Affaire Freddy Koula : La Cour de cassation appelée à sauver la dépénalisation du délit de presse au Gabon
Alors que la justice gabonaise doit examiner cette semaine la demande de suspension du mandat d’arrêt visant Freddy Koula, l’affaire opposant le journaliste sportif et patron de club au président de la Fégafoot, Pierre Alain Mounguengui, prend une nouvelle dimension. Dans une tribune publiée ce vendredi 3 juillet, le Dr Istovant Nkoghe, leader politique de l’Alliance démocratique et solidaire (ADS), vole au secours du journaliste condamné en appel. Pour l’auteur, le dossier dépasse désormais la seule personne de Freddy Koula. Il mettrait directement à l’épreuve la crédibilité de la Cour de cassation et la réalité de la dépénalisation des délits de presse au Gabon.
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Au cœur de cette affaire, les propos tenus en février 2025 par Freddy Koula sur le plateau de l’émission Grand Sport, diffusée sur Gabon 1ère. Invité en qualité de consultant-journaliste, il avait vivement critiqué la gouvernance de la Fédération gabonaise de football, allant jusqu’à qualifier Pierre Alain Mounguengui de « piètre dirigeant sportif » et de « minable arbitre ». Des mots durs, reconnaît l’auteur de la tribune, mais qui relèveraient selon lui de la critique journalistique d’un responsable d’institution à vocation publique. Pour Istovant Nkoghe, la sévérité d’une appréciation ne suffit pas à transformer un commentaire sportif en affaire pénale.
Une condamnation jugée problématique
Initialement poursuivi pour diffamation, Freddy Koula a vu les faits requalifiés en injure publique par le tribunal. En appel, le 30 juin 2026, sa peine a été aggravée à 6 mois d’emprisonnement, dont 3 mois ferme, assortis de 200 000 FCFA d’amende et de 2 millions de FCFA de dommages-intérêts. La condamnation a été prononcée sur le fondement de l’article 286 du Code pénal gabonais. C’est précisément ce point que la tribune conteste frontalement.
La tribune de l’acteur politique et magistrat
Selon Istovant Nkoghe, le droit applicable serait pourtant clair depuis l’ordonnance du 23 février 2018, complétant la loi du 9 août 2016 portant Code de la communication. Il rappelle l’article 199 bis, selon lequel « les sanctions applicables aux infractions commises par voie de presse ne peuvent être d’ordre pénal ». Pour lui, cette disposition constitue une norme spéciale qui prime sur le Code pénal dès lors que les faits reprochés relèvent de l’activité journalistique. En d’autres termes, si Freddy Koula s’exprimait bien comme journaliste sur un plateau de télévision, la voie pénale n’aurait pas dû être retenue.
Le statut de journaliste au centre du débat
La tribune insiste longuement sur la qualité professionnelle de Freddy Koula. L’auteur rappelle que celui-ci revendique plus de douze années de carrière dans le journalisme sportif, avec des collaborations ou passages par Canal+, TV5 Monde, New World TV, Gabon 24 ou encore RFI. Il mentionne également la carte de presse délivrée par le ministère gabonais de la Communication, la carte de l’Association internationale de la presse sportive et une attestation de consultant-journaliste pour Radio France Internationale. Pour Istovant Nkoghe, ces éléments rendraient difficilement contestable la qualité de journaliste du mis en cause.
Le journaliste risque 3 mois de prison ferme
L’auteur rejette aussi l’argument selon lequel la présidence d’un club de football pourrait effacer ce statut. À ses yeux, le fait qu’un journaliste exerce parallèlement des responsabilités sportives ne le prive pas automatiquement de sa qualité professionnelle lorsqu’il intervient dans un cadre médiatique. Ce qui compte, insiste-t-il, c’est le contexte de l’expression. Or, dans cette affaire, Freddy Koula était invité sur un plateau de télévision pour commenter l’actualité du football gabonais. La tribune en déduit que le dossier aurait dû relever de la Haute Autorité de la communication, et non de la juridiction correctionnelle.
La Cour de cassation face à un test institutionnel
Un autre point soulevé par la tribune concerne l’aggravation de la peine en appel. Istovant Nkoghe estime que si seul Freddy Koula avait interjeté appel, sans appel incident du ministère public ou de la partie civile, la Cour d’appel ne pouvait pas aggraver sa situation. Il invoque à ce sujet le principe de l’interdiction de la reformatio in pejus, qui empêche un juge d’appel de rendre la situation de l’appelant plus défavorable lorsque lui seul a exercé le recours. Selon lui, cette aggravation pourrait constituer un motif autonome de cassation.
La formule la plus mordante de la tribune vise directement la Haute juridiction. « La Cour de cassation gabonaise joue une énième fois sa crédibilité », écrit l’auteur, allant jusqu’à se demander si elle deviendra « notre nouvelle tour de Pise ». Derrière cette image, il suggère que la décision attendue dira si l’édifice judiciaire tient droit ou s’incline sous le poids des contradictions. La réponse de la Cour ne concernera donc pas seulement Freddy Koula, mais l’ensemble des journalistes gabonais appelés à critiquer des responsables publics ou parapublics.
Une affaire devenue symbole de la liberté de la presse
Pour Istovant Nkoghe, confirmer la peine de prison ferme reviendrait à vider la dépénalisation du délit de presse de sa substance. Il estime qu’un tel arrêt enverrait un signal inquiétant à la profession : la presse pourrait être libre en théorie, mais exposée à la prison dès qu’elle touche à des personnalités influentes. La tribune cite d’ailleurs une formule forte : « La presse est la sentinelle de la liberté. Lui imposer le silence au nom de l’honneur blessé du puissant, c’est éteindre la lampe au moment où l’obscurité est la plus grande ». Le ton est donné : le dossier est présenté comme une affaire de principe.
L’auteur replace enfin cette bataille judiciaire dans le contexte de l’amélioration du classement du Gabon en matière de liberté de la presse. Selon lui, le pays a progressé de la 121e à la 41e place au classement mondial établi par Reporters sans frontières, une évolution qu’il attribue à des engagements institutionnels et au travail de journalistes gabonais. Une condamnation à de la prison ferme pour des propos tenus dans l’exercice d’une activité journalistique risquerait, selon lui, de brouiller ce signal. La Cour de cassation est donc attendue sur un terrain sensible : dire si la dépénalisation de 2018 protège réellement les journalistes, ou si elle reste un principe fragile dès qu’un puissant se dit offensé.
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