Drapeau gabonais : Le célébrer ne suffit pas, il faut cesser de piller la Nation et de marcher sur le peuple !
Le vert-jaune-bleu flotte avec jalousie et envie ce dimanche 9 août 2026 sur les institutions du Gabon et les maisons de citoyens. Placée sous le thème « Un drapeau, une Nation unie, ensemble bâtissons un Gabon nouveau », la Journée nationale du drapeau ne devrait pourtant pas se résumer à une levée des couleurs, à quelques discours convenus et à des photographies officielles. Elle doit obliger chaque responsable politique, administratif, militaire et judiciaire à regarder honnêtement la manière dont il sert le pays. Car respecter le drapeau, c’est d’abord respecter les Gabonais au nom desquels on gouverne.
-
Il ne suffit pas de se tenir droit devant l’emblème national lorsque, le reste de l’année, des citoyens sont privés d’eau, d’électricité, de soins, de justice ou de l’égalité devant l’administration. Il ne suffit pas de chanter La Concorde lorsque les fonds publics sont détournés, les marchés distribués entre proches et les lois aménagées au profit de quelques puissants. Un drapeau n’est pas une décoration accrochée derrière un bureau ministériel. Il représente les droits, les sacrifices et le patrimoine commun de tout un peuple.
Une journée née et créé par Ali Bongo
La Journée nationale du drapeau a été instituée par Ali Bongo Ondimba à travers le décret n°0860 du 2 décembre 2009. Célébrée chaque 9 août depuis 2010, elle renvoie à l’adoption, le 9 août 1960, de la loi ayant modifié l’emblème national, quelques jours avant l’accession du Gabon à la souveraineté internationale. Son objectif officiel est de renforcer le patriotisme, le civisme et l’appropriation des symboles républicains. Le vert évoque la forêt, le jaune le soleil équatorial et le bleu l’océan Atlantique, trois richesses qui racontent le territoire et l’identité gabonaise.
Ali Bongo promettant de servir le peuple derrière le drapeau
Mais l’histoire a fini par adresser un avertissement terrible au père de cette journée. Ali Bongo avait promis de servir la Nation, avant que son régime ne soit durablement accusé d’avoir laissé une famille, un clan et leurs affidés se servir du pays. Le chef de l’État qui avait institutionnalisé l’hommage au drapeau a lui-même été renversé par son armée le 30 août 2023, après quatorze années au pouvoir. Cette chute rappelle qu’aucun dirigeant ne peut éternellement se draper dans les couleurs nationales tout en laissant prospérer la prédation, l’injustice et la confiscation de l’État.
Le drapeau n’appartient pas aux gouvernants
Le drapeau gabonais n’est la propriété ni du président de la République, ni du gouvernement, ni de l’armée, ni d’un parti politique. Il appartient au fonctionnaire honnête comme au chômeur, à la commerçante comme à l’étudiant, au paysan comme au malade abandonné dans un hôpital sans moyens. Les ressources publiques sont, elles aussi, la propriété collective de ce peuple. Les détourner revient donc à voler la Nation que l’on prétend honorer chaque 9 août.
Un drapeau qui appartient au peuple
Respecter le drapeau, c’est refuser de transformer une nomination en récompense familiale, un marché public en faveur accordée à un ami ou une décision administrative en règlement de comptes. C’est prendre des mesures justes, adopter des lois impersonnelles et garantir à tous les mêmes droits, quelles que soient leur province, leur proximité avec le pouvoir ou leur appartenance politique. C’est administrer les deniers publics avec la même prudence que s’il s’agissait de son propre argent. Le patriotisme commence précisément là où s’arrêtent le favoritisme et l’enrichissement illicite.
La Ve République face à ses propres promesses
La naissance de la Ve République avait nourri l’espoir d’une rupture avec les pratiques du régime déchu. Aux premières heures de sa prise de pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema avait promis de mettre fin aux « petites combines entre copains et coquins », notamment dans la gestion de la dette intérieure et des finances publiques. Trois ans plus tard, cette formule doit encore résonner dans chaque ministère, chaque direction générale, chaque collectivité et chaque entreprise publique. Elle doit surtout devenir une méthode de gouvernement et non rester un slogan des premiers jours.
