Depuis Londres, Sylvia Bongo dénonce les femmes torturées et pique la « refondation » d’Oligui Nguema
Sylvia Bongo Ondimba a choisi la Journée panafricaine de la femme pour adresser une charge à peine voilée aux nouvelles autorités gabonaises. Désormais installée à Londres avec sa famille, l’ancienne Première dame du Gabon a publié, ce vendredi 31 juillet, une lettre dénonçant les arrestations arbitraires, les détentions sans procès et les violences infligées aux femmes par certains États africains. Sans citer directement le président Brice Clotaire Oligui Nguema, elle vise clairement le pouvoir issu du renversement de son mari, le mercredi 30 août 2023. Son attaque contre la « transition » et la « refondation », deux expressions associées au régime actuel, laisse peu de place au doute.
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Dans ce texte intitulé « Ne laissez pas torturer les femmes », Sylvia Bongo interpelle les consciences africaines sur le sort des femmes détenues pour leurs opinions ou en raison de leur proximité avec des personnalités politiques. « Que célébrons-nous lorsque des femmes sont encore arrêtées sans droits, détenues sans procès, brisées sans témoins ? », questionne-t-elle. Elle évoque également des mères emprisonnées à cause du nom qu’elles portent et des épouses violentées pour atteindre leurs maris. Une description qui renvoie directement à sa propre arrestation et à celle de son fils, Noureddin Bongo Valentin, après la chute du régime familial.
Une attaque sans jamais nommer Libreville
Le passage le plus personnel de sa lettre constitue aussi le message le plus direct adressé aux autorités gabonaises. « Je sais de quoi je parle. J’ai connu la détention arbitraire. J’ai connu ces murs », affirme l’ancienne Première dame. Elle ajoute que la torture ne peut être justifiée par aucune cause, aucune transition et aucune « refondation ». « Un pouvoir qui torture les femmes ne construit rien : il détruit l’idée même de l’État », assène-t-elle encore.
English version below
🇫🇷Aux femmes qui subissent aujourd’hui ce que j’ai subi hier, je veux dire ceci : vous n’êtes pas seules, vous n’êtes pas oubliées, et le silence que l’on vous impose ne durera pas.
A lire, mon message à l’occasion de la Journée panafricaine de la femme.… pic.twitter.com/VYu6LOApu7
— Sylvia Bongo Ondimba (@Sylviabongo) July 31, 2026
Le tweet cinglant de Sylvia Bongo
Sylvia Bongo appelle l’Union africaine, les organisations de défense des droits humains, la Commission africaine des droits de l’homme, la Cour africaine et les mécanismes des Nations unies à ne pas détourner le regard. Elle demande que les victimes puissent accéder à ces institutions et que les États répondent de leurs actes. « Vous n’êtes pas seules, vous n’êtes pas oubliées et le silence qui vous est imposé ne durera pas », lance-t-elle aux femmes actuellement détenues. Elle conclut que l’Afrique ne pourra pas se construire « sur les corps brisés de ses femmes ».
La garde du régime devenue son tombeur
Cette prise de parole prend une dimension particulière au regard des circonstances de la chute des Bongo. La famille a dirigé le Gabon pendant près de 56 ans, d’abord sous Omar Bongo Ondimba à partir de 1967, puis sous Ali Bongo Ondimba de 2009 au mercredi 30 août 2023. Le pouvoir n’a pas été renversé par une armée extérieure au système, mais par des officiers issus de l’appareil chargé de le protéger. Brice Clotaire Oligui Nguema, alors commandant en chef de la Garde républicaine, a pris la tête du Comité pour la transition et la restauration des institutions après l’annulation des résultats de l’élection présidentielle.``
La lettre rédigée en anglais de Mme Bongo Valentin
La garde prétorienne du régime Bongo s’est ainsi retournée contre la famille qu’elle protégeait, mettant brutalement fin à sa domination politique. Sylvia Bongo a d’abord été placée en résidence surveillée, avant d’être incarcérée le mercredi 11 octobre 2023 dans le cadre d’une procédure pour des infractions financières. Son fils Noureddin avait été arrêté dès le jour du coup d’État avec plusieurs anciens collaborateurs de la présidence. Après environ vingt mois de détention, mère et fils ont été placés en résidence surveillée le vendredi 9 mai 2025, puis autorisés à quitter le Gabon avec Ali Bongo à la faveur d’une médiation angolaise.
