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Témoignage

Biens mal acquis en France : Avant sa mort, Omar Bongo voulait restituer une partie des biens à l’État gabonais

Biens mal acquis en France : Avant sa mort, Omar Bongo voulait restituer une partie des biens à l’État gabonais
Biens mal acquis en France : Avant sa mort, Omar Bongo voulait restituer une partie des biens à l’État gabonais © 2026 D.R./Info241

L’info aurait pu passer inapercue mais le témoignage de Dieudonné Minlama Mintogo vient bousculer le débat politique ouvert au Gabon autour de la mémoire d’Omar Bongo Ondimba dans l’affaire dite des « biens mal acquis ». Dans une communication rendue publique le 24 septembre 2026, l’ancien candidat à la présidentielle de 2016 affirme que le défunt chef de l’État avait, avant sa mort en juin 2009, envisagé de laisser prospérer l’enquête française, de faire inventorier les biens qui lui étaient attribués à l’étranger et d’en restituer « une bonne partie » à l’État gabonais. Ce récit intervient cinq jours après les sorties du PDG et d’Ali Bongo Ondimba réclamant le respect de la mémoire de l’ancien président. 

Info241

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Président du parti Ensemble pour la République et ancien candidat à la présidentielle de 2016, Dieudonné Minlama Mintogo présente cette séquence comme sa « part de vérité » sur les premières années du dossier. Il affirme avoir servi d’intermédiaire entre Marc Ona Essangui, alors figure de la société civile, le général Samuel Mbaye, ancien président du Conseil national de sécurité, et Omar Bongo Ondimba. Selon son récit, un rapport issu d’enquêtes de la Préfecture de police de Paris aurait finalement été présenté au chef de l’État. Après en avoir pris connaissance, Omar Bongo aurait déclaré ignorer l’existence de plusieurs biens qui lui étaient attribués. 

Trois décisions attribuées à Omar Bongo

Minlama Mintogo affirme qu’à l’issue de cette audience, trois orientations auraient été arrêtées. La première aurait consisté à assurer la protection de Marc Ona Essangui, la deuxième à laisser la procédure judiciaire suivre son cours et la troisième à créer une commission indépendante chargée d’identifier les biens attribués à Omar Bongo en Europe et ailleurs. Cette commission aurait dû être dirigée par Marc Ona Essangui. « La volonté du Président Omar Bongo Ondimba était claire : restituer une bonne partie de ces biens à l’État gabonais », affirme Dieudonné Minlama Mintogo. 

Affaire des biens mal acquis : Omar BONGO, Samuel MBAYE, Marc ONA ESSANGUI et moi.

Après le déclenchement du dossier sur les biens mal acquis, au regard des menaces qui pesaient sur mon frère Marc ONA ESSANGUI, je m’étais rapproché du Général Samuel MBAYE, Président du Conseil National de Sécurité de l’époque, avec qui j’avais une excellente relation, pour solliciter sa protection.

Au cours de notre entretien, les mots étaient durs, la colère vivace et les perspectives sombres.

Mais après des échanges francs et sincères, le Général prit la décision de suspendre toutes les menaces qui pesait sur Marc ONA et accepta de le rencontrer. 

Au cours de cette rencontre, en dehors des éclairages nécessaires sur le dossier, Marc ONA remit le rapport des enquêtes de la Préfecture de Police de Paris au Général.

Muni, du rapport et des éclairages supplémentaires, le Général m’amena rencontrer le Président pour mieux lui présenter les enjeux du dossier.

Après examen du rapport, le Président Bongo déclara ne pas être au courant de l’existence de plusieurs biens qui lui ont été attribués. 

Au terme de l’audience, trois importantes résolutions sont prises par le Président :

1. Assurer la protection de Marc ONA ESSANGUI ;

2. Laisser la procédure judiciaire prospérer ;

3. Mettre en place une commission indépendante, dirigée par Marc ONA, chargée d’identifier tous ses biens non seulement en Europe mais aussi dans les autres continents.

Pour quelle finalité ?

La volonté du Président Omar Bongo ONDIMBA était claire : restituer une bonne partie de ces biens à l’Etat Gabonais !

Malheureusement, la maladie et la mort n’ont plus permis au père du Gabon moderne de finaliser ce projet.

Voici ma part de vérité !

Dieudonné MINLAMA MINTOGO

Ancien candidat aux élections présidentielles de 2016

Président d’Ensemble pour la République.

