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Gabon : Ali Akbar Onanga conseille à Oligui de réparer l’État plutôt que de créer un « SGG bis »

Gabon : Ali Akbar Onanga conseille à Oligui de réparer l’État plutôt que de créer un « SGG bis »
Gabon : Ali Akbar Onanga conseille à Oligui de réparer l’État plutôt que de créer un « SGG bis » © 2026 D.R./Info241

La sortie est longue, dense, mais son avertissement est limpide. Dans une tribune publiée ce lundi 13 juillet 2026 sur sa page Facebook, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ancien secrétaire général du gouvernement, ancien ministre et fidèle d’Ali Bongo Ondimba depuis sa chute du pouvoir, s’en prend au projet gouvernemental de création d’un nouveau cadre de préparation des dossiers destinés au Conseil interministériel. Celui qui se réclame toujours secrétaire général du PDG, aile Ali Bongo, y voit une dangereuse remise en cause du Secrétariat général du gouvernement. Pour lui, l’exécutif d’Oligui Nguema ne modernise pas l’État : il risque plutôt de le dédoubler inutilement.

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L’ancien pilier du régime déchu part de l’annonce faite lors du Conseil interministériel du 10 juillet 2026. Le gouvernement entendrait désormais imposer qu’aucun dossier ne soit inscrit à l’ordre du jour sans avoir été préalablement traité par une nouvelle instance. Ali Akbar Onanga juge cette démarche trompeuse. « À première vue, l’annonce pourrait paraître anodine, presque technique », écrit-il, avant de trancher : « Ce n’est ni une réforme, ni une modernisation. C’est un artifice, une contrefaçon institutionnelle qui prétend créer ce qui existe déjà. »

Les ordonnances, premier conseil au régime

Dans son long texte, Ali Akbar Onanga commence pourtant par un satisfecit. Il estime que le gouvernement semble enfin avoir compris que les ordonnances ne doivent pas devenir un mode ordinaire de gouvernement pendant l’intersession parlementaire. « Avant toute critique, il convient de relever un point positif », écrit-il, saluant le rappel selon lequel les ordonnances doivent répondre à des situations d’urgence. Pour l’ancien ministre, cette clarification était attendue, à condition qu’elle se traduise désormais dans les actes.

Il propose même une solution pratique au pouvoir actuel. Durant l’intersession, le Secrétariat général du gouvernement devrait, selon lui, organiser un séminaire entièrement consacré au mécanisme des ordonnances. Ministres, secrétaires généraux de ministères, directeurs de cabinet et conseillers juridiques devraient y être conviés afin de mieux maîtriser les conditions de recours, d’habilitation et de ratification. « Ce serait là une façon concrète, et peu coûteuse, de transformer une bonne intention affichée en une pratique effectivement maîtrisée », conseille-t-il.

Le SGG, charpente invisible du gouvernement

Le cœur de son propos porte ensuite sur le rôle du Secrétariat général du gouvernement. Ali Akbar Onanga rappelle que cette institution n’est pas un simple service administratif que l’on peut contourner au gré des circonstances. Il la définit comme « le centre nerveux de l’action gouvernementale ». Et de préciser : « Il ne gouverne pas. Il n’arbitre pas les choix politiques. Il ne définit pas la politique de la Nation. »

Mais son rôle est, selon lui, décisif. Le SGG garantit que les décisions politiques soient juridiquement régulières, techniquement cohérentes et administrativement applicables. L’ancien secrétaire général du gouvernement utilise une image forte : « Le Secrétariat général du gouvernement est au gouvernement ce que la charpente est à un édifice, on ne la voit presque jamais, et pourtant c’est elle qui supporte l’ensemble. » Pour lui, fragiliser cette charpente reviendrait à affaiblir toute la mécanique de l’État.

Créer ce que les textes ont déjà prévu

Ali Akbar Onanga s’appuie ensuite sur les décrets adoptés en mai et juin 2025 pour démonter, texte après texte, l’idée d’une nouvelle instance. Il rappelle que le décret du 29 mai 2025 définit déjà le Secrétariat général du gouvernement comme un service technique du chef du gouvernement, chargé notamment de préparer les réunions et Conseils interministériels, les ordres du jour, les comptes rendus et les notes de synthèse. À ses yeux, le gouvernement veut donc réinventer une fonction qui existe déjà.

