FlyGabon suspend la collecte de la redevance R4 et défie la nouvelle fiscalité aérienne gouvernementale
La compagnie nationale FlyGabon refuse, pour l’heure, de collecter la redevance passager R4 instaurée par le gouvernement gabonais. Dans un communiqué publié ce mercredi 5 août dans le quotidien L’Union, le transporteur annonce la suspension de ce prélèvement jusqu’à l’ouverture d’une concertation sur ses modalités d’application. Pour défendre sa position, la compagnie présente plusieurs simulations faisant apparaître une hausse pouvant atteindre 90,5 % sur certaines liaisons domestiques et 80,2 % sur certains itinéraires régionaux. Une posture particulièrement remarquée pour une entreprise détenue à 56 % par l’État gabonais.
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Les nouvelles dispositions découlent de la loi de finances rectificative du 17 juillet 2026 et de ses arrêtés d’application. Elles prévoient notamment l’extension de la redevance R4 à l’ensemble des aéroports du pays, le rétablissement de la TVA à 18 % sur les vols domestiques et la hausse de plusieurs redevances liées à la sûreté aéroportuaire. FlyGabon précise que ces prélèvements ne constituent pas des recettes pour la compagnie, mais qu’ils augmentent directement le prix payé par les passagers. Le transporteur redoute ainsi une perte d’attractivité du marché aérien gabonais.
Une suspension assumée de la redevance R4
FlyGabon indique avoir suspendu la collecte de la redevance R4 auprès de ses passagers en attendant une clarification des conditions prévues par l’article 40 de la loi. La compagnie ne rejette toutefois pas l’ensemble des nouvelles mesures fiscales. Elle affirme appliquer la TVA de 18 % sur les billets domestiques conformément à la loi. Elle prévoit également d’intégrer la hausse de la redevance de sûreté WZ dès sa prise en compte dans le référentiel tarifaire de l’Association internationale du transport aérien (IATA).
Évolution des prélèvements aériens selon Fly Gabon
| Itinéraire | Prélèvement | Bénéficiaire(s) | Avant | Après | Évolution |
|---|---|---|---|---|---|
| Port-Gentil–Franceville via Libreville | Redevance passager R4 | GSEZ | 26 240 FCFA | 52 480 FCFA | +100 % |
| Port-Gentil–Franceville via Libreville | Sûreté WZ | Westminster, ANAC, ONSFAG | 3 000 FCFA | 6 000 FCFA | +100 % |
| Port-Gentil–Franceville via Libreville | Sécurité N7 | ANAC | 2 000 FCFA | 2 000 FCFA | Stable |
| Port-Gentil–Franceville via Libreville | ADL | GSEZ | 2 200 FCFA | 2 200 FCFA | Stable |
| Port-Gentil–Franceville via Libreville | TVA | État gabonais | 0 % | 18 % | +18 points |
| Effet cumulé sur le trajet domestique | Ensemble des prélèvements | Plusieurs bénéficiaires | — | — | Jusqu’à +90,5 % hors TVA |
| Cotonou–Kinshasa via Libreville | Redevance passager R4 | GSEZ | 104 956 FCFA | 131 192 FCFA | +25 % |
| Cotonou–Kinshasa via Libreville | Sûreté WZ | Westminster, ANAC, ONSFAG | 14 500 FCFA | 22 000 FCFA | +51,7 % |
| Cotonou–Kinshasa via Libreville | Sécurité N7 | ANAC | 0 FCFA | 10 000 FCFA | Nouveau prélèvement |
| Cotonou–Kinshasa via Libreville | ADL | GSEZ | 21 000 FCFA | 21 000 FCFA | Stable |
| Cotonou–Kinshasa via Libreville | API/PNR | Securifport, ONSFAG | 0 FCFA | 6 908 FCFA | Nouveau prélèvement |
| Effet cumulé sur le trajet régional | Ensemble des prélèvements | Plusieurs bénéficiaires | — | — | Jusqu’à +80,2 % |
Cette décision place néanmoins la compagnie nationale dans une situation délicate face au gouvernement. La suspension d’un prélèvement prévu par un texte réglementaire pose la question de la marge de manœuvre dont dispose un transporteur aérien dans l’application de la fiscalité nationale. Fly Gabon présente sa démarche comme une mesure temporaire destinée à provoquer un dialogue urgent, et non comme un refus définitif de se conformer à la loi. Aucune réaction officielle du gouvernement ou des organismes bénéficiaires n’était encore mentionnée dans le communiqué.
Jusqu’à 90,5 % de hausse sur un trajet domestique
Pour illustrer les conséquences de la réforme, Fly Gabon prend l’exemple d’un aller-retour Port-Gentil–Franceville avec une correspondance à Libreville. D’après ses calculs, la redevance passager R4 passerait de 26 240 à 52 480 FCFA, soit un doublement. La redevance de sûreté WZ progresserait parallèlement de 3 000 à 6 000 FCFA, tandis que la TVA passerait de 0 à 18 %. L’effet cumulé atteindrait ainsi jusqu’à 90,5 % sur le prix total du billet hors TVA.
