Gabon : En exil, Ondo Ossa pulvérise la visite d’Oligui Nguema en France et réclame son départ du pouvoir
Depuis la France où il vit désormais en exil, Albert Ondo Ossa a livré un véritable réquisitoire contre Brice Clotaire Oligui Nguema et sa politique. Dans une longue vidéo publiée dimanche soir, le 2 août, l’ancien candidat consensuel de l’opposition à la présidentielle de 2023 a qualifié la récente visite d’État du président gabonais à Paris d’« inutile, nulle et sans intérêt ». Il a également attaqué la loi de finances rectificative 2026 et contesté la gestion du dossier de l’île Mbanié. Au terme de près de vingt minutes d’intervention, l’économiste a appelé sans détour au départ du pouvoir actuel.
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Cette sortie marque une nouvelle étape dans l’offensive politique d’Albert Ondo Ossa contre le régime né du coup d’État du 30 août 2023. Choisi par la plateforme Alternance 2023 pour affronter Ali Bongo Ondimba, il avait officiellement recueilli 30,77 % des voix contre 64,27 % au président sortant, selon les résultats proclamés quelques minutes avant leur annulation par l’armée. L’opposition avait contesté ces chiffres et revendiqué la victoire de son candidat. Sa candidature n’a pas organisé le putsch, mais le scrutin controversé dont il réclamait la reconnaissance a constitué le contexte politique immédiat dans lequel les militaires ont renversé les Bongo.
Une visite en France présentée comme un coûteux spectacle
Albert Ondo Ossa commence son intervention par une attaque frontale contre le déplacement effectué du 20 au 22 juillet par Brice Clotaire Oligui Nguema en France. Il reproche au chef de l’État d’avoir voyagé avec une délégation qu’il estime à près de 300 personnes, sans produire de document permettant de confirmer ce chiffre. Selon lui, l’opération aurait été mal préparée et principalement destinée à obtenir « le tapis rouge et la poignée de main avec le chef de l’État français ». Il dénonce ainsi une diplomatie réduite, à ses yeux, à la communication et à la recherche d’une reconnaissance internationale.
Les arguments de l’opposant :
| Sujet abordé | Argument d’Albert Ondo Ossa | Pique ou citation marquante | Cible principale | Réserve factuelle |
|---|---|---|---|---|
| Visite d’État en France | Le déplacement aurait été mal préparé, coûteux et essentiellement destiné à la communication présidentielle. | « En dehors du dîner officiel au palais de l’Élysée, le voyage officiel du chef de l’État gabonais est inutile, nul et sans intérêt. » | Brice Clotaire Oligui Nguema | La visite a officiellement abouti à trois accords de coopération. |
| Composition de la délégation | Le président aurait voyagé avec près de 300 personnes, un effectif qu’il juge injustifié. | « Qui le putschiste en chef est-il parti rencontrer en France ? » | Le chef de l’État et son entourage | Le nombre avancé n’est accompagné d’aucun document dans la vidéo. |
| Rencontre avec la diaspora | Le rassemblement parisien aurait été organisé avec des militants acquis au pouvoir et des participants recrutés pour remplir la salle. | « La visite officielle […] s’est muée en un bal de kounabélistes zélés. » | La diaspora favorable à Oligui Nguema | L’accusation de paiements de 200 euros n’est pas étayée par des preuves publiques. |
| Résultats diplomatiques | Les autorités présenteraient de simples intentions ou protocoles comme des contrats définitifs. | « Le putschiste en chef et sa bande ont du mal à discerner […] la différence entre accord, protocole et contrat. » | Le gouvernement gabonais | La portée juridique varie selon chacun des textes signés. |
| Manganèse | Le projet de transformation locale manquerait d’études, d’énergie, d’infrastructures et de personnel qualifié. | « Il ne suffit pas d’avoir la ressource première pour prétendre la transformer. » | La politique industrielle du gouvernement | Les 700 000 tonnes annoncées concernent la transformation annuelle envisagée, pas la production nationale totale. |
| Coût du voyage | Les dépenses du déplacement auraient pu être consacrées aux écoles et aux universités gabonaises. | « Ce seul voyage aurait permis de construire deux établissements secondaires entièrement équipés. » | Les priorités budgétaires de l’exécutif | Aucun chiffrage détaillé du voyage ou des établissements évoqués n’est fourni. |