La formule devient plus sévère lorsqu’il examine le contenu de la réforme annoncée. « Le nouveau cadre annoncé par le vice-président du gouvernement correspond exactement aux missions que le décret confie déjà au Secrétariat général du gouvernement », affirme-t-il. Il cite également le décret du 11 juin 2025, selon lequel les ministres doivent transmettre leurs projets de textes et communications au SGG pour examen préalable. Sa conclusion est nette : « Un décret s’applique, ou il est modifié. Il ne peut être neutralisé par une pratique administrative parallèle. »

Le risque d’un État qui se dédouble

Pour l’ancien ministre, le vrai danger réside dans la superposition des structures. Il estime que créer un nouvel organisme pour corriger un dysfonctionnement administratif donne seulement l’illusion de l’action. « On ne corrige jamais une administration en créant une administration concurrente. On la corrige en améliorant son fonctionnement », écrit-il. Selon lui, cette méthode installe une bureaucratie par empilement, où les responsabilités deviennent floues.

Ali Akbar Onanga décrit alors une chaîne aujourd’hui lisible : le SGG prépare, le Conseil interministériel arbitre, le Conseil des ministres décide. Avec la nouvelle instance, cette lisibilité disparaîtrait. « Le Secrétariat général pourra toujours soutenir qu’il n’était plus le premier instructeur ; la nouvelle structure expliquera qu’elle n’avait qu’un rôle préparatoire ; et au bout de la chaîne, plus personne ne sera véritablement responsable », prévient-il. Pour lui, ce nouveau filtre ne produira pas une meilleure décision, mais « toujours un délai de plus ».

Le vice-président du gouvernement dans le viseur

La charge devient franchement politique lorsqu’Ali Akbar Onanga évoque le rôle du vice-président du gouvernement. Il estime que le projet révèle moins un problème de procédure qu’une difficulté du titulaire de cette fonction à trouver sa place dans l’architecture institutionnelle. « Cette proposition relève une fois de plus, une fois de trop, du mauvais conseil donné au président de la République », écrit-il, estimant qu’Oligui Nguema mérite mieux qu’un dispositif qui pourrait le placer en contradiction avec ses propres décrets.

L’ancien ministre va plus loin encore. Selon lui, le vice-président du gouvernement n’étant pas un Premier ministre, il ne dispose pas du contreseing qui fondait autrefois l’autorité administrative du chef du gouvernement. Sa formule est cinglante : « Ce que l’on nous propose n’est rien d’autre qu’un Secrétariat général du gouvernement bis, taillé sur mesure pour un pseudo-Premier ministre qui n’en a ni le titre, ni les prérogatives, ni le fondement constitutionnel. » Pour Ali Akbar Onanga, il ne faut donc pas démanteler le SGG, mais « écarter » cette prétention.

Une critique de la Ve République d’Oligui

Derrière le débat administratif, Ali Akbar Onanga vise en réalité l’architecture même de la Ve République. À ses yeux, la Constitution de 2024 a voulu remplacer un Premier ministre de plein exercice par une fonction hybride de vice-président du gouvernement, sans autorité hiérarchique réelle, sans contreseing et sans base suffisamment claire. C’est cette ambiguïté qui pousserait aujourd’hui à inventer des structures parallèles pour combler des insuffisances constitutionnelles.

Son conseil est donc radical : ne pas bricoler, mais clarifier. « La solution ne réside pas dans le bricolage de structures ad hoc destinées à compenser, poste par poste, les insuffisances d’une fonction mal calibrée », écrit-il. Il plaide pour « une réforme constitutionnelle assumée » restaurant un véritable Premier ministre, doté de prérogatives claires, d’une autorité hiérarchique sur l’administration et d’un droit de contreseing. Selon lui, tant que cette clarification n’aura pas lieu, chaque vice-président du gouvernement sera tenté de compenser par l’improvisation administrative ce que la Constitution lui refuse en droit.

Réparer le mécanisme, pas ajouter une aiguille

La conclusion de l’ancien secrétaire général du gouvernement tient dans une image appelée à faire mouche. « Car lorsqu’une montre retarde, on ne lui ajoute pas une seconde aiguille : on répare le mécanisme », écrit Ali Akbar Onanga. Pour lui, le Secrétariat général du gouvernement est précisément ce mécanisme. S’il présente des insuffisances, il faut les corriger en son sein, non lui superposer une bureaucratie parallèle.

L’opposant resté fidèle à Ali Bongo termine sur une leçon de doctrine administrative adressée au régime d’Oligui Nguema. « Le véritable courage réformateur ne consiste pas à inventer sans cesse de nouvelles institutions pour satisfaire des egos mal ajustés à leur fonction », affirme-t-il. Et de conclure qu’un État moderne n’est pas celui qui multiplie les structures pour ménager les susceptibilités de ses dirigeants, mais celui qui fait confiance aux institutions qu’il s’est lui-même données. Sous les dehors d’un cours de droit public, Ali Akbar Onanga signe surtout une mise en garde politique : à force de vouloir contourner les institutions, le pouvoir risque de fragiliser l’État qu’il prétend réformer.

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