Gabon : La CNR dézingue les errements du pouvoir d’Oligui Nguema, ses reculades et « approximations »
La Coalition pour la nouvelle République (CNR) a dressé un réquisitoire sévère contre la gouvernance de Brice Clotaire Oligui Nguema. Réunis en conférence de presse ce vendredi 31 juillet à Libreville, ses responsables et plusieurs partis alliés ont dénoncé les atteintes aux libertés, les « reculades » présidentielles, les dysfonctionnements sociaux et les choix opérés dans les dossiers du manganèse, du foncier et des îles Mbanié. La déclaration, lue par le Pr Vincent Moulengui Boukossou, présente ces décisions comme les symptômes d’un pouvoir marqué par la précipitation et le manque de lisibilité.
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Le président de l’Union républicaine pour la démocratie et le progrès (URDP) était entouré de Francis Hubert Aubame, président du PSE-PP, Daniel Bouka, vice-président du PGP, Jean-Pierre Mapiga, président du PDN, et Michel Ongoundou Loundah, président de Réagir. Ensemble, ces responsables ont rappelé leur attachement à la séparation des pouvoirs, à la solidité des institutions et au strict respect de la loi. Ils estiment que leurs précédentes interpellations sont restées sans réponse et que les « dérapages constitutionnels » se multiplient depuis la prise du pouvoir par le CTRI, le mercredi 30 août 2023.
Bilie-By-Nze et Bob Mengome érigés en symboles
La première charge de la coalition concerne la situation d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et président d’Ensemble pour le Gabon, ainsi que celle de l’activiste Bob Mengome. La CNR qualifie leur privation de liberté d’injustifiée et affirme qu’elle serait intervenue au mépris des procédures légales. Reprenant les arguments des avocats de Bilie-By-Nze, elle soutient que les faits d’escroquerie et d’abus de confiance évoqués contre lui n’auraient pas été juridiquement établis. « Alain-Claude Bilie-By-Nze est finalement prisonnier pourquoi et prisonnier de qui ? », a lancé Vincent Moulengui Boukossou.
Les arguements de la CNR
| Dossier | Accusation ou constat de la CNR | Argument avancé | Citation de la déclaration | Exigence ou inquiétude |
|---|---|---|---|---|
| État de droit | Multiplication des atteintes à la Constitution | La séparation des pouvoirs, la solidité des institutions et le respect de la loi ne seraient pas suffisamment garantis | « Les dérapages constitutionnels sont légion sur le terrain des droits et des libertés. » | Gouverner conformément à la Constitution |
| Alain-Claude Bilie-By-Nze | Détention présentée comme arbitraire | Selon ses avocats, les faits reprochés ne seraient pas juridiquement établis | « Alain-Claude Bilie-By-Nze est finalement prisonnier pourquoi et prisonnier de qui ? » | Justifier son incarcération ou le remettre en liberté |
| Activistes et journalistes | Traitement jugé sélectif selon la position politique ou le lieu de résidence | Les activistes vivant au Gabon seraient plus durement traités que ceux établis à l’étranger | « Le traitement réservé aux activistes [se fait] de manière sélective et inégale. » | Garantir l’égalité devant la loi et la liberté d’expression |
| Réseaux sociaux | Restrictions maintenues plusieurs mois après leur annonce | Le nouveau cadre juridique du numérique n’aurait pas entraîné le rétablissement des plateformes concernées | « Plusieurs mois après la suspension des réseaux sociaux […] ceux-ci ne sont toujours pas rétablis. » | Lever les restrictions numériques |
| Parole présidentielle | Reculades sur plusieurs décisions annoncées | Les changements de cap affaibliraient la crédibilité du chef de l’État | « Les multiples rétropédalages […] appauvrissent considérablement l’autorité de la parole présidentielle. » | Mieux préparer les annonces présidentielles |
| Manganèse | Accord avec Eramet-Comilog jugé insuffisant | Les 700 000 tonnes envisagées à l’horizon 2031 représenteraient moins de 8 % de la production annuelle de Comilog | « L’essentiel du minerai brut continuera donc d’être exporté au-delà de cette échéance. » | Respecter l’interdiction d’exportation annoncée pour 2029 |
| Rapport avec Eramet | Recul attribué à Oligui Nguema face au groupe minier | La dépendance du projet à l’énergie, au rail et à la décision d’investissement d’Eramet fragiliserait l’engagement gabonais | « Le président de la République gabonaise s’est effondré face à un conglomérat minier endetté. » | Obtenir des engagements industriels fermes |
| CNAMGS | Réduction ou interruption de certaines prestations | Les cotisations continueraient d’être prélevées malgré les difficultés de prise en charge | « Les prestations en faveur des assurés sont réduites ou interrompues, pendant que les prélèvements […] continuent de s’opérer à la source. » | Rétablir les prestations dues aux assurés |
| Protection sociale | Mise en danger des populations économiquement faibles | Les dysfonctionnements de la CNAMGS compromettraient l’accès aux soins | « Un État avec des gouvernants humains ne peut jouer avec la santé de ses concitoyens. » | Garantir une couverture sanitaire effective |
| Réforme foncière | Risque de protection juridique des titres obtenus frauduleusement | Les articles 75 et 76 rendraient les titres fonciers définitifs et inattaquables | « L’ordonnance […] ouvre la voie à toutes les formes de malversations, de fraudes et de spoliations. » | Réviser profondément la loi foncière |
| Droits coutumiers | Menace sur les terres ancestrales des communautés autochtones | Les familles modestes seraient insuffisamment protégées face aux détenteurs de titres fonciers | « Laisser la nouvelle loi en l’état […] revient à pérenniser la fraude foncière. » | Reconnaître et protéger les droits fonciers coutumiers |
