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Transition politique au Gabon : le 4e pouvoir doit jouer sa partition

Transition politique au Gabon : le 4e pouvoir doit jouer sa partition
Transition politique au Gabon : le 4e pouvoir doit jouer sa partition © 2023 D.R./Info241

Alors que le Gabon s’est résolument engagé sur le chemin d’une République, au sens de la gouvernance partagée et équitable du pouvoir, Carnaud Atomo Mengue, journaliste indépendant, fait une analyse globale de la situation post-coup d’État. Pour l’auteur, la presse doit jouer pleinement son role dans ce nouvel aurore qui se lève au Gabon. Lecture.

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Si tous les acteurs de la vie publique pouvaient éviter de retomber dans les mêmes pièges et les mêmes erreurs que par le passé, un passé encore si récent, alors que le pays s’engage sur le chemin de la nouvelle République, cela épargnerait assurément une importante débauche de temps et d’énergie à ce peuple enthousiaste et à ces autorités visiblement volontaires, dans un contexte de reconstruction nationale.

L’efficacité, la lucidité et surtout l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, tels pourraient être les maitre-mots de cette nouvelle ère que des générations entières ont fébrilement attendue et qu’elles ont souvent injustement manquée d’étreindre. Après avoir vaincu l’allégorie de la caverne, il ne sert à rien de servir la même rengaine à un peuple libéré et affranchi du joug d’un système monolithique. Il est absolument inutile de faire du rabâchage à une masse qui s’attend aujourd’hui à autre chose qu’à ces comportements de larbins dont il a été gavé durant les quatorze dernières années.

La « VAR »

Depuis la prise de pouvoir des militaires le 30 août dernier, l’administration publique dans tous ses secteurs est embarquée dans une indescriptible et hypocrite frénésie. Chacun cherche à préserver « son bout de pain » et à protéger ses arrières dirait-on. Pourtant, la multiplication des maladresses et l’absence de vergogne de ceux qui ont publiquement retourné leur veste au lendemain du changement de régime et qui aujourd’hui renient allégrement Ali Bongo, sont aussi visibles que le nez sur un visage.

Les anciens thuriféraires de tous les secteurs, particulièrement de la télévision, que « la VAR » n’a pas manqué de scanner, toute honte bue se passent aujourd’hui pour des victimes du système quand ce sont eux, en tant que maillon fort de la société civile, qui auraient dû lutter les premiers contre un système oppresseur. « Vous ne dénonciez pas assez » leur a courtoisement mais ironiquement rappelé le président de la Transition, en s’adressant à eux. C’est dire s’ils sont tous notoirement connus. Pour emprunter une image chrétienne, on ne peut pas « naitre de nouveau » aussi facilement.

Du nouveau et du neuf

C’est le lieu de regretter le comportement mimétique observé chez ceux qui, pour avoir longtemps baigné dans les eaux de l’ancien régime, restent incapables de se défaire de leurs habitudes administratives et professionnelles. Une seconde nature dit-on. Le constat et les commentaires que font de nombreux observateurs de la vie publique sur les réseaux sociaux, en réaction aux programmes des chaines de radio et de télévision publiques restent à eux seuls très éloquents. C’est la télévision publique qui la première avait compris que le pays avait changé, car c’est bien par ses canaux généralement fermés à la critique politique et populaire, souvent opposés à la dénonciation des forfaitures et à l’expression démocratique, que la nouvelle de l’effondrement du régime demi-séculaire du PDG est entrée de façon matinale dans les foyers des Gabonais.

Cependant, c’est aussi cette télévision publique qui feint d’oublier que les métiers dont elle regorge obéissent à une éthique et à une déontologie avec lesquelles il ne faut pas prendre des libertés. Il est donc temps de les observer. Aujourd’hui plus qu’hier, les Gabonais attendent du nouveau et du neuf à la télévision. Ils viennent de passer plus de cinquante ans à n’entendre que le seul son de cloche du parti au pouvoir, à ne percevoir des paroles élogieuses que sur les seuls dirigeants du Parti dit Démocratique Gabonais. Ils ont passé ce temps-là à être dans la privation de leur propre voix. C’est pourquoi en très grande majorité ils avaient renoncé à la télévision publique, pourtant totalement financée par l’argent du contribuable. Maintenant que pour la première fois ils sont plus sept mille à regarder le JT sur les réseaux sociaux, il faut du nouveau et du neuf, il faut de l’inventivité.

