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Gabon : 43 biens à Dubaï en 3 ans, une supercar... les achats luxieux d’un fils d’Omar Bongo passé par le budget de l’État

Gabon : 43 biens à Dubaï en 3 ans, une supercar... les achats luxieux d’un fils d’Omar Bongo passé par le budget de l’État
Gabon : 43 biens à Dubaï en 3 ans, une supercar... les achats luxieux d’un fils d’Omar Bongo passé par le budget de l’État © 2026 D.R./Info241

Qui a dit que les Bongo n’avaient pas tous des goûts de luxe payés avec de l’argent public ? Une nouvelle déflagration médiatique et judiciaire vient secouer l’entourage de l’ancien régime gabonais mais pas que. L’Organized crime and corruption reporting project (OCCRP) a rendu publiques ce mercredi 24 juin les conclusions d’une vaste enquête internationale ciblant Fabrice Albert Andjoua Ondimba Bongo dont Info241 a obtenu copie. Le fils de feu le président Omar Bongo et de l’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo, est formellement soupçonné d’avoir bâti un empire financier tentaculaire et d’avoir acquis des propriétés luxueuses à travers le monde, tout en ayant la haute main sur les caisses de l’État.

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L’investigation, menée conjointement avec le journal Le Monde dans le cadre du projet OpenLux, met en lumière les actifs colossaux amassés par l’ancien haut commis de l’État. Fabrice Andjoua a en effet occupé le poste hautement stratégique de directeur général du budget et des finances publiques sous la présidence de son demi-frère Ali Bongo. Reconduit après le coup d’État d’août 2023 à la tête de la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes, il a finalement été limogé en septembre 2025, accusé par l’opinion publique de vouloir diriger son administration à distance depuis Dubaï.

 Un décalage abyssal entre revenus officiels et acquisitions dubaïotes

Le cœur de cette enquête repose sur une troublante asymétrie financière. Le consortium de journalistes s’est penché sur les revenus officiels dont bénéficiait l’ex-directeur. Selon les dispositions d’un décret datant de 2015, le salaire maximum d’un haut fonctionnaire affecté au département du budget, justifiant de trente années de service, plafonne à environ 1 900 dollars mensuels, soit près de 1,14 million de francs CFA. Ce traitement officiel, bien que confortable à l’échelle locale, contraste violemment avec les milliards injectés dans un portefeuille immobilier démesuré.

Une des nombreuses acquisitions à Dubaî du flis à Mborantsuo

C’est aux Émirats arabes unis que les dépenses ont été les plus frénétiques, loin des regards des institutions de contrôle de Libreville. Les fuites de données immobilières révèlent que l’ancien argentier de l’État a acquis pas moins de 43 propriétés à Dubaï entre 2020 et 2023, en plein exercice de ses fonctions. Le montant total de cette frénésie d’achats s’élève à 15 millions de dollars, soit la somme vertigineuse d’environ 9 milliards de francs CFA. Bien qu’il ait depuis liquidé une partie de ce patrimoine, les journalistes affirment qu’il conservait encore en mai dernier une dizaine d’appartements de haut standing dans le luxueux complexe de Golf Town.

 Le portefeuille immobilier et automobile en chiffres

Pour mieux saisir l’ampleur des investissements réalisés par Fabrice Andjoua et son entourage immédiat, les journalistes d’investigation ont dressé une cartographie précise de ces actifs. Au-delà de la pierre, l’ancien directeur général nourrit une passion onéreuse pour les véhicules de grand luxe. Cette appétence s’est matérialisée par la création d’une entreprise de location aux États-Unis, baptisée More4LessExotics, et par des importations privées de bolides hors de prix.

Le fils à papa et ses goûts grand luxe

Afin de mesurer la pleine démesure de ces acquisitions réalisées sous le sceau du secret, voici un aperçu chiffré des principaux biens identifiés par l’OCCRP, assorti de leurs équivalences en FCFA :

Catégorie d’actif Localisation Valeur d’origine (USD / EUR) Équivalent estimé (FCFA) Détails des investissements
Parc immobilier (43 biens) Dubaï (Émirats arabes unis) 15 000 000 $  9 milliards FCFA Dont 28 appartements acquis dans la seule tour Sobha Creek Vistas (Meydan).
Supercar Brabus GLE900 Importé vers Libreville 400 000 $  240 millions FCFA Véhicule rare (25 exemplaires au monde) expédié d’Anvers quelques semaines avant le coup d’État.
Immobilier maternel (3M) Dubaï (Émirats arabes unis) > 3 000 000 $  1,8 milliard FCFA Propriétés luxueuses attribuées à sa mère, Marie-Madeleine Mborantsuo, révélées en 2024.
Location de luxe (More4LessExotics) États-Unis (Las Vegas, Miami...) 1 000 $ à 2 000 $ / jour  600 000 à 1,2 million FCFA Tarifs journaliers pour la location de Ferrari, Lamborghini et Bentley proposée par sa société américaine.

