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30 août 2023 : Le jour où l’armée gabonaise a débranché la famille Bongo du pouvoir

30 août 2023 : Le jour où l’armée gabonaise a débranché la famille Bongo du pouvoir
30 août 2023 : Le jour où l’armée gabonaise a débranché la famille Bongo du pouvoir © 2026 D.R./Info241

En quelques minutes, aux premières heures du 30 août 2023, 56 années de règne familial se sont effondrées au Gabon. Des officiers réunis au sein du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) ont annulé les résultats de l’élection présidentielle, dissous les institutions et placé Ali Bongo Ondimba en résidence surveillée. À leur tête se trouvait le général Brice Clotaire Oligui Nguema, commandant de la garde républicaine, cette unité d’élite chargée de protéger le président et devenue, ce matin-là, le principal instrument de sa chute.

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Le renversement est intervenu quelques instants après la proclamation nocturne de la victoire d’Ali Bongo. Le Centre gabonais des élections lui attribuait 64,27 % des suffrages, contre 30,77 % à Albert Ondo Ossa, candidat consensuel de la principale plateforme de l’opposition. Les militaires ont déclaré que le scrutin ne réunissait pas les conditions d’une élection transparente et crédible, avant d’annoncer la fermeture des frontières et la fin des institutions du régime.

56 années de pouvoir familial

La domination de la famille Bongo avait commencé le 2 décembre 1967 avec l’arrivée d’Albert-Bernard Bongo, devenu plus tard Omar Bongo Ondimba, à la tête du Gabon. Dès mars 1968, le nouveau président avait instauré le parti unique autour du Parti démocratique gabonais (PDG). Pendant plus de deux décennies, l’appareil d’État, l’administration, le Parlement et la vie politique avaient été organisés autour d’un pouvoir présidentiel quasiment sans partage.

Ali Bongo et sa famille 

Le multipartisme avait été rétabli en 1990 sous la pression de la rue et de la Conférence nationale. Mais le PDG avait conservé une emprise considérable sur les institutions, les administrations locales, les ressources publiques et les réseaux économiques. Omar Bongo est ainsi demeuré au pouvoir jusqu’à sa mort, en juin 2009, avant que son fils Ali Bongo ne lui succède à l’issue d’une présidentielle vivement contestée.

Des élections sous le soupçon permanent

L’élection de 2009 avait déjà provoqué des violences meurtrières, notamment à Port-Gentil. Sept ans plus tard, Ali Bongo avait été déclaré vainqueur face à Jean Ping avec une avance extrêmement réduite. La mission d’observation électorale de l’Union européenne avait ensuite relevé de graves anomalies dans les résultats du Haut-Ogooué.

Les chiffres officiels accordaient 95,46 % des voix à Ali Bongo dans cette province, avec un taux de participation proche de 99,9 %, alors qu’il tournait autour de 48 % dans plusieurs autres régions. La contestation avait conduit à l’incendie de l’Assemblée nationale, à l’assaut du quartier général de Jean Ping et à l’arrestation de plus d’un millier de personnes. Les autorités avaient reconnu plusieurs morts, tandis que l’opposition évoquait un bilan plus lourd.

En 2023, le scrutin de trop

L’élection du 26 août 2023 s’était déroulée dans un contexte tout aussi verrouillé. L’accès à internet avait été interrompu, un couvre-feu imposé et la couverture du vote fortement limitée. L’opposition avait dénoncé des fraudes et revendiqué la victoire d’Albert Ondo Ossa, sans disposer des moyens institutionnels nécessaires pour faire contrôler les résultats de manière indépendante.

Il serait juridiquement imprudent d’affirmer que tous les scrutins organisés sous les Bongo ont été définitivement reconnus comme truqués par une juridiction. Mais la répétition des contestations, les anomalies documentées, l’opacité du dépouillement et le contrôle exercé sur les institutions avaient détruit la confiance d’une partie importante de la population dans le système électoral gabonais. La proclamation d’un troisième mandat pour Ali Bongo a finalement servi de détonateur.

Opposants emprisonnés et libertés sous pression

Cette longévité politique ne reposait pas uniquement sur les urnes. Sous Ali Bongo, plusieurs rapports ont décrit un système associant clientélisme, contrôle institutionnel et répression des voix dissidentes. Bertrand Zibi Abeghe, ancien député passé dans l’opposition, avait notamment été arrêté durant la crise postélectorale de 2016, avant de passer six années en prison et d’être libéré en septembre 2022.

