Après 50 ans de bataille, le Gabon d’Oligui abdique et passe Mbanié sous souveraineté équato-guinéenne
Le rideau est tombé sur la bataille juridique autour de Mbanié, Cocotiers et Conga. En signant, le mardi 28 juillet à Addis-Abeba, un accord conjoint d’engagement avec la Guinée équatoriale, le Gabon a accepté les modalités d’application de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ). Le titre juridique retenu par la Cour reconnaît à Malabo la souveraineté sur les trois îles disputées depuis plus d’un demi-siècle. Pour Libreville, cette issue constitue un revers territorial, juridique et diplomatique difficile à minimiser.
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L’accord a été signé sous l’égide de l’Union africaine par Dieudonné Aba’a Owono, président de la Cour constitutionnelle gabonaise, et Simeón Oyono Esono Angüe, ministre équato-guinéen des Affaires étrangères. La cérémonie s’est tenue en marge de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’organisation continentale. Elle s’est déroulée en présence de Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, et d’Édouard Bizimana, ministre burundais des Affaires étrangères. Le document établit le cadre devant permettre aux deux pays d’exécuter pacifiquement la décision de la CIJ.
Un demi-siècle de certitudes balayées
Pendant plusieurs décennies, Mbanié a été présenté par les autorités gabonaises comme une partie non négociable du territoire national. Les différents pouvoirs qui se sont succédé à Libreville ont multiplié les déclarations de souveraineté et les assurances destinées à convaincre l’opinion gabonaise de la solidité du dossier. Le Gabon fondait principalement ses prétentions sur la Convention de Bata du 12 septembre 1974, supposée reconnaître ses droits sur les trois îles. La CIJ a toutefois estimé que ce document ne constituait pas un traité ayant force de loi entre Libreville et Malabo.
Les juges ont retenu le titre détenu par l’Espagne avant l’indépendance de la Guinée équatoriale, proclamée le 12 octobre 1968. Selon leur raisonnement, ce titre a été transmis au nouvel État équato-guinéen et s’applique à Mbanié, Cocotiers et Conga. La thèse juridique défendue par le Gabon n’a donc pas résisté à l’examen de la juridiction internationale. Cette conclusion met brutalement fin aux certitudes entretenues pendant des décennies autour d’un dossier présenté comme maîtrisé par la diplomatie gabonaise.
Les responsabilités politiques désormais posées
L’échec ne peut pas être imputé uniquement aux autorités actuellement au pouvoir, tant le contentieux traverse plusieurs régimes. Le compromis portant l’affaire devant la CIJ avait d’ailleurs été signé le 15 novembre 2016 à Marrakech, sous la présidence d’Ali Bongo. Mais le gouvernement actuel doit désormais expliquer aux Gabonais comment un dossier décrit comme juridiquement solide a pu aboutir à une décision aussi défavorable. Les faiblesses des archives produites, la stratégie des conseils juridiques et la gestion diplomatique du différend méritent d’être examinées avec précision.
Cette demande d’explication est d’autant plus légitime que les trois îles dépassent leur faible superficie terrestre. Leur position dans la baie de Corisco peut peser sur la future délimitation maritime et sur la répartition des ressources naturelles environnantes. Les eaux concernées présentent un intérêt pour la pêche et sont depuis longtemps associées à un potentiel pétrolier encore à évaluer. Pour le Gabon, la perte des îles pourrait donc avoir des conséquences économiques et géopolitiques bien plus importantes que leur taille ne le laisse penser.
La paix régionale privilégiée après le revers
En signant l’accord d’engagement, Libreville ne renonce pas volontairement à une victoire encore possible : le jugement de la CIJ est définitif et s’impose aux deux États. Le choix porte désormais sur la manière de l’appliquer, dans un contexte où toute confrontation aurait fragilisé davantage la stabilité de l’Afrique centrale. « Au-delà de la portée juridique de cet accord, nous le considérons comme un acte de confiance mutuelle et un engagement politique fort en faveur de la préservation de la paix en Afrique centrale », a déclaré Dieudonné Aba’a Owono au nom du Gabon. L’Union africaine a salué cette volonté de privilégier le dialogue, le droit international et le bon voisinage.
La signature du mardi 28 juillet ne clôt cependant pas entièrement les discussions entre Libreville et Malabo. La CIJ a identifié les titres juridiques applicables, mais n’a pas elle-même tracé la totalité de la frontière maritime commune. Cette délimitation devra encore faire l’objet de négociations, sous le regard attentif des populations gabonaises et équato-guinéennes. Mbanié restera ainsi le symbole d’une diplomatie gabonaise qui, malgré cinquante années de convictions affichées, n’a pas réussi à transformer sa position politique en victoire juridique.
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