Gabon : Ondo Ossa décrète la désobéissance civile et appelle au boycott de la fête du 30 août d’Oligui
Albert Ondo Ossa a profité du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon pour durcir son bras de fer avec le pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema qualifié de "putschiste en chef". Dans un discours prononcé dimanche 16 août 2026, l’ancien candidat à la présidentielle a annoncé une campagne de « désobéissance civile » et appelé les Gabonais à boycotter la Fête de la Libération du 30 août. Il a également formulé cinq consignes de mobilisation portant sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga, les médias publics, la mémoire nationale et les rassemblements religieux. Une prise de parole offensive, émaillée de graves accusations qui n’ont cependant été accompagnées d’aucun document probant au cours de cette intervention.
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S’adressant aux Gabonais du pays, de la diaspora et aux communautés étrangères vivant sur le territoire national, l’opposant a une nouvelle fois revendiqué la qualité de « président élu » à l’issue du scrutin contesté du 26 août 2023. Il a qualifié le renversement d’Ali Bongo, quatre jours plus tard, de « révolution de palais » ayant, selon lui, confisqué l’alternance. Pour Albert Ondo Ossa, l’arrivée des militaires au pouvoir aurait porté « un coup fatal » à la démocratie et aggravé les difficultés économiques et sociales du pays. Son discours marque ainsi le passage d’une contestation essentiellement verbale à un appel organisé au refus de collaborer avec le régime.
Mbanié au cœur de lourdes accusations
Une importante partie de son intervention a été consacrée au différend territorial opposant le Gabon à la Guinée équatoriale. Albert Ondo Ossa accuse Brice Clotaire Oligui Nguema d’avoir joué, depuis l’époque où il servait auprès d’Omar Bongo, un rôle dans la gestion du dossier des îles Mbanié, Cocotiers et Conga. Il affirme également qu’un arrangement politique et financier aurait favorisé leur attribution à Malabo. « Les preuves existent », a-t-il assuré, sans toutefois les présenter ni préciser leur nature dans son discours.
Les arguments de l’opposant
| Thème | Argument d’Albert Ondo Ossa | Citation explicite | Action préconisée | Réserve factuelle |
|---|---|---|---|---|
| Coup d’État du 30 août 2023 | La prise de pouvoir militaire aurait confisqué l’alternance issue de la présidentielle et porté atteinte à la démocratie gabonaise. | « Un coup fatal a été porté à la démocratie et au développement de notre pays. » | Mettre fin au pouvoir d’Oligui Nguema. | Albert Ondo Ossa continue de se présenter comme le président élu du scrutin contesté du 26 août 2023. |
| Légitimité du pouvoir | Le régime actuel serait illégal, dictatorial et fondé sur une « révolution de palais ». | « L’implantation et l’enracinement de l’imposture […] sont fondamentalement injustes. » | Refuser de collaborer avec le système politique en place. | Cette qualification traduit la position politique de l’opposant. |
| Îles Mbanié, Cocotiers et Conga | Brice Clotaire Oligui Nguema aurait contribué à la mauvaise gestion du différend territorial et recherché un arrangement avec la Guinée équatoriale. | « Les preuves existent. » | Maintenir la revendication gabonaise sur les trois îles. | Aucune preuve de l’arrangement allégué n’a été présentée dans le discours. |
| Défense du Gabon devant la CIJ | Le dossier gabonais aurait été défendu avec légèreté et aurait insuffisamment mobilisé la Convention de Montego Bay. | « Une équipe homogène, sérieuse et compétente aurait dû différer le jugement de la Cour et prendre le temps de construire un argumentaire conséquent. » | Repenser la stratégie juridique et diplomatique du Gabon. | La CIJ a estimé en mai 2025 que le titre juridique auquel la Guinée équatoriale avait succédé faisait droit concernant les îles. |
| Convention de Bata de 1974 | L’original de l’accord aurait été soustrait afin d’affaiblir la position gabonaise. | « Tout a commencé par la subtilisation de l’original de l’acte de Bata de 1974. » | Faire toute la lumière sur la disparition supposée du document. | L’opposant n’a fourni aucun document permettant d’identifier l’auteur ou les circonstances de cette prétendue soustraction. |
| Données du FMI | Le gouvernement commettrait une erreur en contestant les indicateurs économiques du Fonds monétaire international. | « Les chiffres du FMI sont traités et normés. » | Reconnaître les déséquilibres et préparer un programme de redressement crédible. | Aucun contre-budget ou programme économique chiffré n’a été présenté. |
| Politique économique | Les chantiers et inaugurations serviraient à masquer l’endettement, la faiblesse de la croissance et la détresse des ménages. | « Il ne s’agit nullement de construire à la va-vite des immeubles. » | Donner la priorité aux conditions de vie et au redressement de l’économie. | Plusieurs réalisations évoquées ne sont pas analysées individuellement dans le discours. |