Le syndicaliste Jean-Rémy Yama avait, lui aussi, été placé en détention provisoire en mars 2022 dans une affaire d’abus de confiance. La Fédération internationale pour les droits humains avait dénoncé une détention arbitraire et un harcèlement judiciaire visant une figure critique du régime. Plusieurs militants arrêtés après les manifestations de 2016 et 2017 étaient également restés détenus pendant de longues périodes.

Un pouvoir qui semblait impossible à renverser

Les coupures d’internet, les restrictions imposées aux médias et l’usage des forces de sécurité pendant les périodes électorales complétaient ce dispositif. La famille Bongo disposait de la présidence, du PDG, d’une majorité parlementaire, d’une administration largement acquise et d’institutions longtemps jugées favorables. Sur le papier, tout semblait réuni pour lui permettre de se maintenir encore plusieurs années.

Le régime possédait surtout un appareil sécuritaire conçu pour protéger le sommet de l’État contre les mouvements populaires et les tentatives de renversement. Pourtant, c’est précisément dans ce dispositif présenté comme inexpugnable que la rupture s’est produite. Le danger n’est pas venu de la rue, d’un parti d’opposition ou d’une puissance étrangère, mais du cœur militaire de la présidence.

Quand le bouclier du régime devient son bourreau

Il convient toutefois d’apporter une précision historique. L’armée gabonaise dans son ensemble n’a pas été créée par la famille Bongo. La garde républicaine, qui a joué le rôle décisif le 30 août 2023, avait elle-même été fondée en 1964, avant l’arrivée d’Omar Bongo au pouvoir, à la suite du coup d’État manqué contre Léon Mba.

Sous Omar puis Ali Bongo, cette unité avait néanmoins été progressivement transformée en véritable bouclier militaire du pouvoir présidentiel. Successivement appelée garde républicaine de sécurité, garde présidentielle puis garde républicaine, elle bénéficiait d’équipements, de moyens financiers et d’une proximité avec la présidence supérieurs à ceux de nombreuses unités régulières. Sa mission première demeurait la sécurité et la protection du chef de l’État.

Oligui Nguema, un homme venu du système

Brice Clotaire Oligui Nguema connaissait parfaitement cette architecture sécuritaire. Ancien aide de camp d’Omar Bongo, responsable du renseignement de la garde républicaine puis commandant de cette unité à partir de 2020, il avait longtemps évolué au cœur du dispositif présidentiel. L’homme qui allait renverser Ali Bongo n’était donc pas un adversaire extérieur, mais un produit du système devenu suffisamment puissant pour le faire tomber.

Autour de lui, des officiers issus des différentes forces de défense et de sécurité ont constitué le CTRI et présenté un front uni. Tous les militaires n’avaient probablement pas participé à la préparation initiale de l’opération, mais les différents corps se sont rapidement rangés derrière la nouvelle autorité. Cette coalition militaire a permis de neutraliser le pouvoir sans confrontation armée majeure et d’empêcher toute résistance organisée du camp Bongo.

Une révolution de palais devenue « libération »

La chute d’Ali Bongo a é largement accueillie par des scènes de liesse à Libreville et dans plusieurs villes du Gabon. Pour de nombreux citoyens, le caractère anticonstitutionnel de la prise de pouvoir pesait moins lourd que la fin d’une dynastie devenue synonyme d’immobilisme, d’inégalités et d’élections contestées. Le coup d’État a ainsi rapidement été qualifié de « coup de libération », avant que le 30 août ne soit institutionnalisé comme Fête nationale de la Libération.

Cette lecture n’a toutefois jamais été unanimement partagée. L’Union africaine avait immédiatement suspendu le Gabon de ses activités en condamnant la rupture de l’ordre constitutionnel. Albert Ondo Ossa et plusieurs figures de l’opposition avaient également réclamé la restitution de leur victoire présumée, estimant qu’une révolution de palais ne pouvait remplacer la vérité des urnes.

Le début d’une nouvelle histoire gabonaise

Brice Clotaire Oligui Nguema a prêté serment comme président de la transition le 4 septembre 2023. Il a ensuite remporté l’élection présidentielle d’avril 2025, ouvrant une nouvelle séquence politique. Mais l’image fondatrice de son pouvoir reste celle du chef de la garde républicaine qui a utilisé contre la famille Bongo l’outil militaire destiné à assurer sa survie.

Le 30 août 2023 restera donc comme le jour où le système Bongo a été débranché par des hommes issus de son propre cœur sécuritaire. Cette date a mis fin à cinquante-six années de règne familial et ouvert une immense espérance dans le pays. La véritable portée de cette « libération » se mesurera toutefois à la solidité des institutions, à la sincérité des élections, au respect des libertés publiques et à la capacité du nouveau pouvoir à ne pas reproduire les pratiques qu’il avait juré d’abolir.

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