Gabon : 10 ans après l’assaut meurtrier du QG de Jean Ping, l’ONG TLP réclame enfin vérité et justice
La coalition Tournons La Page Gabon (TLP-Gabon) réclame l’ouverture d’enquêtes sur les violences survenues il y a dix ans au quartier général de Jean Ping, à Libreville. Dans un communiqué parvenu ce lundi 31 août 2026 à Info241, l’organisation rend hommage aux personnes tuées, blessées, arrêtées ou portées disparues durant la crise postélectorale de 2016. Elle annonce également le lancement d’une campagne intitulée « 10 ans, 10 visages » afin de sortir les victimes de l’anonymat.
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Les violences avaient éclaté après la proclamation, le 31 août 2016, des résultats de l’élection présidentielle donnant Ali Bongo Ondimba vainqueur face à Jean Ping. Le candidat de l’opposition avait contesté ces résultats, tandis que des manifestations et des affrontements étaient signalés dans plusieurs secteurs de Libreville. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, les forces de sécurité avaient pris d’assaut le quartier général de Jean Ping, où se trouvaient plusieurs de ses partisans.
Des familles toujours privées de réponses
Dix ans après ces événements, TLP-Gabon affirme que les familles vivent encore avec le deuil et l’absence de réponses judiciaires. La coalition évoque également la situation des rescapés, dont certains resteraient durablement marqués par les violences subies. Elle considère cette séquence comme l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire politique récente du Gabon.
La devanture du QG de l’opposant après l’assaut
« Taire, oublier ou banaliser ces événements, c’est trahir le combat pour la démocratie et l’État de droit », soutient l’organisation. Pour la coalition, le pays ne peut construire une mémoire nationale crédible tout en laissant dans l’ombre les violences politiques du passé. Elle appelle donc les autorités gabonaises à reconnaître officiellement les victimes et à répondre aux interrogations restées sans suite.
Qui a ordonné l’assaut ?
TLP-Gabon formule plusieurs questions qu’elle estime toujours non résolues : qui a donné l’ordre d’intervenir au quartier général de Jean Ping ? Quelles responsabilités ont été établies ? Où se trouvent les corps des personnes portées disparues et quelles procédures judiciaires ont réellement été engagées ? Pour la coalition, l’absence de réponses entretient les soupçons d’impunité et prolonge la souffrance des familles.
« Il ne peut y avoir de réconciliation nationale durable sans vérité judiciaire », affirme le communiqué signé par la coordonnatrice nationale de TLP-Gabon, Blanche Simonny Abegue. L’organisation exige l’ouverture de toutes les enquêtes jugées nécessaires, l’accès aux dossiers et l’établissement des responsabilités. Elle demande que la justice soit rendue sans que l’écoulement du temps puisse servir à effacer les faits dénoncés.
Le contraste avec la Fête de la Libération
La coalition relève que cet anniversaire intervient au lendemain de la troisième Journée nationale de la Libération, célébrée le 30 août en mémoire de la chute d’Ali Bongo Ondimba en 2023. Elle dénonce le contraste entre la place accordée à cette nouvelle commémoration et l’absence de reconnaissance officielle des victimes de la crise postélectorale de 2016. « On ne peut pas se contenter de célébrer les vivants, d’ériger des monuments tout en oubliant de s’acquitter du devoir mémoriel d’honorer ceux que la tyrannie aveugle a arrachés à la vie », insiste TLP-Gabon.
L’organisation appelle les responsables politiques, les représentants religieux et les acteurs de la société civile à se mobiliser contre l’oubli et l’impunité. Elle estime que les jeunes générations doivent connaître cette période afin de comprendre le prix du courage civique et la fragilité des libertés publiques. Pour TLP-Gabon, la construction du « nouveau Gabon » passe nécessairement par une reconnaissance des violences commises sous l’ancien régime.
Une campagne pour remettre des visages sur les victimes
La campagne « 10 ans, 10 visages » doit permettre de donner un nom, un parcours et une histoire à plusieurs victimes. TLP-Gabon annonce également son intention de saisir des instances nationales et internationales afin d’empêcher que le dossier ne disparaisse de l’agenda institutionnel. Les modalités de ces démarches et les institutions concernées n’ont toutefois pas été détaillées dans le communiqué.
« Tournons La Page ne veut pas dire tourner le dos. Tourner la page, c’est écrire la suite avec vérité, pour que plus jamais cela ne se reproduise », conclut la coalition. Dix ans après l’assaut du quartier général de Jean Ping, cette initiative entend replacer les victimes au centre du débat public gabonais. Elle rappelle surtout que, derrière les commémorations et les changements de régime, la question des responsabilités liées aux violences de 2016 demeure entière.
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