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Ali Bongo pour les 66 ans d’indépendance du pays : « Le Gabon nous dépasse tous »

Ali Bongo pour les 66 ans d’indépendance du pays : « Le Gabon nous dépasse tous »
Ali Bongo pour les 66 ans d’indépendance du pays : « Le Gabon nous dépasse tous » © 2026 D.R./Info241

À l’occasion du 66 anniversaire de l’indépendance du Gabon, Ali Bongo Ondimba a choisi de parler aux Gabonais. Depuis une position qu’il reconnaît lui-même comme « différente », l’ancien président livre un message qui mêle souvenirs, inquiétudes, espoir et avenir. Il revient sur les critiques dont il fait l’objet, défend le droit de chacun à garder sa propre mémoire de ses années au pouvoir, s’adresse longuement à la jeunesse et annonce qu’il ne sollicitera plus de mandat électif. Mais derrière cette volonté affichée d’apaisement, Ali Bongo entend aussi continuer à jouer un rôle dans la vie politique gabonaise à travers le Parti démocratique gabonais.

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Ce 17 août 2026 n’est évidemment pas un 17 août comme les autres pour Ali Bongo Ondimba. Pendant quatorze ans, son message de fête de l’Indépendance était celui du président de la République. Cette fois, il parle aux Gabonais depuis une autre place. Il le reconnaît lui-même dès les premières lignes de son message : « Cette année, je m’adresse à vous d’une place différente de celle depuis laquelle je l’ai fait pendant de nombreuses années. » Une phrase qui dit beaucoup de sa situation actuelle, sans pour autant s’y attarder. Car Ali Bongo veut surtout rappeler que, malgré les fonctions qui passent, « l’attachement à son pays demeure ». Et pour lui, le 17 août doit d’abord rester le moment où les Gabonais se retrouvent autour de leur histoire commune.

Depuis 1960, écrit-il, cette date appartient à tous les Gabonais. Elle rappelle le chemin parcouru par ceux qui ont précédé les générations actuelles et cette promesse d’un peuple « libre, maître de son destin, uni autour d’une même patrie ». Le choix des mots est important. Dans un contexte où la vie politique gabonaise reste marquée par les ruptures et les affrontements, l’ancien président choisit de replacer la fête nationale au-dessus des querelles politiques. Il parle de la nation avant de parler de son propre destin. C’est probablement ce qui donne à son message son ton particulier.

« J’entends tout, je vois tout »

Ali Bongo ne fait cependant pas semblant de ne pas savoir ce qui se dit sur lui. Il sait que son nom continue de provoquer des réactions, que son bilan est discuté et que son départ du pouvoir reste au cœur des débats politiques. « J’entends tout, je vois tout », écrit-il. Il évoque « les silences », « les omissions » et tout ce qui « se dit ou s’écrit » à son endroit. Mais il affirme avoir décidé de ne pas répondre à tout.

Le choix est assez clair. Ali Bongo aurait pu profiter de ce 17 août pour régler des comptes, répondre à ses adversaires ou revenir longuement sur les événements qui ont mis fin à sa présidence. Il ne le fait pas. Il dit avoir choisi, « en conscience et dans l’intérêt supérieur du Gabon », de ne pas donner davantage de place aux polémiques. Son souhait, écrit-il, est désormais que « notre pays avance, Inch’Allah ». Derrière cette formule, il y a la volonté de montrer qu’il ne souhaite pas entrer dans une bataille permanente avec ceux qui contestent son action ou son héritage.

Des Gabonais inquiets, mais un pays qui doit garder espoir

L’ancien président consacre une partie importante de son message à ce que vivent les Gabonais. Il dit savoir que de nombreuses familles traversent des moments difficiles et que les interrogations sont nombreuses. « Je sais les interrogations, les difficultés et parfois les inquiétudes qui traversent aujourd’hui de nombreuses familles gabonaises », écrit-il. Il dit aussi recevoir des messages de ses compatriotes, certains remplis d’affection, d’autres portant des attentes. « Je les entends. Ils me touchent et m’obligent », ajoute-t-il.

