Gabon : La controversée dame SEEG décèdera ce 31 décembre après 76 années de loyaux services contrastés
Le compte à rebours est désormais lancé pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Après 76 années d’existence, l’opérateur historique cessera définitivement ses activités le 31 décembre 2026 à 23 h 59. Dès le 1er janvier 2027, La Gabonaise des Eaux (GDE) et Électricité du Gabon (EDG) prendront séparément le contrôle des secteurs de l’eau potable et de l’électricité. Cette mort programmée doit permettre au gouvernement de tourner la page d’une entreprise financièrement asphyxiée, sans interrompre les services fournis aux populations gabonaises.
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Le calendrier de la scission a été précisé le vendredi 31 juillet à Libreville, au cours d’un conseil d’administration de la SEEG. Le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a présenté les modalités de cette réforme déjà actée par le Conseil des ministres le jeudi 25 juin. La disparition de la société intégrée répond également à une recommandation formulée lors du Dialogue national inclusif d’avril 2024. Elle constitue l’un des axes du projet de Brice Clotaire Oligui Nguema visant à réorganiser les secteurs gabonais de l’eau et de l’électricité.
L’eau et l’électricité définitivement séparées
La Gabonaise des Eaux sera chargée de l’exploitation du service public de l’eau potable. Son périmètre devrait couvrir la production, le transport, le stockage, la distribution et la commercialisation de l’eau sur l’ensemble du territoire national. Électricité du Gabon reprendra, de son côté, les activités liées à la production et à la distribution de l’énergie électrique. Cette seconde société devra également développer les infrastructures, sécuriser l’approvisionnement et accompagner la transition énergétique du pays.
Une vue de la conseil d’administration d’hier
Pour les usagers, le passage de la SEEG aux deux nouveaux opérateurs ne doit donc pas provoquer d’interruption administrative ou technique des services. La GDE et l’EDG reprendront les activités dès le premier jour de 2027, chacune dans son domaine. Les modalités concernant les abonnements, les compteurs, les factures, les agences commerciales et les créances des clients devront toutefois être précisées avant la fin de l’année. La réussite de la réforme dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement à assurer cette transition sans ajouter de nouveaux dysfonctionnements aux coupures déjà subies par les ménages.
Une entreprise plombée par 45,6 milliards de pertes
La mort de la SEEG est principalement justifiée par la gravité de sa situation financière. Un audit portant sur la période 2019-2024 révèle que son chiffre d’affaires est resté presque figé autour de 212,6 milliards de FCFA entre 2020 et 2023. La progression enregistrée en 2024 n’aurait atteint que 2 %, alors que les charges financières ont été multipliées par quatorze pour culminer à 8,56 milliards de FCFA. L’entreprise affiche surtout une perte nette de 45,6 milliards de FCFA et un besoin en fonds de roulement fortement dégradé.
Les comptes certifiés avec réserves, les pertes accumulées, l’endettement croissant et la trésorerie sous tension complètent ce tableau inquiétant. Malgré son monopole historique sur deux services indispensables, la SEEG se retrouve ainsi décrite comme une entreprise au bord de l’asphyxie. Cette fragilité financière s’accompagne d’importantes difficultés techniques, avec des équipements vieillissants et une insuffisance persistante des investissements. Pour les autorités, maintenir la société sous sa forme actuelle aurait donc prolongé une organisation devenue incapable de répondre efficacement aux besoins des populations.
La dette abandonnée dans une structure spéciale
Le gouvernement ne compte cependant pas faire supporter le lourd passif de la SEEG aux deux sociétés appelées à lui succéder. « Le passif de la SEEG ne sera pas transféré aux futures entités », a assuré Philippe Tonangoye lors du conseil d’administration. Une structure spécialement créée devra reprendre et gérer la dette de l’ancien opérateur. La GDE et l’EDG devraient ainsi commencer leurs activités avec des comptes assainis et une capacité d’investissement restaurée.
Ce choix pose néanmoins la question du remboursement des engagements accumulés pendant des années par la SEEG. Le gouvernement devra préciser le statut, le financement et la durée de vie de la structure chargée de porter cette dette. Il devra également indiquer si son passif sera couvert par l’État, donc indirectement par les finances publiques, ou par la cession de certains actifs. La séparation comptable ne fera pas disparaître les dettes : elle permettra surtout d’éviter qu’elles n’étouffent immédiatement les deux nouveaux opérateurs.
L’avenir des salariés encore à sécuriser
La scission soulève aussi de nombreuses interrogations chez les salariés. Un comité paritaire de pilotage réunissant la direction de la SEEG, les partenaires sociaux et le ministère du Travail doit accompagner le processus. Le gouvernement annonce des mesures juridiques destinées à protéger les employés, sans encore détailler les conditions de leur transfert vers la GDE ou l’EDG. Les syndicats attendront notamment des garanties sur le maintien des emplois, de l’ancienneté, des salaires, des droits sociaux et des avantages acquis.
Avant la disparition effective de la SEEG, plusieurs verrous juridiques devront encore être levés. Les administrateurs doivent approuver formellement la scission, tandis que les actionnaires sont invités à porter la participation de l’État de 56 à 67 % du capital. Cette augmentation doit permettre à la puissance publique d’atteindre la majorité requise pour conduire l’opération conformément aux règles de l’Ohada. Jusqu’à l’achèvement de ces procédures, la SEEG continuera d’exister et d’assurer ses missions habituelles.
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