Dette publique

Course à l’endettement : Le Gabon fait encore le plein de cash sur le marché de la CEMAC

Course à l’endettement : Le Gabon fait encore le plein de cash sur le marché de la CEMAC
Course à l’endettement : Le Gabon fait encore le plein de cash sur le marché de la CEMAC © 2026 D.R./Info241

Le Gabon vient d’enregistrer un nouveau succès… et un nouvel emprunt sur le marché financier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Après les 118 milliards de FCFA levés en décembre, l’État a mobilisé cette fois 106,4 milliards de FCFA grâce à un emprunt obligataire par appel public à l’épargne, a annoncé ce mardi Emerald Securities Services Bourse SA (ESS Bourse), société de bourse basée au Cameroun et arrangeur de l’opération. Dénommé « EOG 2025 à tranches multiples 2 », ce nouvel emprunt confirme que Libreville a fait du marché régional son principal relais de financement.

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Soumise au visa de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF), l’émission visait initialement un montant de 50 milliards de FCFA. À la clôture, elle a permis de lever précisément 106 748 759 011 FCFA, soit un taux de réalisation de 212,95 %. Ouverte du 12 septembre au 12 décembre 2024, l’opération repose sur une maturité longue de 15 ans, couvrant la période 2025‑2039, avec un taux d’intérêt de 6,25 % net l’an. Autrement dit, les investisseurs de la CEMAC se sont littéralement rués sur la dette gabonaise, offrant au Trésor plus du double de ce qu’il venait chercher.

Des milliards pour financer projets et restructuration

Selon le communiqué officiel, les fonds mobilisés sont destinés à financer les projets d’investissement inscrits dans la loi de finances 2025, mais aussi à contribuer à la restructuration et à l’amélioration du profil de la dette publique. Le gouvernement met en avant « la confiance des investisseurs dans l’économie gabonaise » et l’ « attractivité » de la signature de l’État sur le marché régional pour justifier cette nouvelle levée record.

D’un point de vue technique, l’opération permet à Libreville d’allonger la maturité moyenne de sa dette et de consolider son ancrage sur le marché domestique et régional, en limitant le recours aux financements extérieurs en devises. Mais sur le plan macroéconomique, cette stratégie ne peut être lue isolément : elle intervient dans un contexte où l’encours global de la dette gabonaise explose, et où la question de la soutenabilité commence à s’imposer comme un sujet central.

Une dette qui bondit de plus de 1 400 milliards en moins d’un an

Selon les données de la Direction générale de la dette (DGD), l’encours global s’établissait à 8 606,643 milliards de FCFA à fin octobre 2025, soit une hausse de 20,657 % par rapport à fin décembre 2024. En valeur, la dette a augmenté de 1 473,478 milliards de FCFA en moins d’un an, passant d’environ 7 133,2 milliards à plus de 8 600 milliards de FCFA. La série d’emprunts obligataires sur le marché de la CEMAC, dont « EOG 2025 à tranches multiples 2 » n’est qu’un épisode, s’inscrit pleinement dans cette dynamique d’accumulation.

Cette accélération survient alors que, dès les dernières années du régime Bongo, les institutions internationales alertaient déjà sur une trajectoire jugée préoccupante. Le ratio dette/PIB, qui avait reflué autour de 68–69 % en 2021–2022 après un pic supérieur à 75 % au plus fort de la pandémie de Covid‑19, est reparti à la hausse pour flirter de nouveau avec les 72–75 % en 2023–2024. Autrement dit, la transition, puis l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema, se sont ouvertes sur un État déjà lourdement endetté, avant même la nouvelle vague d’emprunts massifs.

Confiance des marchés, mais marge de manœuvre qui se rétrécit

Pour les autorités, la forte sursouscription des émissions gabonaises est la preuve que les investisseurs croient à la trajectoire budgétaire et aux réformes annoncées. De fait, dans un marché régional encore peu profond, la signature d’un État comme le Gabon offre un couple rendement/risque attractif pour les banques, assurances et autres institutionnels de la sous-région, à la recherche de placements.

Reste que cette confiance a un prix : plus l’encours de dette augmente, plus le service de la dette – intérêts et remboursements – ponctionne une part croissante des ressources publiques. La véritable ligne rouge ne se lira donc pas seulement dans le succès des prochaines opérations sur le marché de la CEMAC, mais dans la capacité du gouvernement à transformer ces milliards empruntés en infrastructures livrées, services publics améliorés et croissance durable. Faute de résultats tangibles, la spectaculaire course actuelle à l’endettement pourrait rapidement être perçue moins comme une stratégie de financement maîtrisée que comme une fuite en avant budgétaire.

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