| Île Mbanié | La qualité des signataires de l’accord du 28 juillet poserait un problème de légalité et de légitimité. | « Cet accord est nul et de nul effet. » | La diplomatie gabonaise | Cette appréciation juridique appartient à Albert Ondo Ossa et n’a pas été validée par un tribunal. |
| Héritage du régime Bongo | Les anciennes méthodes du PDG se prolongeraient au sein du nouveau pouvoir et de l’UDB. | « La famille au détriment des institutions, les intérêts de la famille et du clan au détriment de ceux de la nation. » | Le PDG, l’UDB et leurs dirigeants | Il s’agit d’un rapprochement politique formulé par l’opposant. |
| Loi de finances rectificative | Le budget 2026 ne respecterait pas les critères communautaires relatifs à la dette, à la masse salariale et aux équilibres publics. | « Le budget 2026 n’en est pas un. Nous sommes à la case départ. » | La politique économique du gouvernement | La vidéo ne présente pas de contre-budget détaillé et chiffré. |
| Conditions de vie | L’endettement et les dépenses publiques ne répondraient pas aux pénuries d’eau, d’électricité et de soins. | « Pendant ce temps, les Gabonais continuent à souffrir. » | L’action sociale et économique du pouvoir | Les difficultés citées sont réelles, mais leur évolution précise n’est pas chiffrée dans l’intervention. |
| Légitimité du pouvoir | Le régime actuel aurait confisqué l’alternance issue de la présidentielle contestée de 2023. | « Les putschistes doivent partir dans les meilleurs délais. » | Brice Clotaire Oligui Nguema et le pouvoir en place | Oligui Nguema a depuis été élu président en avril 2025, scrutin dont Ondo Ossa conteste la légitimité politique. |
| Conclusion politique | L’opposant appelle les Gabonais à maintenir la pression jusqu’au changement de pouvoir. | « Hasta la victoria siempre. » | Les partisans du régime et l’opinion publique | Cette formule donne à sa déclaration une tonalité ouvertement révolutionnaire. |
L’opposant avance également que des enveloppes de 200 euros auraient été distribuées à des Africains recrutés à Paris pour remplir une salle et applaudir le président gabonais. Cette grave accusation n’est accompagnée, dans la vidéo, d’aucune preuve vérifiable et n’a pas fait l’objet d’une réponse officielle. Il ajoute aux dépenses supposées le transport, l’hébergement, la restauration, les déplacements de la délégation et le stationnement de l’avion présidentiel au Bourget. Pour Albert Ondo Ossa, l’argent ainsi engagé aurait pu servir à construire « deux établissements secondaires entièrement équipés » ou à rénover les restaurants universitaires de Libreville.
« Inutile, nul et sans intérêt »
Sur le fond, l’ancien candidat reproche aux autorités de confondre accords, protocoles d’accord et contrats exécutoires. Il estime que les textes signés à Paris ne constituent pas encore des engagements définitifs capables de produire rapidement les résultats annoncés. « En dehors du dîner officiel au palais de l’Élysée, le voyage officiel du chef de l’État gabonais est inutile, nul et sans intérêt », tranche-t-il. L’Élysée présente pourtant cette visite comme la consécration d’un partenariat renouvelé dans les domaines économique, énergétique, culturel et militaire.
Albert Ondo Ossa s’attarde particulièrement sur le projet de transformation locale du manganèse. Il affirme que la production aurait été ramenée de deux millions à 700 000 tonnes et que l’industrialisation promise serait repoussée « aux calendes grecques ». Les annonces publiées après la visite évoquent cependant jusqu’à 700 000 tonnes de minerai transformées annuellement au Gabon d’ici à la fin de 2031, et non une limitation de la production nationale à ce niveau. Trois projets restent à l’étude et leur réalisation dépend notamment de leur rentabilité ainsi que de la disponibilité d’une énergie suffisante.
L’économiste attaque la stratégie industrielle
Professeur d’économie, Albert Ondo Ossa estime que le gouvernement ne peut pas annoncer une industrie de transformation sans avoir préalablement étudié le marché, les concurrents, les débouchés et les coûts de production. Il rappelle qu’une telle politique nécessite une alimentation stable en eau et en électricité, des transports performants, des ingénieurs, des ouvriers qualifiés et des établissements de formation adaptés. « Il ne suffit pas d’avoir la ressource première pour prétendre la transformer », prévient-il. À ses yeux, l’exécutif aurait donc communiqué sur une ambition dont les conditions techniques et économiques ne sont pas encore réunies.