Cette partie du message est sans doute l’une des plus personnelles. Ali Bongo ne parle plus au nom d’un gouvernement et ne promet pas de nouvelles politiques publiques. Il parle simplement à des Gabonais dont il dit entendre les préoccupations. Puis il leur demande de ne pas perdre confiance : « Gardez confiance en notre pays. Gardez espoir. » L’ancien président reconnaît que le Gabon a connu des épreuves et qu’il en connaîtra probablement encore, mais il refuse de céder au pessimisme. Il rappelle que le pays dispose de femmes et d’hommes, d’une jeunesse, de compétences et de ressources capables, selon lui, de construire son avenir.

Une mémoire que l’ancien président veut préserver

C’est lorsqu’il parle de son propre bilan que le message devient plus personnel encore. Ali Bongo sait que les années pendant lesquelles il a dirigé le Gabon sont aujourd’hui regardées avec des yeux différents selon les personnes. Certains retiennent les réalisations de cette période, d’autres les difficultés, les frustrations ou les controverses. Il ne cherche pas à nier cette diversité de points de vue. Mais il demande que ceux qui gardent un souvenir positif de son action puissent aussi l’exprimer.

« Vous n’avez pas à en avoir honte », écrit-il à ceux qui témoignent de leur reconnaissance. Et de préciser : « reconnaître ce qui a été accompli n’est ni une nostalgie ni une posture, c’est un droit de mémoire ». Cette phrase n’est pas anodine. Elle montre qu’au-delà de la fête nationale, Ali Bongo pense aussi à la manière dont son passage au pouvoir sera retenu. Il ne demande pas que tout le monde approuve son bilan. Il demande simplement qu’il puisse être regardé dans toute sa complexité et que ceux qui en retiennent des éléments positifs ne soient pas systématiquement renvoyés à la nostalgie.

« N’ayez jamais peur de l’avenir »

À la jeunesse gabonaise, Ali Bongo adresse un message particulier. « N’ayez jamais peur de l’avenir », lui dit-il. Il lui demande de se former, de s’engager, de débattre, de proposer et surtout de prendre sa place. « Formez-vous, engagez-vous, débattez, proposez, construisez », écrit-il. Il ne parle donc pas uniquement d’une jeunesse spectatrice des changements politiques. Il l’appelle à devenir actrice de ce que sera le Gabon demain.

Le passage est intéressant parce qu’il rejoint l’un des autres thèmes forts de son message : la transmission. Ali Bongo sait qu’une nouvelle génération devra prendre les commandes du pays. « Le Gabon de demain sera d’abord celui que vous aurez le courage d’imaginer et la volonté de bâtir », écrit-il. Après avoir exercé le pouvoir pendant de longues années, l’ancien président semble désormais vouloir se présenter autrement, davantage comme un homme qui transmet une expérience que comme un homme qui cherche encore à diriger.

Ali Bongo ne veut plus de mandat électif

L’annonce est claire et ne laisse guère de place à l’interprétation : Ali Bongo ne sollicitera plus de mandat électif. « Je ne solliciterai plus de mandat électif », affirme-t-il dans son message. Après avoir été président de la République pendant quatorze ans, il renonce donc à l’idée de revenir chercher directement les suffrages des Gabonais pour exercer une fonction élective.

Mais il ne présente pas cette décision comme un retrait complet de la vie publique. « Renoncer à exercer le pouvoir ne signifie ni renoncer à ses convictions, ni cesser de transmettre l’expérience acquise, ni devenir indifférent au destin de son pays », écrit-il. La nuance est importante. Ali Bongo ne dit pas qu’il se retire de la politique. Il dit qu’il veut désormais servir autrement. Son rôle ne serait plus celui d’un candidat ou d’un dirigeant, mais celui d’un homme qui conseille, transmet et accompagne.

 « Une nouvelle génération de femmes et d’hommes capables de servir le Gabon »

Cette nouvelle étape passe naturellement par le Parti démocratique gabonais, dont Ali Bongo reste le président. Dans son message, il annonce vouloir consacrer son énergie à la reconstruction du parti, mais aussi à la préparation d’une nouvelle génération de responsables. « Transmettre, conseiller » et préparer « une nouvelle génération de femmes et d’hommes capables de servir le Gabon » : voilà le nouveau rôle qu’il revendique.

