La danse de Makokou pourrait ainsi dépasser l’anecdote virale pour devenir une pièce de plus dans la bataille pour le contrôle de l’ancien parti au pouvoir.
La Ve République et ses paradoxes
Cette scène illustre surtout l’un des grands paradoxes de la Ve République. Le nouveau pouvoir a bâti une part importante de sa légitimité sur la rupture avec le régime Bongo, tout en s’entourant de nombreux acteurs issus de ce même système. Le PDG, de son côté, affirme adhérer à la vision de celui qui l’a chassé du pouvoir et participe désormais à la célébration annuelle de sa propre défaite. Comme quoi ses cadres ne sont pas rancuniers.
Ainsi va le Gabon de l’après-30 août : Noureddin Bongo souhaite ironiquement une bonne fête à ceux qui célèbrent la chute de son père, tandis que les héritiers politiques d’Omar Bongo défilent et dansent devant l’homme qui a mis fin à leur règne. À Makokou, la Fête de la Libération aura finalement consacré une curieuse liberté : celle du PDG de célébrer sans complexe sa libération du joug des Bongo, après avoir servi cette famille pendant 56 ans à grand renfort de soutien aveuglement aveuglé.
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