Oligui Nguema face à un peuple qui réclame plus d’équité
Car le changement de République n’a de sens que s’il transforme réellement la vie du citoyen. Si les mêmes réseaux se reconstituent, si les proches remplacent simplement les anciens proches et si l’accès aux fonctions publiques dépend toujours des relations, alors le pays n’aura changé que de visages. La Ve République ne peut pas devenir une nouvelle république de copains-coquins, enrichis par les mêmes méthodes qu’ils dénonçaient hier. Le drapeau ne doit jamais servir de rideau patriotique derrière lequel se poursuivent les vieilles pratiques.
Servir le drapeau est un sacerdoce
Être ministre, directeur général, député, maire, gouverneur ou haut fonctionnaire ne devrait pas constituer un ascenseur social vers la fortune. Une fonction publique est une charge, une responsabilité et parfois même un sacrifice. Elle impose de rendre des comptes, de protéger l’intérêt général et de résister aux pressions des familles, des clans, des partenaires occultes et des intérêts économiques. Utiliser son pouvoir pour servir d’autres intérêts que ceux du Gabon revient à trahir la mission confiée par la Nation.
Oligui pretant serment comme président de la Ve République
Cette trahison devient plus grave encore lorsqu’elle affaiblit la souveraineté nationale, détourne les richesses collectives ou livre les décisions publiques à des intérêts cachés. On ne peut pas proclamer son attachement au vert-jaune-bleu tout en organisant l’impunité, la corruption ou l’appauvrissement des citoyens. La haute fonction doit redevenir un sacerdoce et non une permission de s’enrichir. Celui qui sert le drapeau doit accepter d’être contrôlé, évalué et sanctionné lorsqu’il trahit son serment.
Le précédent Ali Bongo doit servir de leçon
Le sort d’Ali Bongo devrait hanter tous ceux qui pensent que le pouvoir est une propriété personnelle. Affaibli par la maladie, contesté dans le pays et entouré d’un système davantage préoccupé par sa survie que par l’intérêt national, il s’est maintenu jusqu’à être renversé par ceux qui étaient chargés de protéger son régime. Son exemple montre qu’un pouvoir peut conserver les palais, les véhicules officiels et les honneurs tout en ayant déjà perdu l’essentiel : la confiance du peuple. Un dirigeant qui n’entend plus les souffrances de la Nation finit toujours par s’isoler derrière son propre drapeau.
Ali Bongo s’inclinant devant le drapeau
La Journée nationale du drapeau doit donc devenir une journée de vérité. Elle doit rappeler aux gouvernants que l’autorité n’est jamais éternelle, que les citoyens observent et que l’histoire finit par juger les actes plus sévèrement que les discours. Le drapeau ne protège pas les dirigeants qui le trahissent ; il survit à leur chute et continue de flotter après leur départ. Le servir avec humilité et dévotion demeure la seule manière honorable d’exercer le pouvoir.
Retrouver l’essence du vert-jaune-bleu
Le vert du Gabon ne doit plus seulement représenter une forêt exploitée sans bénéfice suffisant pour ses populations ; il doit symboliser une richesse préservée et justement partagée. Le jaune ne peut pas uniquement évoquer un soleil qui brille sur les palais pendant que des familles vivent dans la précarité ; il doit annoncer la prospérité collective. Le bleu ne saurait simplement rappeler l’océan bordant un pays dont tant de citoyens peinent encore à accéder à l’eau potable. Les couleurs nationales doivent retrouver une traduction concrète dans la vie quotidienne.
Le réveil de l’élite gabonaise est désormais une urgence. Gouvernement, Parlement, justice, administration, armée, secteur privé et société civile doivent comprendre que la patrie ne se célèbre pas seulement : elle se protège, se construit et se sert. Le meilleur hommage au drapeau consiste à mettre fin aux injustices, à combattre réellement la corruption et à replacer le citoyen au centre de l’action publique. Faute de quoi, les cérémonies du 9 août ne seront plus qu’un rituel creux devant un peuple qui, lui, n’oublie ni ses souffrances ni les promesses trahies.
-
À lire absolument
Newsletter d'Info241
Abonnez-vous maintenant à notre newsletter pour recevoir chaque matin une analyse de l'actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs !






Réagir
Ajoutez votre commentaire
Partagez une réaction, une information complémentaire ou un point de vue argumenté.
Deux petits pas : recevez un code, entrez-le, puis rejoignez la discussion.
Votre nom, votre email, et hop : un code à 6 chiffres arrive dans votre boîte.
Collez le code reçu. Il reste valable 15 minutes, juste le temps d’ouvrir la porte.
Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment.
Lancez la conversation avec un retour utile, une précision ou une réaction argumentée.