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Biens mal acquis des Bongo : Ce que contient la note des avocats du Gabon transmise à la justice française

Biens mal acquis des Bongo : Ce que contient la note des avocats du Gabon transmise à la justice française
Un extrait de cette note diffusée ce mercredi au journal Afrique de TV5Monde © 2026 D.R./Info241

Les avocats de l’État gabonais ont transmis, le mardi 8 septembre, une note de 53 pages au premier vice-président chargé de l’instruction au tribunal judiciaire de Paris, Serge Tournaire, dans le cadre de l’affaire dite des « biens mal acquis ». Ce mémoire, rédigé par Raphaël Gauvain, avocat associé au cabinet Stephenson Harwood, et Vivien Makaga-Péa, répond au réquisitoire définitif rendu le 21 juillet dernier par le Parquet national financier (PNF), organe du ministère public français spécialisé dans les affaires économiques et financières complexes. Le contenu de cette note, révélé par le site Africa Intelligence dont Info241 a obtenu copie, a provoqué de vives réactions tant sur le plan diplomatique que sur la scène politique gabonaise, en raison des personnalités qu’elle concerne.

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Une réponse au réquisitoire du Parquet national financier

L’affaire des biens mal acquis, ouverte à Paris en 2010 à la suite d’une plainte de l’ONG Transparency International, porte sur des soupçons d’acquisition et de détention en France de biens immobiliers financés par des fonds d’origine potentiellement illicite. Après quinze années d’instruction, le juge d’instruction a clos ses investigations, avant que le Parquet national financier ne rende, le 21 juillet, son réquisitoire définitif demandant le renvoi devant le tribunal correctionnel de l’ensemble des 23 personnes physiques et morales visées dans le volet gabonais du dossier.

Le contenu du mémoire 

Thème abordé Contenu du mémoire (résumé)
Position générale sur le réquisitoire Le Gabon affirme apporter son plein soutien aux autorités judiciaires françaises afin que les responsabilités soient établies et que les auteurs soient jugés, et non une simple prise d’acte du réquisitoire.
Sur les charges retenues Le mémoire estime que les éléments recueillis justifient le renvoi devant le tribunal correctionnel des personnes ayant animé ou facilité les circuits financiers, ainsi que des bénéficiaires des acquisitions immobilières.
Sur l’origine des fonds Les sommes en cause seraient, par hypothèse, des fonds publics gabonais provenant du Trésor, de la Paierie du Gabon en France ou d’autres institutions publiques, et appartiendraient donc à la collectivité nationale.
Sur Antoinette Sassou-Nguesso Elle est visée en raison d’un appartement parisien qui lui aurait été offert par Omar Bongo, acquis selon les enquêteurs avec des fonds publics gabonais ; elle est poursuivie pour les mêmes faits que ses deux enfants.
Sur la fortune d’Omar Bongo Le mémoire affirme que l’instruction a établi que l’ancien président a constitué une fortune sans rapport avec ses revenus officiels, provenant selon lui du détournement de la rente pétrolière et des ressources nationales.
Sur les biens déjà saisis Le Gabon demande leur maintien sous contrôle judiciaire jusqu’à une décision définitive sur leur confiscation, leur vente et leur restitution, et se réserve le droit de réclamer d’autres biens liés aux infractions poursuivies.
Sur le maintien de sa constitution de partie civile L’État gabonais justifie son maintien dans la procédure par l’inutilité d’un désistement, qui n’aurait pas arrêté le cours de la justice française.

C’est en réponse à ce réquisitoire que les conseils de la République gabonaise, constituée partie civile dans la procédure, ont déposé leurs observations. Selon l’avocat de l’État gabonais, cette démarche ne constitue « ni une plainte, ni une dénonciation, ni un acte de poursuite », mais une prise de position sur les demandes formulées par le ministère public, dans le cadre strict de la procédure pénale française. Le mémoire expose ainsi la position de l’État sur les demandes du parquet, les arguments avancés par les personnes mises en examen, l’ampleur du préjudice que le Gabon affirme avoir subi, ainsi que le devenir des biens déjà saisis par la justice française.

Le contenu du mémoire gabonais

Dans leur argumentaire, les avocats du Gabon soutiennent globalement la demande du Parquet national financier, en plaidant pour le renvoi devant le tribunal correctionnel de l’ensemble des personnes et sociétés visées par le réquisitoire. Le mémoire n’ajoute aucun nom supplémentaire à la liste des 23 personnes et entités déjà concernées par les demandes du PNF, l’État gabonais assurant ne réclamer le procès de personne en particulier, au-delà du soutien apporté à la position du ministère public.

Parmi les personnalités visées par ces 23 mises en cause figurent notamment Antoinette Sassou-Nguesso, épouse du président congolais Denis Sassou-Nguesso, ainsi qu’Omar-Denis Junior Bongo et Yacine Queenie Bongo, tous deux descendants de l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba. Selon l’avocat du Gabon, le mémoire ne distingue toutefois en rien ces trois personnalités des autres protagonistes du dossier, le traitement réservé par les avocats gabonais étant présenté comme identique pour l’ensemble des personnes concernées par le réquisitoire du parquet.

Une controverse diplomatique et politique

La position adoptée par les avocats gabonais a provoqué un net refroidissement dans les relations entre Brazzaville et Libreville. Le président congolais aurait en effet espéré un désistement du Gabon en tant que partie civile, une manœuvre qui aurait pu fragiliser la procédure visant son épouse. Le maintien, voire le renforcement, de la position gabonaise en soutien au réquisitoire du parquet a donc été perçu à Brazzaville comme un geste inamical, ravivant les tensions entre les deux pays voisins d’Afrique centrale.

Sur le plan intérieur, cette note a également suscité des critiques. Intervenant le 16 septembre sur une chaîne de télévision panafricaine, l’ancien responsable du Parti démocratique gabonais Ali Akbar Onanga Y’Obegue s’est indigné du traitement réservé à la mémoire d’Omar Bongo Ondimba dans les observations transmises par les avocats de l’État. Face à ces critiques, Vivien Makaga-Péa a défendu, dans une tribune publiée quelques jours plus tard, la légitimité de la démarche entreprise, rappelant que « les avocats de l’État gabonais n’ont pas à s’excuser d’avoir défendu leur client ». L’avocat a par ailleurs tenu à rappeler que l’ensemble des personnes visées par le réquisitoire du parquet demeurent présumées innocentes, la décision finale sur un éventuel renvoi devant une juridiction de jugement appartenant désormais au seul juge d’instruction.

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