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Entretien exclusif

Ali Bongo, trois ans après sa chute : « Les gabonais méritent de connaître la vérité »

Ali Bongo, trois ans après sa chute : « Les gabonais méritent de connaître la vérité »
Ali Bongo, trois ans après sa chute : « Les gabonais méritent de connaître la vérité » © 2026 D.R./Info241

Près de trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, Ali Bongo Ondimba sort du silence. Dans cet entretien exclusif accordé à Info241, l’ancien président gabonais revient sur les événements qui ont mis fin à ses quatorze années au pouvoir et répond aux accusations portées contre sa famille. Il évoque sa relation avec Brice Clotaire Oligui Nguema, les conséquences de son AVC de 2018, le rôle de Sylvia et Noureddin Bongo, les violences postélectorales de 2016 ainsi que son propre bilan. Depuis l’étranger, il annonce qu’il ne participera plus à aucune élection, tout en affirmant vouloir préparer une nouvelle génération politique avant de se retirer. Ali Bongo dit enfin attendre le moment où les conditions de sécurité et de droit lui permettront de rentrer au Gabon.

Info241

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Trois années de silence

Info241 – Pourquoi vous adressez-vous directement au peuple gabonais ?

Ali Bongo Ondimba – Je souhaite m’adresser à ceux qui comptent : le peuple gabonais. Au cours des trois dernières années, on a beaucoup parlé et écrit à mon sujet, au sujet de ma famille et de nos années au service du Gabon. Pendant longtemps, j’ai choisi de garder le silence. Mais les gens méritent de connaître la vérité.

Ali Bongo toujours debout

Le 30 août 2023 et la rupture avec Oligui Nguema

Info241 – Comment avez-vous vécu la journée du 30 août 2023 ?

Ali Bongo Ondimba – Mes premières pensées sont allées à ma famille et au pays. J’ai appelé au calme, comme vous vous en souvenez sans doute. Alors que ceux qui avaient juré de me protéger avaient choisi une autre voie, je ne voulais pas qu’une seule goutte de sang gabonais soit versée pour moi.

« Alors que ceux qui avaient juré de me protéger avaient choisi une autre voie, je ne voulais pas qu’une seule goutte de sang gabonais soit versée pour moi. »

Info241 – Qui était Oligui Nguema pour vous ? Quelle était votre relation avec lui et avez-vous été surpris ?

Ali Bongo Ondimba – Il a servi mon père avant moi, puis il m’a servi à mon tour. Naturellement, j’avais confiance en lui et en son uniforme. Compte tenu de ces antécédents de service, qui n’aurait pas été surpris par les événements qui se sont déroulés ? Cependant, je n’ai jamais été du genre à prendre les choses personnellement. Ses actes parlent d’eux-mêmes. L’histoire et le peuple gabonais les jugeront.

L’ancien président gabonais

L’AVC de 2018 et l’exercice du pouvoir

Info241 – Après votre AVC de 2018, avez-vous réellement continué à gouverner ?

Ali Bongo Ondimba – J’étais président de la République et j’ai continué à exercer mes fonctions. Je n’ai jamais caché ma maladie au peuple gabonais. Les Gabonais m’ont vu me battre pour me remettre sur pied.

Les décisions présidentielles sont restées les miennes à tout moment. Elles n’étaient ni celles de ma femme ni celles de mon fils, mais les miennes. Ceux qui prétendent que je ne gouvernais pas confondent les rumeurs et la réalité. J’étais passionné par la direction du pays. N’oubliez pas qu’il a fallu des chars de l’armée pour me destituer.

« Les décisions présidentielles sont restées les miennes à tout moment. Elles n’étaient ni celles de ma femme ni celles de mon fils, mais les miennes. »

Sylvia et Noureddin Bongo

Info241 – Quel rôle Sylvia et Noureddin ont-ils réellement joué ?

Ali Bongo Ondimba – Mon épouse n’occupait aucune fonction publique. Elle se consacrait à sa fondation, à l’éducation, à la santé, aux familles, à l’égalité et à la lutte contre les violences faites aux femmes. Son action dans ces domaines est bien connue.

Noureddin s’acquittait des fonctions officielles pour lesquelles il avait été nommé, dans le respect des règles et sous mon autorité. Il n’était pas un « deuxième président », comme certains le prétendent.

Info241 – Que répondez-vous à ceux qui les présentent comme responsables d’abus de pouvoir ?