Le projet n’aurait jamais été mené à son terme. Selon l’ancien candidat à la présidentielle, la dégradation de l’état de santé d’Omar Bongo puis son décès, le 8 juin 2009 à Barcelone, auraient interrompu le processus. Ce récit ne permet cependant pas de déterminer quels biens Omar Bongo aurait lui-même reconnus comme lui appartenant, ni lesquels auraient éventuellement été concernés par une restitution. 

Un témoignage qui relance le débat sur la mémoire d’Omar Bongo

Cette prise de parole intervient dans un contexte où la mémoire de l’ancien président est devenue l’un des principaux sujets du débat politique autour de l’affaire. Le 19 septembre, le Parti démocratique gabonais, par la voix de sa secrétaire générale Angélique Ngoma, avait dénoncé ce qu’il présentait comme une « attaque frontale contre la personne d’Omar Bongo Ondimba ». Le parti avait également invoqué le rapport traditionnel aux défunts, rappelant que « dans nos traditions, la mort est une transition vers le statut d’ancêtre » et réclamant un « respect absolu » de sa mémoire. Dans le même temps, le PDG reconnaissait le droit de l’État gabonais à rechercher la restitution d’éventuels biens lui appartenant. 

Le même 19 septembre, Ali Bongo Ondimba avait lui aussi pris publiquement la défense de son père. L’ancien président gabonais expliquait ne pas contester le fond de la procédure française, mais les termes employés par la République gabonaise dans ses observations. « Un fils peut accepter que l’on juge l’action politique de son père sans accepter que l’on bafoue sa mémoire », avait-il déclaré. La sortie de Minlama Mintogo introduit donc un élément supplémentaire dans cette controverse en attribuant à Omar Bongo lui-même la volonté de laisser l’enquête suivre son cours et de restituer certains biens à l’État. 

Des membres de la famille Bongo toujours concernés par la procédure

Le débat mémoriel se déroule parallèlement à une procédure judiciaire qui vise plusieurs membres de la famille Bongo. En avril 2025, après environ quinze années d’enquête, la justice française avait clôturé l’instruction : 24 personnes avaient été mises en examen, dont onze membres de la famille Bongo, tandis qu’Ali Bongo Ondimba ne figurait pas parmi les personnes mises en examen. Environ 70 millions d’euros de biens avaient également été saisis au cours de la procédure, selon Le Monde. Ces mises en examen ne constituent pas des déclarations de culpabilité, les personnes concernées bénéficiant de la présomption d’innocence jusqu’à une éventuelle décision définitive. 

Cette dimension patrimoniale explique aussi la volonté de la République gabonaise de maintenir sa présence dans le dossier. L’État gabonais avait commencé à chercher à se constituer partie civile sous la présidence d’Ali Bongo, avant que ce statut ne lui soit reconnu dans la procédure en mars 2023. Le 8 septembre 2026, ses conseils ont transmis de nouvelles observations à la justice française, démarche qui a précisément provoqué les réactions du PDG et de l’ancien chef de l’État. La controverse porte donc autant sur la manière de défendre les intérêts patrimoniaux du Gabon que sur la place à accorder à la mémoire d’Omar Bongo dans ce débat. 

Un récit qui reste à confronter au dossier judiciaire

Le témoignage de Dieudonné Minlama Mintogo ne constitue pas un « aveu » juridiquement établi d’Omar Bongo sur des détournements de fonds publics. Il rapporte plutôt qu’après consultation d’un rapport, l’ancien président aurait accepté la poursuite de l’enquête, souhaité un inventaire indépendant et envisagé une restitution partielle au Gabon. Cette version mérite donc d’être distinguée des faits établis par l’instruction française et des accusations formulées dans le débat politique. Elle apporte néanmoins un élément nouveau sur l’attitude qu’Omar Bongo aurait adoptée face au dossier avant sa disparition. 

À ce stade, la question de l’origine des biens reste du ressort de la justice française, tout comme celle des responsabilités individuelles des personnes mises en cause. Les prises de position du PDG, d’Ali Bongo et désormais de Dieudonné Minlama Mintogo montrent cependant que le dossier dépasse largement le seul terrain judiciaire au Gabon. Il confronte désormais la défense de la mémoire d’un ancien chef de l’État, les droits revendiqués par la République sur certains patrimoines et les intérêts des héritiers ou détenteurs actuels des biens concernés. Les prochaines décisions des juridictions françaises seront déterminantes pour distinguer les éléments définitivement établis des récits politiques et familiaux qui entourent encore cette affaire.

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