Gabon : Près de 5 000 milliards d’épargne informelle échappent encore au financement de l’économie
Près de 5 000 milliards FCFA circuleraient encore hors des circuits financiers formels au Gabon. Ce chiffre, présenté ce lundi 6 juillet 2026 à Libreville par le Pr Assoumou Ondo, directeur du Département des sciences économiques de l’Université Omar Bongo, illustre l’ampleur d’une épargne nationale encore insuffisamment mobilisée pour soutenir l’investissement productif. L’universitaire intervenait lors de la présentation inaugurale consacrée au « marché financier et marché des assurances », dans le cadre de l’Africa Capital Market Forum 2025, a rapporté hier l’AGP.
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S’appuyant sur les statistiques monétaires de la BEAC, de la COBAC et de la Direction générale de l’économie, le Pr Assoumou Ondo a indiqué que cette masse financière demeure largement informelle. Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement de mesurer cette épargne, mais surtout de comprendre pourquoi elle reste en dehors des mécanismes capables de financer durablement l’économie. Les causes avancées tiennent notamment aux barrières culturelles, au faible niveau d’éducation financière et au déficit de confiance envers le système financier formel.
Une épargne abondante, mais peu productive
Cette situation pénalise particulièrement les PME-PMI, pourtant au cœur du tissu économique national. Selon les données évoquées par l’universitaire, ces entreprises représenteraient près de 90 % du tissu entrepreneurial gabonais, mais leur accès au crédit bancaire reste limité. Les établissements financiers continuent, dans bien des cas, de privilégier les grandes entreprises et les secteurs jugés plus solides, notamment les activités extractives. Résultat : une grande partie du secteur productif demeure sous-financée.
L’universitaire au cours de sa prise de parole hier
Citant la Société de garantie du Gabon (SGG) et Okoumé Capital, le Pr Assoumou Ondo a estimé les besoins de financement du secteur productif à 1 200 milliards FCFA. Sur ce montant, 537 milliards FCFA seraient nécessaires pour les garanties financières destinées aux PME-PMI. Ces chiffres montrent l’écart entre les besoins réels de l’économie et les ressources effectivement orientées vers l’investissement. Ils soulignent aussi l’urgence de mécanismes plus adaptés pour sécuriser les banques et faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au financement.
Le PNCD face à un immense défi financier
L’enjeu est d’autant plus stratégique que le Gabon prépare la mise en œuvre du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Selon le Pr Assoumou Ondo, ce programme nécessitera un financement global de 27 955 milliards FCFA, soit près de 5 600 milliards FCFA par an. Dans un contexte de fortes attentes économiques et sociales, la mobilisation de l’épargne nationale devient donc un levier central. « La croissance future dépendra de la capacité du Gabon à mobiliser une épargne de long terme », a-t-il soutenu.
Pour l’universitaire, le pays ne peut durablement compter uniquement sur les financements publics, les ressources extérieures ou les revenus issus des secteurs traditionnels. Il plaide pour une meilleure orientation de l’épargne nationale vers les investissements productifs, notamment à travers les marchés financiers, les produits d’assurance, les fonds d’investissement et les mécanismes de garantie. L’objectif serait de transformer une épargne dormante ou informelle en capital utile au développement des entreprises, des infrastructures et des projets structurants.
Le Mobile Money encore loin de l’épargne
Le Pr Assoumou Ondo a également abordé l’évolution des services financiers numériques. Selon les données de la DGEPF qu’il a citées, les transactions réalisées via le Mobile Money ont atteint 4 087 milliards FCFA en 2024, pour 368,3 millions d’opérations. En juin 2025, le secteur comptait 4,7 millions de comptes, totalisant 1 669 milliards FCFA de dépôts. Ces chiffres confirment la place prise par le numérique dans les habitudes financières des Gabonais.
Mais cette progression reste encore largement portée par les paiements et les transferts. L’encours d’épargne conservé sur les comptes Mobile Money représenterait moins de 1 % des flux annuels, signe que ces outils ne sont pas encore devenus de véritables instruments d’épargne. Pour le Pr Assoumou Ondo, le potentiel existe pourtant. Encore faut-il développer des produits simples, sûrs et attractifs, capables de transformer l’usage quotidien du Mobile Money en porte d’entrée vers l’épargne formelle.
Canaliser l’argent vers le développement
Le directeur du Département des sciences économiques de l’UOB a aussi relevé le faible développement de la micro-assurance et du financement participatif. Ces mécanismes, qui pourraient contribuer à élargir l’inclusion financière et à soutenir les petits projets, restent encore marginaux dans le financement de l’économie nationale. Leur faible poids traduit, selon lui, la nécessité de renforcer l’innovation financière, la régulation et la confiance des usagers.
« L’épargne circule hors des circuits capables de financer durablement l’économie », a conclu le Pr Assoumou Ondo. Son appel s’adresse autant aux autorités de régulation qu’aux banques, compagnies d’assurances, opérateurs de Mobile Money et institutions de financement. Pour lui, le défi est clair : créer des mécanismes capables de capter l’épargne informelle, de la sécuriser et de l’orienter vers le financement du développement économique du Gabon.
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