Gabon : Jimmy Ondo le pionnier qui initia Ali Bongo à la musique, s’est éteint à 73 ans
La musique gabonaise vient de perdre l’une des figures marquantes de sa première génération pop. Jimmy Ondo est décédé ce lundi 3 août 2026 à Oyem, des suites d’une maladie qui l’affaiblissait depuis quelque temps, rapporte le magazine Super Star. Artiste à la trajectoire aussi brillante que tourmentée, il laisse derrière lui plusieurs chansons devenues des pièces du patrimoine musical national. Sa disparition plonge dans le deuil ses proches, ses admirateurs et la capitale provinciale du Woleu-Ntem, à laquelle son nom demeurait profondément attaché.
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Malgré les soins qui lui étaient prodigués, Jimmy Ondo n’est pas parvenu à surmonter la maladie. L’annonce de son décès a rapidement suscité de nombreuses réactions de compassion à Oyem et au sein du monde culturel gabonais. Plusieurs générations se souviennent encore de son élégance, de sa voix et de son goût prononcé pour les sonorités pop, rock, soul et disco.
Le mentor musical du jeune Alain Bongo
Jimmy Ondo s’était imposé sur la scène gabonaise au cours des années 1970, à une époque où les artistes nationaux commençaient à enregistrer et à diffuser leurs œuvres en Europe. En 1977, il avait notamment publié le 45-tours « Faisons l’amour / Quand tu ris », commercialisé dans plusieurs pays sous les labels Polydor et MCA. Ces deux chansons lui avaient permis de toucher un public dépassant largement les frontières gabonaises. Les archives discographiques classent cette production entre la pop, la musique latine et la ballade.
L’artiste posant avec un disque d’Ali Bongo
Sa carrière reste également indissociable de celle d’Alain Bongo, devenu bien plus tard le président Ali Bongo Ondimba. Jimmy Ondo est présenté comme celui qui initia et accompagna le jeune Alain dans ses premiers pas musicaux, alors que ce dernier n’était encore qu’un adolescent passionné de pop et de rock. Les deux amis enregistrèrent en 1976, à Hambourg en Allemagne, les morceaux « Si dans la vie » et « Restons Gabonais, Restons Africains ». Cette collaboration donna lieu à plusieurs concerts et déplacements avant que les études, la vie familiale et les ambitions politiques d’Alain Bongo n’éloignent progressivement le duo des studios.
Une voix gabonaise entendue en Europe
Jimmy Ondo ne limita pas son répertoire à cette collaboration devenue historique. Il interpréta également « Hey Joe », une reprise du classique popularisé par Jimi Hendrix, ainsi que « La Nuit », aux côtés des Gibson Brothers. Enregistré en Allemagne en 1977, ce maxi 45-tours associait la voix du Gabonais aux sonorités disco du célèbre groupe antillais installé en France. Jimmy Ondo occupait la place de chanteur principal sur cette production internationale.
Sa discographie comprend également les chansons « L’Amour » et « In My World », publiées sur un 45-tours produit en Allemagne. Ces œuvres témoignent d’un parcours tourné vers l’extérieur, à une époque où peu d’artistes gabonais parvenaient à intégrer les circuits européens de production et de distribution. Sans disposer de l’importante discographie de certains de ses contemporains, Jimmy Ondo avait su construire une identité reconnaissable et cosmopolite. Il restera ainsi comme l’un des précurseurs de la pop gabonaise moderne.
Une carrière assombrie par l’affaire Karen Phillips
La vie de Jimmy Ondo fut cependant profondément bouleversée par l’affaire Karen Phillips, du nom d’une bénévole américaine du Corps de la Paix assassinée à Oyem dans la nuit du 16 au 17 décembre 1998. L’artiste avait été poursuivi pour avoir prétendument participé à ce crime ou l’avoir commandité, des accusations qu’il avait constamment rejetées. Placé au centre d’une procédure très médiatisée, il avait comparu avec Jean-Clément Mintsa Mi Mbeng et Thierry Ntoutoume Nzué, surnommé « Rambo ». Le 24 juin 2000, la justice avait acquitté l’ensemble des accusés à l’issue d’un premier procès.
Quelques productions du chanteur
Le dossier fut néanmoins rouvert avant de connaître un nouvel épilogue judiciaire en novembre 2013. Après plusieurs heures de débats, Jimmy Ondo et Jean-Clément Mintsa Mi Mbeng furent une nouvelle fois acquittés, tandis que Thierry Ntoutoume Nzué était condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Cette décision confirma que Jimmy Ondo ne pouvait être juridiquement tenu pour responsable du meurtre de Karen Phillips. Il convient donc de rappeler qu’en dépit des soupçons et des accusations qui ont longtemps accompagné son nom, l’artiste n’a jamais été condamné dans cette affaire.
Oyem perd l’une de ses figures familières
Au-delà de ce lourd épisode judiciaire, Jimmy Ondo était resté une personnalité connue et familière à Oyem. Sa maladie avait progressivement réduit ses apparitions publiques, sans effacer le souvenir de ses années de scène et de ses collaborations internationales. Pour les habitants de la ville, sa mort marque le départ d’un artiste qui appartenait pleinement à l’histoire locale. Les nombreuses marques de compassion adressées à sa famille témoignent de l’émotion provoquée par cette disparition.
Avec Jimmy Ondo s’éteint une voix qui avait participé, dès les années 1970, à l’ouverture de la musique gabonaise sur le monde. Il restera également celui qui accompagna les premières ambitions artistiques d’Ali Bongo, bien avant que celui-ci ne se consacre entièrement à la politique. Ses chansons, ses vinyles et les souvenirs de ses prestations constituent désormais l’héritage d’un parcours singulier, fait de succès, d’amitié, d’épreuves et de résilience. La rédaction présente ses sincères condoléances à sa famille, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble de la communauté artistique gabonaise.
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