Répartition annuelle estimée des nouvelles recettes
| Bénéficiaire | Montant estimé | Part du total |
|---|---|---|
| GSEZ | 37,7 milliards de FCFA | 47 % |
| Securifport | 16,4 milliards de FCFA | 21 % |
| ONSFAG | 9,5 milliards de FCFA | 12 % |
| ANAC | 8 milliards de FCFA | 10 % |
| Westminster | 7,3 milliards de FCFA | 9 % |
| ASSAC | 1,1 milliard de FCFA | 1 % |
| Total estimé | 80,2 milliards de FCFA | 100 % |
La compagnie présente également le cas d’un aller-retour Cotonou–Kinshasa via Libreville. Sur cet itinéraire régional, la redevance R4 passerait de 104 956 à 131 192 FCFA, tandis que les prélèvements de sûreté WZ progresseraient de 14 500 à 22 000 FCFA. D’autres frais, auparavant inexistants, atteindraient respectivement 10 000 et 6 908 FCFA. Selon FlyGabon, l’ensemble de ces évolutions pourrait provoquer une augmentation cumulée allant jusqu’à 80,2 % du prix total du billet.
80,2 milliards de FCFA attendus en une année
FlyGabon estime que les nouveaux prélèvements pourraient générer 80,2 milliards de FCFA sur douze mois. D’après le graphique publié par la compagnie, 37,7 milliards de FCFA, soit 47 % du total, reviendraient à GSEZ. Securifport percevrait 16,4 milliards, l’ONSFAG 9,5 milliards, l’ANAC 8 milliards, Westminster 7,3 milliards et l’ASSAC 1,1 milliard de FCFA. Ces estimations sont présentées par le transporteur et devront être confrontées aux calculs du gouvernement et des organismes concernés.
La compagnie affirme que 77 % des nouvelles recettes bénéficieraient à des entreprises étrangères, contre seulement 22 % à des organismes publics gabonais. Elle estime par conséquent que les passagers et les transporteurs opérant au Gabon financeraient prioritairement la modernisation des infrastructures aéroportuaires nationales, l’amélioration des services et le développement des provinces. En mettant ces chiffres en avant, FlyGabon ne conteste donc pas uniquement le niveau des prélèvements. Elle remet également en cause leur répartition et leur contribution effective à l’économie gabonaise.
Le financement de l’aéroport de Libreville interrogé
Le communiqué établit aussi un parallèle avec le projet de nouvel aéroport de Libreville, dont le budget annoncé s’élèverait à 259 milliards de FCFA. FlyGabon relève que les taxes et redevances aériennes collectées dans la région représenteraient entre 42 et 110 milliards de FCFA par an. La compagnie s’interroge ainsi sur la capacité de ces prélèvements à financer plus directement les infrastructures nationales. Elle appelle à davantage de transparence sur la destination des sommes payées par les voyageurs.
Cette comparaison ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir que l’ensemble des recettes pourrait être réaffecté au financement de l’aéroport. Certaines redevances correspondent à des prestations précises de sûreté, de sécurité, de gestion aéroportuaire ou de contrôle. Leur modification peut également dépendre de contrats existants et d’engagements pris avec différents opérateurs. Le débat soulevé par FlyGabon porte donc autant sur le niveau des prélèvements que sur leur gouvernance.
Le projet de hub régional menacé
Le transporteur avertit que l’accumulation des taxes pourrait compromettre l’ambition de faire de Libreville un hub aérien régional. La capitale gabonaise aurait déjà perdu environ 100 000 passagers depuis 2018, alors que plusieurs plateformes africaines enregistrent une forte croissance. La hausse du prix des billets pourrait entraîner une baisse de la fréquentation, une réduction des fréquences et un transfert des voyageurs vers des aéroports concurrents. Le tourisme, les échanges commerciaux et la connectivité du Gabon seraient alors directement affectés.
FlyGabon appelle le gouvernement, les autorités de l’aviation civile, les gestionnaires d’aéroports et les compagnies aériennes à engager une concertation urgente. Les discussions devraient porter sur l’extension et le niveau de la redevance R4, les conséquences de la TVA sur les vols domestiques, la superposition des frais liés à la sûreté ainsi que la fiscalité globale du secteur. « La compagnie nationale demande la restauration de la souveraineté du secteur aérien gabonais et de sa compétitivité », affirme le communiqué. Reste désormais à savoir si le gouvernement acceptera de revoir son dispositif ou exigera de FlyGabon l’application immédiate de la redevance suspendue.
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