Atalakouisme, lèchebottisme et kounabélisme

Il est donc urgent de faire entendre aux chaines publiques qu’au cas où elles ne l’auraient malgré tout pas remarqué, le pays vient de tourner une page de son histoire, avec elle une page de leur propre histoire. Il est tout aussi impérieux de leur rappeler qu’aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, le Gabon est aussi entré dans une nouvelle ère, où l’Aurore tant chantée s’est réellement levée. La télé du Gabon ne doit pas rater le coche de la liberté et de la modernité. Elle doit se débarrasser de tous les oripeaux de la pensée unique, elle doit absolument s’éloigner de ses vieilles habitudes.

Cette période de Transition ne doit pas concerner que la politique. Elle doit aussi être structurelle. Elle doit refonder l’administration et incarner le fameux « changement de mentalité ». Qui pourrait donc signifier à nos chaines publiques que les nouvelles autorités n’ont pas besoin de caresses dans le sens du poil à longueur d’émissions. Leur objectif, si l’on s’en tient aux premières grilles de lecture, n’est pas de s’éterniser au pouvoir. Qui pourrait dire à nos chaines publiques que ces autorités n’ont pas besoin qu’on leur lance des fleurs, qu’elles n’ont pas besoin d’atalakous, ni de lèchebottistes, ni de kounabélistes.

Le CoTRI n’a rien à faire du fait qu’un « cours » sur la notion de « coup d’État » soit dispensé à la télévision. Il sait que le peuple a adhéré massivement et sans retenu au renversement du régime du Parti dit Démocratique Gabonais. Ceci est aussi inconvenant que de laisser quelqu’un tenter d’expliquer ou de justifier à la télévision les « bienfaits » de la coupure d’internet dans un pays démocratique. Les autorités de la Transition préfèreraient que soient organisés des débats contradictoires sur les sujets du social : l’eau, l’éducation, la santé, la vie chère. Elles aimeraient que soient déterminées les responsables de cette situation…etc. C’est de là qu’elles tireraient les meilleures idées pour concrétiser leur action et non dans les éloges à son endroit.

Rendre à la presse ses lettres de noblesse

Le CoTRI préfèrerait que soient réalisés des reportages qui mettraient en lumière les urgences du moment. C’est cela qu’il attend des messagers de la télévision. Le peuple, seul souverain de la Nation, n’a absolument rien à faire qu’on lui justifie davantage cette prise de responsabilité de l’armée, car peu importe la manière, il aspirait lui-même déjà profondément à la mise en panne de la machine PDG et à la mise en déroute de sa longue machination contre ses intérêts.

Faut-il repenser la télévision publique gabonaise ? La question vaut son pesant d’or. Première vitrine du pays à l’internationale, elle n’a plus droit à l’erreur dans ce landernau médiatique compétitif, dynamique et global. Elle est désormais tenue à l’obligation d’objectivité, d’équilibre, de professionnalisme, voire de résultat, toutes choses qu’on lui a reproché d’occulter toutes ces dernières années.

De façon générale, la corporation doit se rendre compte que le quatrième pouvoir qu’elle incarne, vient de s’émanciper des pesanteurs que lui imposaient les politiques : députés, maires, sénateurs, ministres, présidents et puissants directeurs généraux qui confisquaient sa liberté de dire et d’écrire. « N’ayez pas peur (…) La presse, c’est le quatrième pouvoir, nous allons vous rendre vos lettres de noblesse. Faites votre travail, faites-le bien ». Cette conclusion Président du CoTRI lors de son entretien avec l’ensemble de la confrérie est un gage de Liberté. C’est à nous de redorer le blason de cette congrégation c’est à nous de redonner du crédit à notre télévision. Redonnons le bonheur, la fierté et surtout l’envie aux téléspectateurs Gabonais d’ici et d’ailleurs de regarder les programmes de toutes nos chaines.

Carnaud ATOMO MENGUE
Journaliste indépendant
ESJ Paris

@info241.com
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