Fonction publique : Oligui Nguema veut enterrer l’avancement automatique, les syndicats déjà sur le pied de guerre
Le gouvernement de Brice Clotaire Oligui Nguema s’apprête à bouleverser profondément la carrière des agents publics gabonais. Invitée d’une émission spéciale ce mercredi 5 août sur Gabon 1ère, la ministre de la Fonction publique, Laurence Ndong, a confirmé la fin programmée de l’avancement automatique fondé sur l’ancienneté. Les promotions de grade ou d’échelon seraient désormais conditionnées à l’évaluation du travail et des performances de chaque fonctionnaire. Une réforme explosive qui pourrait jeter le feu aux poudres si elle entrait dans la loi sans garanties solides ni accord avec les partenaires sociaux.
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Le message de la ministre ne souffre d’aucune ambiguïté. « L’avancement automatique lié à l’ancienneté est fini », a-t-elle déclaré sur le plateau de Gabon 1ère. Laurence Ndong assure cependant que le droit à l’avancement ne disparaîtra pas, mais qu’il reposera sur le mérite, l’assiduité, la qualité du travail et les résultats obtenus. Le gouvernement estime que l’ancien système permettait à des agents peu productifs ou régulièrement absents de progresser au même rythme que leurs collègues les plus engagés.
L’ancienneté remplacée par la performance
Le futur Statut général des fonctionnaires doit ainsi installer une nouvelle culture administrative fondée sur l’évaluation individuelle. Chaque agent devrait disposer d’une fiche de poste précisant ses missions, ses objectifs et les résultats attendus. Ces documents serviraient ensuite de base à l’appréciation de sa performance et à toute décision concernant son évolution professionnelle. Une digitalisation des dossiers est également prévue afin de mieux suivre les carrières et de réduire les lenteurs administratives.
L’émission gouvernementale
Le projet prévoit par ailleurs la création d’un Observatoire chargé du suivi et de l’évaluation du service public. Cette structure devrait mesurer la qualité des prestations fournies aux usagers et relever les défaillances des administrations. Le gouvernement présente cet ensemble comme une modernisation nécessaire d’un système encore encadré par des textes datant notamment de 1991 et de 2005. Les travaux de validation des deux nouveaux projets de loi se sont déroulés du 22 au 24 juillet 2026 au ministère de la Fonction publique.
Le spectre de l’arbitraire inquiète
Sur le papier, la volonté de distinguer les agents performants des fonctionnaires absentéistes paraît difficilement contestable. Mais la réforme laisse entière une question essentielle : qui évaluera les évaluateurs ? En l’absence de critères transparents, mesurables et identiques pour tous, une progression fondée sur la performance pourrait devenir un puissant instrument de favoritisme, de sanction personnelle ou de règlement de comptes. Les relations avec la hiérarchie risqueraient alors de peser davantage que la qualité réelle du travail accompli.
Les syndicats redoutent précisément que des appréciations subjectives décident désormais des carrières et des rémunérations. Ils rappellent les controverses provoquées en 2015 par la Prime d’incitation à la performance, dont les critères d’attribution avaient créé un fort sentiment d’injustice parmi les agents. Pour éviter de reproduire ce précédent, la réforme devrait définir des voies de recours, des commissions paritaires et un mécanisme indépendant de contestation des évaluations. Or, ces garanties n’ont pas encore été clairement exposées au public.
Les syndicats menacent d’un bras de fer
La méthode employée par le gouvernement constitue un autre motif de colère. Plusieurs organisations syndicales dénoncent une concertation insuffisante sur un texte appelé à déterminer l’avenir professionnel de milliers d’agents publics. Pierre Mintsa, président de la Confédération syndicale Machette syndicale des travailleurs gabonais vaillant, a directement interpellé le chef de l’État. « On ne peut en aucun cas modifier un texte qui tourne autour de la gestion de la carrière d’un agent sans les partenaires sociaux », a-t-il prévenu, en évoquant la possibilité d’un mouvement social de grande ampleur.
À ce stade, la fin de l’avancement automatique reste inscrite dans un projet de réforme et ne constitue pas encore une règle définitivement applicable. Son entrée en vigueur dépendra de l’adoption et de la promulgation des nouveaux textes. Le gouvernement Oligui Nguema devra donc choisir entre le passage en force et l’ouverture d’une véritable négociation sur les critères d’évaluation, les droits de recours et la protection des agents contre l’arbitraire. Sans compromis, cette réforme présentée comme un outil de performance pourrait rapidement se transformer en détonateur d’une crise sociale majeure dans la Fonction publique gabonaise.
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