 Des montages opaques en Europe rattrapés par la justice

L’ingénierie financière du clan s’étend également au cœur de l’Europe, plus précisément au Grand-Duché de Luxembourg, réputé pour sa discrétion fiscale. Les données du registre des sociétés montrent que Fabrice Andjoua y détient de solides ramifications. Il est identifié comme le bénéficiaire effectif d’Epila SCI, créée en 2022, et d’Autoword SC, une entreprise acquise en 2021. Preuve de la fébrilité qui entoure ces montages, l’intéressé a entamé les démarches pour dissoudre précipitamment la société Autoword SC au mois de mai, à peine 48 heures après avoir été contacté par les enquêteurs de l’OCCRP.

La supercar ramenée à Libreville

Cette manœuvre d’urgence s’explique très certainement par l’étau judiciaire qui se resserre dangereusement autour de lui. La justice luxembourgeoise a formellement confirmé l’ouverture, en mai dernier, d’une information judiciaire le visant, lui ainsi qu’un associé. L’enquête porte sur de très lourdes charges, notamment pour des soupçons de « faux et usage de faux », de « fraude fiscale aggravée », de « défaut de publication des comptes annuels » et de « blanchiment de biens ».

 Bougival et les ramifications de l’affaire des biens mal acquis

Sur le territoire français, le patrimoine familial suscite également l’intérêt de la justice. La holding immobilière Nouo, co-fondée par la mère et le fils, détient une vaste propriété de 754 mètres carrés située à Bougival, une commune très prisée de la banlieue ouest-parisienne. Lors de la création de cette structure en 2000, Marie-Madeleine Mborantsuo y avait injecté près de 590 000 euros (soit environ 387 millions de francs CFA). À l’inverse, Fabrice Andjoua, alors étudiant de 24 ans, n’y avait contribué qu’à hauteur de 15 euros (près de 9 800 francs CFA), tout en étant adroitement désigné comme directeur de la structure. À titre de comparaison sur la valorisation actuelle, une demeure voisine de standing similaire s’est vendue à plus d’un million d’euros (soit environ 655 millions de francs CFA) fin 2021.

Des biens ici en banlieue parisienne

Toutes ces découvertes accablantes gravitent inévitablement autour de la tentaculaire affaire des « biens mal acquis ». Si Fabrice Andjoua n’est pas encore formellement mis en examen dans ce dossier parisien — contrairement à huit de ses demi-frères et sœurs —, la pression s’intensifie. L’enquête de l’OCCRP éclabousse d’ailleurs d’autres proches du clan, à l’instar de Lin Mombo, ancien compagnon de la juge constitutionnelle. Les documents judiciaires révèlent que ce dernier a organisé la cession expéditive des parts de sa SCI française pour la somme dérisoire de 2 000 euros (soit 1,3 million de francs CFA) à un conseiller officieux, dans le but avoué de soustraire son patrimoine aux autorités alors qu’il était visé par une enquête en France.

 L’omerta judiciaire Bongo sous la Ve République va-t-elle se poursuivre ?

Reste à savoir ce que fera la justice gabonaise de ces nouvelles révélations sur les anciens dirigeants du pays. Pendant le règne des Bongo, la justice gabonaise sous leur contrôle a toujours fermé les yeux sur les excès pourtant documentés des tenants du régime. L’arrivée de Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a promis une justice indépendante, peine à se soucier des avoirs acquis par la famille Bongo sur le dos du contribuable. Il règne sur ce dossier entre l’ancien et le nouveau régime, un culte d’Omar Bongo, qui a d’ailleurs été érigé en super démocrate du pays avec un musée dédié à la Cité de la démocratie par Oligui Nguema himself.

Des Bongo hors d’atteinte judiciaire au Gabon

Difficile de penser que celle que le président Oligui Nguema avait encensée publiquement et notoirement, Marie-Madeleine Mborantsuo, s’attire les foudres de la justice de son pays. Encore moins son fils Fabrice Andjoua, qui avait été promu durant la transition. La justice gabonaise officiellement restaurée va-t-elle enfin se saisir de l’épineux dossier des biens mal acquis pour faire la totale lumière sur ces biens acquis sur le dos du contribuable ou va-t-elle encore sous Oligui décider de laisser courir ces criminels en col blanc dont il est par ailleurs très proche ? Les prochaines semaines et mois devraient nous édifier sur la « pseudo » indépendance de la justice gabonaise ou si elle fait même sous la Ve République l’objet d’une omerta judiciaire entretenue au sommet de l’État.

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