| Dépenses publiques | L’argent public serait consacré aux fêtes, aux déplacements et à la communication au détriment des besoins sociaux. | « Comment accepter que l’argent du contribuable soit dépensé pour les futilités ? » | Réorienter les ressources vers les populations. | Aucun montant précis ni document budgétaire n’a été produit. |
| Démolitions | Des familles économiquement faibles auraient perdu leur logement sans indemnisation ni solution de relogement. | « Ils vivent dans la rue, sous des cartons, sans aucune perspective d’indemnisation ni de relogement. » | Prendre en charge et indemniser les personnes concernées. | Le discours ne précise pas les quartiers, le nombre de victimes ou les procédures visées. |
| Dérives sur les réseaux sociaux | Les injures détourneraient l’opinion du véritable débat politique et dégraderaient l’image du Gabon. | « Je condamne avec fermeté tout propos ordurier et insultant qui noie le véritable combat politique. » | Revenir à une confrontation fondée sur les idées. | Son propre discours contient plusieurs expressions particulièrement injurieuses contre le pouvoir et ses partisans. |
| Financement d’activistes | Le pouvoir utiliserait des fonds publics pour financer des personnes chargées d’insulter ses adversaires. | « L’argent public […] sert à payer les mercenaires de l’insulte. » | Mettre fin à ces financements supposés et assainir le débat public. | Cette accusation grave n’est étayée par aucun élément matériel dans l’intervention. |
| Désobéissance civile | Les citoyens auraient le devoir moral de refuser pacifiquement de collaborer avec un système jugé injuste. | « Je décrète dès aujourd’hui […] la désobéissance civile adaptée à notre contexte. » | Engager une résistance publique, volontaire et pacifique. | L’opposant ne précise pas l’organisation chargée d’encadrer cette mobilisation. |
| Fête de la Libération | La commémoration du 30 août célébrerait un coup d’État plutôt qu’une véritable libération nationale. | « Cette fête n’est rien d’autre qu’un culte à l’incurie et à l’imposture. » | Rester chez soi et éviter les déplacements le 30 août. | L’ampleur de l’adhésion populaire à ce mot d’ordre reste à mesurer. |
| Médias publics | Gabon 1ère, Gabon 24 et TV+ seraient devenus des instruments de propagande du pouvoir. | « Éteindre son poste de télévision […] et éviter autant que faire se peut les chaînes RTG1, Gabon 24 et TV+. » | Boycotter les trois chaînes. | Le discours ne s’appuie sur aucune analyse quantifiée de leur traitement éditorial. |
| Mémoire nationale | L’histoire officielle aurait occulté plusieurs figures gabonaises, dont le véritable auteur présumé de La Concorde. | « Il nous faut reconstituer notre histoire, la vraie histoire de notre pays. » | Réhabiliter Évariste Etougue et d’autres personnalités oubliées. | La paternité de l’hymne avancée par l’opposant doit être documentée par des sources historiques. |
| Mobilisation religieuse | Les croyants devraient participer spirituellement à la fin du régime. | « Tout croyant, chrétien ou musulman […] doit dès aujourd’hui prier Dieu en vérité pour qu’il hâte la fin de l’imposture. » | Organiser des prières dans les églises et les mosquées. | Cette consigne introduit la religion dans une mobilisation essentiellement politique. |
L’opposant soutient par ailleurs que la défense gabonaise devant la Cour internationale de justice aurait été marquée par l’impréparation et l’incompétence. Il estime que le Gabon aurait dû davantage s’appuyer sur la Convention de Montego Bay relative au droit de la mer. Cette interprétation reste cependant celle d’Albert Ondo Ossa : dans son arrêt du 19 mai 2025, la Cour a conclu que le titre espagnol auquel la Guinée équatoriale avait succédé faisait droit concernant les trois îles, tandis que la Convention de Bata de 1974 invoquée par Libreville n’avait pas la force juridique revendiquée. La juridiction n’était d’ailleurs pas chargée de tracer elle-même la frontière maritime, mais d’identifier les titres juridiques applicables au différend.
Le FMI opposé aux « chantiers de façade »
Sur le terrain économique, Albert Ondo Ossa dénonce une gestion fondée, selon lui, sur la communication, l’endettement et les réalisations de prestige. Il juge « absurde » toute tentative des autorités de contester les données du Fonds monétaire international et préconise plutôt leur appropriation afin de rétablir les équilibres publics. L’ancien ministre recommande l’élaboration d’un programme qu’il décrit comme sérieux, réaliste, viable et approuvé par le FMI. Il n’a toutefois présenté, dans cette allocution, ni contre-budget chiffré ni calendrier détaillé de redressement.