| Expropriations | Accaparement présumé de terres par les plus puissants | Certains détenteurs du pouvoir profiteraient de leur position au détriment des citoyens modestes | « Certains compatriotes détenteurs du pouvoir s’autorisent des actes d’expropriation. » | Enquêter sur les attributions litigieuses |
| Mbanié, Cocotiers et Conga | Manque de transparence autour de l’accord signé avec Malabo | Le protocole semblerait principalement organiser la rétrocession des trois îles | « Le peuple gabonais s’interroge sur le contenu et la portée de ce protocole. » | Publier intégralement l’accord du 28 juillet |
| Mongomo et Ebebiyin | Silence de Libreville sur les autres aspects du différend territorial | La CNR estime que l’arrêt de la CIJ comporte aussi des éléments concernant ces zones frontalières | « Les autorités gabonaises sont muettes sur le point précis de rétrocession de territoire autour de Mongomo et Ebebiyin. » | Expliquer les conséquences territoriales complètes de l’arrêt |
| Gouvernance générale | Décisions prises dans la précipitation | L’accumulation des reculades et controverses traduirait une méthode de gouvernement défaillante | « Les reculades, les tergiversations et les manquements […] attestent de la légèreté et de la précipitation. » | Corriger rapidement la méthode de gouvernance |
| Avertissement final | Risque politique et institutionnel pour le pays | La coalition reconnaît le caractère humain des erreurs, mais condamne leur répétition | « Tous ces manquements de gouvernance sont humains, mais persister dans cette voie devient périlleux pour la Nation. » | Engager une réorientation de la gouvernance |
La coalition dénonce également un traitement à géométrie variable entre les activistes établis à l’étranger et ceux vivant au Gabon. Elle oppose l’accueil médiatique réservé à certains anciens opposants revenus au pays au sort de Bob Mengome et du journaliste Médard Tounda Youbi. La CNR remet par ailleurs sur la table la restriction de plusieurs plateformes numériques décidée par la Haute Autorité de la communication le mardi 17 février 2026. Annoncée « jusqu’à nouvel ordre », cette mesure avait notamment affecté des services de Meta, YouTube et TikTok.
Des « reculades » qui affaibliraient la parole présidentielle
La CNR s’est ensuite attaquée directement à la manière dont Brice Clotaire Oligui Nguema exerce la fonction présidentielle. Elle cite plusieurs décisions suivies, selon elle, de rétropédalages, notamment sur la mercuriale de la distribution d’eau et le rappel annoncé du consul général du Gabon à Paris. Pour les responsables de la coalition, ces changements de cap affaiblissent l’autorité de la parole présidentielle. Ils estiment que les engagements du chef de l’État devraient être préparés avec davantage de rigueur avant d’être rendus publics.
Un autre moment de cette déclaration de presse
Le protocole signé le lundi 20 juillet à Paris entre l’État gabonais et Eramet-Comilog concentre une grande partie des critiques. Le document prévoit l’étude de trois scénarios industriels destinés à transformer localement jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an d’ici à la fin de 2031. Sa réalisation reste notamment conditionnée à la disponibilité de l’énergie et à la viabilité économique des projets. Pour la CNR, cette feuille de route demeure très éloignée de l’interdiction d’exporter du manganèse brut annoncée pour le 1er janvier 2029.
La CNAMGS et le foncier également ciblés
Sur le plan social, la coalition alerte sur la situation de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). Elle affirme que certaines prestations destinées aux assurés sont réduites ou interrompues, alors que les cotisations continuent d’être prélevées sur les salaires. Cette situation compromettrait particulièrement l’accès aux soins des Gabonais économiquement faibles. La CNR demande ainsi aux autorités de rétablir pleinement les services dus aux assurés et de clarifier la situation financière de l’organisme.
L’opposition s’inquiète également des conséquences de l’ordonnance n°0006/PR/2026 du 26 février 2026 fixant le nouveau régime de la propriété foncière. Elle vise particulièrement les dispositions rendant le titre foncier définitif, irrévocable et difficilement contestable, y compris lorsqu’une fraude est alléguée. La coalition redoute que ce dispositif facilite les spoliations au détriment des détenteurs de droits coutumiers et des familles modestes. Elle réclame une révision profonde de la législation afin qu’un titre obtenu frauduleusement puisse être annulé et que les agents publics complices soient poursuivis.
Mbanié, dernier terrain de confrontation
Le dernier volet de la déclaration concerne l’accord signé le mardi 28 juillet à Addis-Abeba entre le Gabon et la Guinée équatoriale pour appliquer l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de justice. Cette décision reconnaît la souveraineté équato-guinéenne sur Mbanié, Cocotiers et Conga. La CNR dit cependant s’interroger sur le contenu exact du protocole et sur le traitement des autres questions territoriales abordées par l’arrêt. Elle reproche surtout aux autorités gabonaises leur silence face aux déclarations de Malabo présentant le contentieux comme définitivement réglé.
Pour Vincent Moulengui Boukossou et ses alliés, cette absence d’explications nourrit les inquiétudes et les spéculations dans l’opinion gabonaise. La coalition réclame davantage de transparence sur les engagements pris par Libreville, aussi bien dans le dossier territorial que dans ceux du manganèse, du foncier et des libertés publiques. Sans annoncer de nouvelle action politique, elle avertit toutefois le pouvoir contre la répétition de décisions insuffisamment préparées. « Tous ces manquements de gouvernance sont humains, mais persister dans cette voie devient périlleux pour la Nation », a conclu le président de la CNR.
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