Ali Bongo Ondimba – Il me semble évident que certains tentent de réécrire l’histoire et de m’attaquer en s’en prenant à ma famille. Ce sont ces mêmes personnes qui ont privé mon épouse et mon fils de leur liberté, les ont jugés par contumace et ont refusé à leurs avocats la possibilité de contre-interroger les témoins. Elles critiquent mon bilan tout en l’attribuant simultanément à d’autres.

Certaines affaires sont actuellement devant les tribunaux et font l’objet de procédures judiciaires. C’est là que la vérité devra être établie, et non par le biais de communiqués de presse ou de manipulations médiatiques.

Info241 – Selon vous, quels abus votre famille a-t-elle subis ?

Ali Bongo Ondimba – Les souffrances de ma famille ont été documentées en détail dans le cadre des procédures judiciaires en cours. Je suis convaincu que celles-ci aboutiront à une issue juste. Je laisserai aux avocats le soin de s’exprimer devant les juridictions compétentes.

Info241 – En tant que mari et père, quel a été le moment le plus douloureux ?

Ali Bongo Ondimba – Le moment le plus douloureux a été de réaliser que je ne pouvais rien faire pour protéger ceux que j’aimais. L’instinct naturel et le premier devoir d’un mari et d’un père sont de protéger. Mais j’étais détenu séparément et je ne pouvais rien faire.

Les nuits étaient longues, sachant que les deux personnes que j’aime le plus étaient enfermées à quelques centaines de mètres de moi, sans que je puisse intervenir. Le jour où j’ai retrouvé ma femme, j’ai pu constater ce que ces vingt mois de captivité lui avaient fait subir. Aucune famille ne devrait jamais avoir à vivre cela. Certaines souffrances ne peuvent être exprimées par des mots ; il faut simplement les supporter.

Quatorze années de pouvoir : bilan et regrets

Info241 – Quelles sont vos principales sources de fierté et vos plus grands regrets après quatorze années au pouvoir ?

Ali Bongo Ondimba – Je ne suis pas enclin à la nostalgie ni aux gesticulations, mais je reste fier de notre bilan au gouvernement. Nous avons réalisé d’importants investissements pour moderniser les infrastructures du Gabon, protégé nos forêts, valorisé la biodiversité et lutté contre les inégalités entre les sexes.

Aurions-nous pu faire davantage ? Il existait certains problèmes systémiques dont j’avais moi-même hérité et qui auraient dû être traités plus rapidement. Nous n’avons pas toujours choisi les bonnes personnes, comme l’ont clairement montré les événements qui ont suivi.

« Aurions-nous pu faire davantage ? Certains problèmes systémiques auraient dû être traités plus rapidement. Nous n’avons pas toujours choisi les bonnes personnes. »

Info241 – Certains parlent de modernisation, d’autres d’échec. Comprenez-vous ces critiques ?

Ali Bongo Ondimba – Un président qui ne comprend pas la critique n’a rien compris à son rôle. Certains Gabonais attendaient davantage de moi que ce que j’ai pu leur apporter, et leur déception mérite d’être respectée plutôt que niée. Ce que je demande en retour, c’est une évaluation honnête.

Trois ans plus tard, certains problèmes dont on m’a tenu pour responsable, notamment la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes et l’endettement public, restent des défis et se sont, dans certains cas, aggravés. Peut-être relevaient-ils moins de la responsabilité d’une seule personne que de celle d’un pays tout entier en quête de transformation. C’est là le défi qui importe le plus, quelle que soit la personne qui le mène.

« Trois ans plus tard, certains problèmes dont on m’a tenu pour responsable, notamment la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes et l’endettement public, restent des défis et se sont, dans certains cas, aggravés. »

Les violences postélectorales de 2016

Info241 – Des violences et des morts ont marqué le mois d’août 2016. Quelle est votre version des faits et auriez-vous agi différemment ?

Ali Bongo Ondimba – Des citoyens gabonais ont perdu la vie en 2016 et, dix ans plus tard, ma douleur reste intacte. Avant tout, je tiens à réitérer mes condoléances aux familles.

Une contestation électorale a dégénéré, des bâtiments publics ont été attaqués, l’Assemblée nationale a été incendiée et l’État a réagi. La proportionnalité de cette réponse fait encore débat. Si les chiffres avancés concernant le nombre de morts varient, il n’en demeure pas moins que chaque vie perdue était une vie de trop. Cela ne peut être contesté.

Avec le recul, j’aurais souhaité davantage de dialogue pour éviter cette escalade. Je ne réécrirai pas l’histoire. Je peux seulement dire qu’aucun pouvoir ne vaut une vie gabonaise. Je le croyais alors et je le crois encore davantage aujourd’hui, après avoir vu la force s’imposer là où la loi aurait dû suffire.