Cette critique rejoint néanmoins certaines réserves entourant les projets annoncés à Paris. Eramet, principal opérateur du manganèse au Gabon par l’intermédiaire de Comilog, a notamment souligné que leur concrétisation dépendrait de leur viabilité économique et des capacités énergétiques du pays. Le gouvernement présente, pour sa part, la transformation locale comme une étape déterminante avant l’interdiction annoncée des exportations de manganèse brut en 2029. L’affrontement porte donc autant sur le calendrier que sur la crédibilité des moyens mobilisés pour atteindre cet objectif.
Mbanié : Ondo Ossa conteste la validité de l’accord
L’opposant s’en prend ensuite à l’accord signé le 28 juillet à Addis-Abeba entre le Gabon et la Guinée équatoriale concernant le différend territorial autour de Mbanié, Cocotiers et Conga. Il juge problématique que le Gabon ait été représenté par le président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Aba’a Owono, tandis que Malabo l’était par son ministre des Affaires étrangères. Invoquant le parallélisme des formes, il affirme que cet accord serait « nul et de nul effet ». Cette appréciation relève toutefois de son interprétation juridique et n’a pas été consacrée par une juridiction.
Le texte signé au siège de l’Union africaine engage les deux pays à appliquer la décision rendue en mai 2025 par la Cour internationale de justice, favorable aux titres juridiques défendus par la Guinée équatoriale. Albert Ondo Ossa demande pour sa part ce qu’est devenue la convention de Bata que Libreville disait avoir conclue en 1974 entre Omar Bongo et Francisco Macías Nguema. Il accuse les anciens responsables du Parti démocratique gabonais et les nouvelles autorités, qu’il rapproche politiquement sous l’appellation « PDG-UDB », d’avoir sacrifié les institutions aux intérêts familiaux. L’accord d’Addis-Abeba a pourtant été présenté par ses signataires comme la clôture pacifique d’un contentieux vieux d’un demi-siècle.
La loi de finances rectificative passée au crible
Albert Ondo Ossa consacre enfin une importante partie de sa déclaration à la loi de finances rectificative 2026. Il reproche au gouvernement de ne pas respecter plusieurs critères budgétaires communautaires, notamment la limitation de la masse salariale, le plafond d’endettement et l’apurement des arriérés. Il dénonce également une fiscalité susceptible, selon lui, de réduire les marges des entreprises privées et de ralentir la croissance. « Le budget 2026 n’en est pas un. Nous sommes à la case départ », assène l’ancien ministre.
Cette analyse est formulée dans un contexte de forte pression sur les finances publiques gabonaises, marqué par l’augmentation des besoins de financement et un recours croissant à l’emprunt. Ondo Ossa prédit que les budgets de 2027, 2028 et 2029 suivront la même trajectoire si aucune correction n’est apportée. Il oppose ces dépenses et ces choix budgétaires aux difficultés quotidiennes des Gabonais confrontés aux pénuries d’eau, aux coupures d’électricité et aux insuffisances du système de santé. Il ne propose cependant pas, dans cette vidéo, un contre-budget chiffré permettant de mesurer les économies ou les recettes alternatives qu’il préconise.
« Les putschistes doivent partir »
La conclusion de l’opposant ne laisse aucune place à l’ambiguïté. « Une seule idée doit habiter les Gabonais : les putschistes doivent partir dans les meilleurs délais, car ils détruisent notre pays en termes réels », lance-t-il avant de terminer par la formule révolutionnaire : « Hasta la victoria siempre. » Installé en France pour des raisons qu’il présente comme sécuritaires, Albert Ondo Ossa continue de revendiquer sa place dans le débat politique gabonais et affirme vouloir revenir au pays par des moyens démocratiques.
Trois ans après le renversement d’Ali Bongo, l’ancien candidat de l’opposition considère que l’armée a confisqué l’alternance qu’il estime avoir obtenue dans les urnes. Brice Clotaire Oligui Nguema, ancien chef de la Garde républicaine, a depuis remporté la présidentielle d’avril 2025 et obtenu un mandat de sept ans, mais Albert Ondo Ossa continue de contester sa légitimité politique. Sa sortie de dimanche vise désormais à transformer chaque difficulté économique ou diplomatique en argument contre le nouveau pouvoir. Depuis Paris, celui dont la candidature avait accompagné la chute du régime Bongo entend rappeler qu’à ses yeux, le coup d’État a changé les dirigeants sans restituer le pouvoir aux électeurs.
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