Ecran de fumée

Gabon : Quand le débat sur la peine de mort tente d’éclipser l’effondrement des services publics

Gabon : Quand le débat sur la peine de mort tente d’éclipser l’effondrement des services publics
Gabon : Quand le débat sur la peine de mort tente d’éclipser l’effondrement des services publics © 2026 D.R./Info241

Le Gabon traverse une zone de turbulences majeure en ce début d’année 2026. Alors que les secteurs vitaux — santé, éducation, transports — affichent des signes inquiétants de rupture, le débat public se voit soudainement orienté vers la question de la peine de mort. Une résurgence perçue par l’opposition, et notamment par le Dr Stéphane Germain Iloko Boussengui, comme une « diversion cynique » destinée à masquer l’incapacité de l’État à répondre aux urgences du quotidien.

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Depuis décembre 2025, le climat social s’est considérablement dégradé. Les signaux d’alerte se multiplient, dressant le portrait de services publics à bout de souffle. Pourtant, c’est sur le terrain des valeurs et du judiciaire que le débat semble vouloir être porté, créant un décalage saisissant avec la réalité vécue par les populations.

Un front social en ébullition

L’inventaire des dysfonctionnements est lourd. Dans l’Éducation, le mouvement initié mi-décembre par le Collectif SOS Éducation a paralysé les salles de classe dans plusieurs provinces jusqu’en ce mois de janvier 2026. Si le gouvernement a annoncé l’ouverture d’un dialogue tripartite, la colère gronde toujours autour des régularisations et des conditions de travail.

Le secteur de la Santé n’est pas épargné. Le CHR de Melen, structure clé de l’Estuaire, porte encore les stigmates des intempéries du 15 décembre dernier. Il aura fallu attendre la visite de la ministre de la Santé, le 9 janvier 2026, pour que la reprise des accouchements soit ordonnée et que des travaux d’urgence soient lancés.

Même constat pour le rail, colonne vertébrale de l’économie. Malgré les annonces de modernisation de la Setrag (135 milliards de FCFA), le trafic a été perturbé début janvier par une grève illimitée des agents de l’Autorité de régulation des transports ferroviaires, réclamant des salaires impayés. Ajoutez à cela les tensions récurrentes avec la CNAMGS et les pharmacies, et c’est tout le pacte social qui semble se fissurer.

La peine de mort : l’écran de fumée ?

C’est dans ce contexte explosif que resurgit le débat sur la peine capitale, abolie depuis 2010. Pour le Dr Stéphane Germain Iloko Boussengui, ancien candidat à la présidentielle d’avril 2025, cette synchronisation n’est pas fortuite. Il dénonce une manœuvre de communication politique : « C’est une diversion cynique pour masquer l’échec des autorités. Il ne faut pas être abusés par ce qui éloigne l’attention des vrais sujets », a-t-il martelé.

Pour l’opposant, agiter le spectre de la peine de mort permet de polariser l’opinion, de jouer sur les émotions et de légitimer un discours sécuritaire, tout en évitant de parler des sujets qui fâchent : les salaires non versés, les hôpitaux délabrés et les ordonnances non prises en charge.

« Au nom de qui ? »

La question posée par Iloko Boussengui, « Au nom de qui ? », résonne comme un appel à la lucidité. Alors que les organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent d’un recul moral et constitutionnel, la société civile s’interroge sur les priorités de l’exécutif.

Entre une communication d’État axée sur des symboles forts et une urgence sociale qui réclame des solutions concrètes, le fossé se creuse. Pour de nombreux observateurs, le véritable enjeu national n’est pas le retour de l’échafaud, mais bien la survie d’un service public capable de soigner, d’éduquer et de transporter ses citoyens dignement.

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