Mais Ali Bongo ne se contente pas de défendre le PDG. Il reconnaît que le parti doit évoluer. Il appelle à le « renouveler profondément », à écouter les Gabonais et à « apprendre de son propre parcours ». Ce passage est particulièrement important pour une formation qui a été au pouvoir pendant plusieurs décennies. Le PDG doit désormais apprendre à vivre dans un autre environnement politique. Ali Bongo lui demande d’assumer cette nouvelle réalité et de contribuer à l’existence d’une « opposition responsable » et d’une « alternative crédible » pour le pays.

Le message ressemble donc aussi à une feuille de route pour le parti. Il ne s’agit plus simplement de conserver une organisation et ses habitudes. Il faut, selon Ali Bongo, la reconstruire, la renouveler et surtout la reconnecter avec les Gabonais. « Cette histoire lui impose aujourd’hui un devoir nouveau », écrit-il. Une manière de reconnaître que le PDG ne peut pas rester figé dans le passé.

 « Le Gabon a traversé des épreuves ; il s’est toujours relevé »

Mais au fond, Ali Bongo revient toujours au même sujet : le Gabon. Son message n’est pas uniquement consacré à son bilan ou au devenir du PDG. Il insiste à plusieurs reprises sur l’unité du pays. En citant La Concorde, il appelle les Gabonais à rester « unis dans la concorde et la fraternité ». Son message est simple : les désaccords politiques peuvent exister, mais ils ne doivent pas finir par faire oublier ce qui rassemble.

« Le Gabon a traversé des épreuves ; il s’est toujours relevé par l’union de ses filles et de ses fils, jamais par leur division », écrit-il. C’est probablement le cœur de son message pour cette fête de l’Indépendance. Après les tensions et les changements politiques que le pays a connus, l’ancien président choisit de parler de fraternité plutôt que de confrontation.

Et c’est là que revient la phrase qui donne son titre à son message : « Le Gabon nous dépasse tous. » Ali Bongo rappelle que le pays était là avant les hommes politiques et qu’il restera après eux. Une manière de dire que les fonctions, les mandats et les carrières politiques ne sont que des moments dans une histoire beaucoup plus longue.

« Opposition responsable »

Au fond, ce message du 17 août ressemble à une transition. Ali Bongo ne parle plus comme un homme qui cherche à récupérer le pouvoir. Il annonce même qu’il ne sera plus candidat. Mais il ne veut pas non plus disparaître de la vie publique. Il choisit une autre voie : celle de la transmission, de la mémoire et de la reconstruction de son parti.

La question est désormais de savoir ce que cette nouvelle posture produira. Les Gabonais suivront-ils Ali Bongo dans cette volonté de tourner la page sans effacer le passé ? Le PDG acceptera-t-il réellement de se remettre en question et de devenir cette « opposition responsable » qu’il appelle de ses vœux ? Et surtout, une nouvelle génération acceptera-t-elle de recevoir l’expérience politique d’un ancien président dont le bilan continue de diviser ?

Pour l’instant, Ali Bongo ne donne pas toutes les réponses. Il choisit plutôt de s’adresser aux Gabonais en ce jour particulier et de leur demander de regarder plus loin que les querelles du moment. Il leur demande de garder confiance, de ne pas avoir peur de l’avenir et de penser à ceux qui viendront après eux. Sa dernière formule résume cette volonté : « Notre responsabilité est de le transmettre plus fort, plus juste et plus uni à ceux qui viendront après nous. »

Ce 17 août 2026, Ali Bongo aura donc choisi de parler moins de pouvoir que de pays. Il aura parlé de son passé sans chercher à refaire le match, de son avenir sans annoncer de retour aux affaires et du PDG sans lui promettre un retour automatique au pouvoir. Surtout, il aura voulu laisser un message aux Gabonais : malgré les désaccords, malgré les blessures politiques et malgré les changements de régime, il reste quelque chose qui doit être plus grand que les hommes.

 « Il était là avant nous et il demeurera après nous »,

« Il était là avant nous et il demeurera après nous », écrit Ali Bongo à propos du Gabon. C’est peut-être, finalement, la manière la plus simple de comprendre son message du 17 août : les hommes passent, les pouvoirs changent, les partis évoluent, mais le pays reste. Et pour l’ancien président, son histoire avec le Gabon n’est manifestement pas terminée.

Elle change simplement de forme.

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