Gabon : A 37 ans, l’UPG de Pélagie Itsana veut sortir de son long sommeil politique né de l’après Mamboundou
Le symbole est fort pour un parti qui cherche à retrouver son souffle. Réunis ce mardi 14 juillet à Libreville pour célébrer les 37 ans de l’Union du Peuple Gabonais (UPG), militants, sympathisants et invités ont entendu un discours de relance porté par la nouvelle présidente de la formation, Pélagie Itsana. Dans une adresse intitulée « Le Serment de la Renaissance », celle-ci a appelé à reconstruire l’héritage laissé par Pierre Mamboundou autour d’un triptyque désormais présenté comme la boussole du parti : Union, Responsabilité, Dignité.
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Fondée le 14 juillet 1989 par Pierre Mamboundou, l’UPG a longtemps incarné l’une des principales forces d’opposition au régime Bongo. Mais après plusieurs années de recul, de divisions et de perte d’influence sur la scène nationale, le parti veut désormais reprendre sa marche. « L’UPG n’est pas seulement un héritage. L’UPG est une responsabilité », a lancé Pélagie Itsana devant les militants, en appelant à transformer la mémoire du fondateur en projet politique renouvelé.
L’héritage Mamboundou comme point de départ
La présidente de l’UPG a placé son discours sous l’autorité morale de Pierre Mamboundou, citant l’une de ses pensées : « L’Homme est une pierre lancée qui ignore sa trajectoire ». Pour elle, cette phrase résume le parcours du fondateur, présenté comme un homme ayant choisi la liberté face à la pensée unique, le courage face à la peur et la parole face au silence. « Pierre Mamboundou fut lui-même cette pierre lancée dans l’Histoire du Gabon », a-t-elle déclaré, en rappelant que son combat continue de marquer plusieurs générations de militants.
Mais Pélagie Itsana refuse de réduire cet anniversaire à une simple commémoration. Selon elle, le meilleur hommage à rendre au fondateur n’est pas seulement d’entretenir sa mémoire, mais de poursuivre son œuvre. « Aujourd’hui, à notre tour, nous recevons cette pierre. À nous désormais de lui donner une nouvelle trajectoire », a-t-elle affirmé, invitant les militants à replacer le service du peuple au-dessus des ambitions personnelles.
Une opposition républicaine, entre vigilance et proposition
Dans son discours, la nouvelle présidente de l’UPG a clairement revendiqué une posture d’opposition républicaine. Elle dit vouloir reconnaître les avancées lorsqu’elles existent, mais aussi signaler les dérives lorsque l’équilibre démocratique est menacé. « L’engagement politique exige du courage. Le courage de reconnaître les avancées lorsqu’elles existent. Le courage également de signaler les dérives lorsqu’elles menacent l’équilibre de notre République », a-t-elle insisté.
Pélagie Itsana a aussi adressé un message direct aux pouvoirs publics dans le contexte de la nouvelle séquence institutionnelle ouverte au Gabon. « La stabilité d’un pays ne se construit pas par la restriction des libertés. La paix sociale ne se construit pas par le silence imposé. La confiance ne naît pas de la peur », a-t-elle déclaré, appelant au respect de la liberté d’expression, de la liberté d’association, de la liberté politique et du droit de chaque citoyen à participer au débat national.
Reconstruire l’UPG après quinze ans de passage à vide
La dirigeante de l’UPG a reconnu, sans détour, que le parti sort d’une longue période difficile. « Aujourd’hui, après quinze années de passage à vide, nous ne sommes pas réunis pour tourner nos regards vers les difficultés du passé. Nous sommes réunis pour ouvrir une nouvelle page », a-t-elle lancé. Pour elle, le temps est venu de redonner une organisation, une présence territoriale et une ambition nationale à une formation qui a longtemps vécu sur son histoire plus que sur son action de terrain.
Cette reconstruction passera par un chronogramme en plusieurs étapes. Pélagie Itsana annonce d’abord la réactivation des structures de base, des fédérations, des sections, des quartiers et des villages. Elle prévoit ensuite la création d’une académie de formation politique de l’UPG, destinée à transmettre l’histoire du parti, former à la gouvernance publique et préparer de futurs responsables. Une consultation nationale auprès des Gabonaises et Gabonais doit également précéder les Assises de la renaissance, chargées de définir la nouvelle feuille de route politique du parti.
Souveraineté, économie de production et jeunesse
Au-delà de la réorganisation interne, Pélagie Itsana veut inscrire l’UPG dans un projet de souveraineté nationale. Elle estime que le Gabon doit sortir d’un modèle fondé essentiellement sur l’extraction et l’exportation de ses richesses brutes. « Nous devons passer d’une économie de rente à une économie de production. Nous devons passer d’une logique de dépendance à une logique de maîtrise. Nous devons passer d’un pays riche en ressources à un pays riche en opportunités », a-t-elle martelé.
La présidente de l’UPG a cité plusieurs priorités : agriculture, sécurité alimentaire, industrialisation, transformation locale, innovation, formation, entrepreneuriat national et emploi des jeunes. Pour elle, la souveraineté ne doit pas rester un slogan, mais devenir une méthode de gouvernement. « La plus grande richesse du Gabon n’est pas seulement sous nos pieds. Elle est dans nos écoles. Elle est dans nos universités. Elle est dans l’intelligence de notre jeunesse », a-t-elle souligné, appelant l’État à faire confiance au génie gabonais.
Une main tendue aux jeunes, aux femmes et aux anciens
Dans une tonalité très militante, Pélagie Itsana a également lancé un appel aux différentes composantes de la société gabonaise. Aux jeunes, elle a déclaré : « Ne laissez personne vous convaincre que votre avenir est ailleurs. Votre avenir est ici. Votre intelligence est ici. Votre énergie est ici ». Aux femmes, elle a rappelé que leur voix est indispensable partout où se décide l’avenir de la Nation. Aux anciens militants, elle a rendu hommage à une mémoire qu’elle qualifie d’héritage et de richesse.
Cette main tendue vise à faire de l’UPG une « maison ouverte », selon l’expression employée dans son discours. Une maison où les anciens transmettent, où la jeunesse apporte son énergie, où les femmes prennent toute leur place et où chaque militant se sent utile. « La renaissance de l’UPG ne sera pas l’œuvre d’une seule personne. Elle ne sera pas l’œuvre d’une équipe restreinte », a-t-elle prévenu, insistant sur la nécessité d’un effort collectif.
Le retour annoncé d’un parti historique
La célébration du 37ᵉ anniversaire de l’UPG marque donc une tentative de retour dans le jeu politique national. Le parti veut renouer avec son ADN d’opposition, sans se limiter à la nostalgie de Pierre Mamboundou. « L’UPG est de retour. Elle revient avec son histoire. Elle revient avec ses valeurs. Elle revient avec son ambition », a affirmé Pélagie Itsana, qui veut replacer sa formation dans le débat sur les libertés, les institutions, la souveraineté économique et la justice sociale.
Reste désormais à transformer ce discours de renaissance en actes. Après les mots, l’UPG devra prouver sa capacité à remobiliser ses militants, à reconstruire son implantation dans les provinces et à redevenir audible face aux nouvelles forces politiques de la Ve République. À 37 ans, le parti fondé par Pierre Mamboundou veut écrire une nouvelle page. Mais comme l’a rappelé sa présidente, une histoire politique ne se juge pas seulement aux paroles prononcées : elle se mesure aux engagements tenus.
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