Des accusations fermement rejetées par Libreville
Depuis son installation à Londres, Sylvia Bongo affirme avoir subi, comme son fils, des violences physiques et psychologiques durant sa détention. Elle soutient avoir été enfermée dans des locaux situés sous la présidence gabonaise et avoir été maltraitée afin d’obtenir des informations ou des signatures. Ces allégations ont été portées devant des instances étrangères par les avocats de la famille. Elles n’ont cependant pas encore été consacrées par une décision judiciaire définitive établissant les responsabilités évoquées.
Le gouvernement gabonais rejette catégoriquement cette version et qualifie les accusations de torture de mensongères. Après un entretien accordé par Sylvia Bongo à France 24 en mars, Libreville avait dénoncé une tentative de réécriture des conditions de sa détention. Les autorités soutiennent que l’ancienne Première dame et son fils ont été traités conformément aux procédures applicables. Elles rappellent également que les intéressés faisaient l’objet de poursuites pour détournement de fonds publics, blanchiment, faux et association de malfaiteurs.
Une condamnée qui attaque désormais ses juges
Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin ont été condamnés par contumace, le mardi 11 novembre 2025, à 20 ans de réclusion criminelle par la Cour criminelle spécialisée de Libreville. La justice gabonaise les a déclarés coupables de détournement de fonds publics, blanchiment de capitaux, recel, faux et association de malfaiteurs. Des mandats d’arrêt et d’importantes mesures financières ont également été prononcés contre eux. Installés à Londres et absents du procès, les deux condamnés dénoncent une procédure politique menée par un pouvoir déterminé à solder l’héritage de l’ancien régime.
La posture adoptée ce vendredi par Sylvia Bongo ne manque toutefois pas de piquant. Pendant quatorze années, elle a occupé la place de Première dame au sein d’un régime régulièrement critiqué par ses opposants pour ses pratiques autoritaires et son rapport aux libertés publiques. Ses détracteurs ne manqueront donc pas de relever qu’elle invoque aujourd’hui des principes dont l’application sous le pouvoir de son mari avait elle aussi suscité de nombreuses controverses. Cette contradiction n’annule pas la nécessité d’enquêter sur ses accusations, mais elle fragilise la posture morale qu’elle entend désormais incarner.
Une nouvelle offensive contre le pouvoir Oligui
Cette publication confirme surtout le changement de stratégie de l’ancienne famille régnante du Gabon. Après une longue période de silence, Sylvia Bongo et son fils multiplient désormais les interventions médiatiques depuis Londres pour attaquer la légitimité judiciaire et morale du régime gabonais. Leur communication ne porte plus seulement sur leur défense pénale, mais cherche à placer les autorités sous surveillance internationale. La Journée panafricaine de la femme lui offre ici une tribune pour transformer son expérience personnelle en accusation politique plus large.
Sans prononcer une seule fois le nom de Brice Clotaire Oligui Nguema, Sylvia Bongo l’interpelle donc directement sur les méthodes attribuées aux hommes qui ont renversé sa famille. Elle présente désormais l’ancienne Première dame non plus comme une responsable de l’ancien pouvoir poursuivie pour des infractions financières, mais comme une femme survivante de violences d’État. Libreville, de son côté, maintient ses accusations pénales et conteste tout acte de torture. Entre les anciens maîtres du palais et leur ancienne garde devenue pouvoir, la bataille gabonaise se poursuit désormais depuis Londres, sur le terrain judiciaire, médiatique et mémoriel.
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