« Des citoyens gabonais ont perdu la vie en 2016 et, dix ans plus tard, ma douleur reste intacte. Avant tout, je tiens à réitérer mes condoléances aux familles. »

Le pouvoir, la loyauté et la nature humaine

Info241 – Qu’avez-vous appris sur le pouvoir, la loyauté et la nature humaine ?

Ali Bongo Ondimba – Le pouvoir révèle la vraie nature d’une personne. J’ai découvert qui étaient réellement ceux qui m’entouraient, et les loyautés qui ont perduré m’ont profondément ému.

J’ai appris que l’on pouvait tout perdre — son poste, la liberté de ses proches, sa santé — sans perdre ce qui compte le plus : la certitude d’avoir servi et l’amour de son pays. J’ai également appris la patience. La vérité est lente, mais elle est tenace. Elle finit toujours par venir, souvent tardivement, mais elle ne fait jamais défaut.

« Je ne me présenterai plus à des élections »

Info241 – Avez-vous encore un rôle politique à jouer ?

Ali Bongo Ondimba – Je ne me présenterai plus à des élections. Ce chapitre de ma vie est clos. Mais le service ne s’arrête pas avec les mandats électifs.

Je préside le PDG et ma mission est de passer le flambeau, puis de préparer une nouvelle génération afin qu’il existe une alternative pour le peuple gabonais, s’il le souhaite. Ensuite, mon intention est de m’effacer pour lui laisser la place. C’est ainsi que l’on sert lorsque l’on a déjà occupé toutes les fonctions.

« Mon intention est de m’effacer pour laisser la place à une nouvelle génération. C’est ainsi que l’on sert lorsque l’on a déjà occupé toutes les fonctions. »

Info241 – Quelle est votre situation aujourd’hui ?

Ali Bongo Ondimba – Je vis hors de mon pays pour des raisons que tout le monde connaît. Je n’ai jamais servi le Gabon dans le but d’en tirer des avantages, et je ne vais certainement pas commencer à en parler maintenant. Il existe dans mon pays des familles qui ont du mal à joindre les deux bouts. Ce sont elles qui ont besoin que l’on s’occupe d’elles, pas moi.

Une éventuelle collaboration avec Oligui Nguema

Info241 – Travailleriez-vous avec Oligui Nguema s’il vous le proposait ?

Ali Bongo Ondimba – La bonne question n’est pas de savoir avec qui je travaillerais, mais dans quel genre de Gabon nous pourrions travailler. Un pays où la justice est bafouée, où un ancien Premier ministre est maintenu en prison pendant des mois pour une dette datant de dix-huit ans, n’offre à personne les conditions nécessaires pour servir en toute sérénité.

Si nous adoptons véritablement l’État de droit, alors tous les Gabonais de bonne volonté pourront répondre à l’appel du service. Moi y compris.

« Un pays où la justice est bafouée, où un ancien Premier ministre est maintenu en prison pendant des mois pour une dette datant de dix-huit ans, n’offre à personne les conditions nécessaires pour servir en toute sérénité. »

Le retour au Gabon

Info241 – Retournerez-vous un jour au Gabon ?

Ali Bongo Ondimba – C’est ce que je souhaite plus que tout. Le Gabon est ma patrie et je ne peux m’en séparer. J’y retournerai lorsque les conditions de droit et de sécurité le permettront, pour moi-même et pour ma famille.

Ce jour-là, j’y retournerai tel que je suis parti : en tant que Gabonais qui aime son pays plus que tout ce qu’il lui a coûté.

Info241 – Comment aimeriez-vous que l’histoire se souvienne de vous ?

Ali Bongo Ondimba – Comme un homme qui a servi sincèrement. Comme le président qui a refusé que l’on verse du sang pour préserver son pouvoir. Comme un mari et un père qui, dans les moments d’épreuve, n’a renié ni sa famille ni son pays.

Info241 – Quel est votre mot de la fin ?

Ali Bongo Ondimba – Aux femmes et aux hommes du Gabon : gardez foi en notre pays et gardez l’espoir vivant. Le Gabon a traversé de nombreuses épreuves. Il s’est toujours relevé grâce à l’unité de ses filles et de ses fils, jamais grâce à leur division.

Le Gabon est plus grand que n’importe lequel d’entre nous. Il était là avant nous et il restera après nous. Que Dieu bénisse le Gabon.

Propos recueillis par Jocksy Andrew Ondo-Louemba

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