La déclaration de l’opposant
L’opposant critique également la multiplication des inaugurations, affirmant que plusieurs bâtiments récemment livrés auraient été engagés sous Ali Bongo. Il oppose ces réalisations aux difficultés rencontrées par les ménages, aux démolitions d’habitations et à l’absence supposée d’indemnisation de certaines familles. Albert Ondo Ossa s’en prend aussi aux dépenses occasionnées par les déplacements présidentiels et aux délégations transportées à Paris. Là encore, aucun montant vérifiable ni document budgétaire n’a été produit pour étayer ses accusations.
Une condamnation de l’injure noyée dans les invectives
Revenant sur les récentes polémiques provoquées par les propos de certains activistes, Albert Ondo Ossa a assuré vouloir mener un combat politique fondé sur les idées. « Je condamne avec fermeté tout propos ordurier et insultant qui noie le véritable combat politique en cours et masque les vrais enjeux pour céder le champ à un débat d’égout », a-t-il déclaré. Il affirme n’avoir jamais fait de l’injure un instrument de son engagement, invoquant son éducation familiale, ses convictions religieuses et son parcours universitaire. Il reconnaît ainsi que les attaques personnelles dégradent l’image du Gabon et détournent l’opinion des questions politiques essentielles.
Cette condamnation se trouve néanmoins affaiblie par le vocabulaire particulièrement agressif employé dans la même intervention contre le chef de l’État, ses partisans et certains membres de son entourage. Albert Ondo Ossa accuse également le pouvoir de financer des activistes chargés d’insulter et de discréditer ses adversaires politiques. Il présente la virulence désormais dirigée contre les dirigeants comme un « retour de bâton » provoqué par des pratiques initialement entretenues par le régime. Ces accusations de financement occulte n’ont pas davantage été accompagnées de preuves publiques durant son discours.
Cinq consignes de désobéissance civile
Le point culminant de l’allocution intervient après près de vingt minutes, lorsque l’opposant annonce : « Je décrète dès aujourd’hui, en ma qualité de président élu, la désobéissance civile adaptée à notre contexte. » Se référant à l’essai publié en 1849 par le philosophe américain Henry David Thoreau, il définit cette démarche comme un refus public, pacifique et volontaire de se soumettre à une règle ou à une pratique considérée comme injuste. Albert Ondo Ossa insiste sur l’absence d’actions spectaculaires et demande à chacun d’agir avec les moyens pacifiques dont il dispose. Il cite notamment plusieurs arrestations et procédures judiciaires qu’il juge injustes, sans entrer dans l’examen détaillé des dossiers concernés.
Sa première consigne consiste à reconstituer ce qu’il présente comme la « vraie histoire » du Gabon et à réhabiliter certaines personnalités insuffisamment reconnues. Il attribue notamment la paternité réelle de l’hymne national, La Concorde, à l’enseignant Évariste Etougue, une affirmation historique qui nécessiterait d’être étayée par des archives. Sa deuxième consigne est plus directement politique : boycotter les célébrations du 30 août, rester chez soi et limiter les déplacements. Pour Albert Ondo Ossa, cette commémoration constitue un culte rendu au coup d’État de 2023 et non une fête nationale légitime.
La troisième consigne demande aux citoyens de maintenir la revendication des îles Mbanié, Cocotiers et Conga en adressant quotidiennement aux autorités le message : « Touche pas à mes îles. » La quatrième appelle à réduire l’audience de Gabon 1ère, Gabon 24 et TV+, que l’opposant considère comme des relais de la propagande gouvernementale. Enfin, la cinquième invite les chrétiens et les musulmans à prier, dans leurs lieux de culte respectifs, pour la fin du pouvoir actuel. Ces mots d’ordre forment le premier cadre d’action concret proposé par Albert Ondo Ossa depuis son départ du Gabon.
Un appel à la mobilisation dont l’impact reste à mesurer
En décrétant une désobéissance civile, Albert Ondo Ossa tente de transformer son discours d’opposant en mouvement de résistance pacifique. L’appel au boycott du 30 août servira de premier test à sa capacité de mobilisation auprès d’une population confrontée aux difficultés sociales, mais aussi à la crainte des conséquences judiciaires ou administratives d’une opposition ouverte. Aucun dispositif d’organisation, de coordination ou d’accompagnement juridique des participants n’a toutefois été annoncé. La portée réelle de cet appel dépendra donc de sa réception au Gabon et au sein de la diaspora.
L’ancien candidat termine son discours en appelant les Gabonais à sortir de la peur et à construire un pays où l’accès aux soins, à l’éducation, à l’emploi et à une retraite digne serait garanti. « Le Gabon de demain ne sera rien d’autre que celui que nous aurons dessiné aujourd’hui », a-t-il lancé avant de conclure par « Hasta la victoria siempre ». À la veille de la fête nationale, Albert Ondo Ossa n’a ainsi offert aucune trêve politique au pouvoir d’Oligui Nguema. Il ouvre au contraire une nouvelle séquence de confrontation dont le boycott du 30 août constituera la première échéance.
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