Liberté de la presse 2026 : le Gabon d’Oligui Nguema chute de deux places au classement RSF
Le signal est moins spectaculaire qu’inquiétant, mais il mérite lecture politique. Dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières ce 30 avril, le Gabon recule de deux places et se retrouve au 43e rang sur 180 pays. Le pays obtient un score global de 70,57 points, contre une dynamique plus favorable l’an dernier, où il avait atteint la 41e place. Sous Brice Clotaire Oligui Nguema, investi président après sa victoire à la présidentielle de 2025, le Gabon reste donc bien classé, mais il perd une partie de l’élan qui avait accompagné la transition.
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Un recul limité, mais politiquement lisible
La chute de deux rangs ne fait pas basculer le Gabon dans une zone critique, mais elle casse une trajectoire ascendante très observée. Avec sa 43e place, Libreville reste dans le haut du classement africain et conserve une image relativement favorable par rapport à de nombreux pays du continent. Mais le score de 70,57 points montre aussi que le pays n’est pas encore solidement installé parmi les références africaines de la liberté de la presse. Le message de RSF est clair : les acquis existent, mais leur consolidation reste inachevée.
Tableau comparatif du classement RSF 2026
| Pays | Rang mondial RSF 2026 | Score | Lecture |
|---|---|---|---|
| Afrique du Sud | 21e | — | Référence continentale, nettement devant le Gabon |
| Namibie | 23e | — | Très bien classée en Afrique |
| Ghana | 39e | — | Devance le Gabon de 4 places |
| Cap-Vert | 40e | — | Devance le Gabon de 3 places |
| Maurice | 42e | 70,92 | Juste devant le Gabon |
| Gabon | 43e | 70,57 | Recul de 2 places, mais reste bien positionné |
| Gambie | 46e | — | Juste derrière le Gabon |
| Côte d’Ivoire | 54e | — | Derrière le Gabon de 11 places |
| Congo-Brazzaville | 68e | 61,21 | Voisin direct, largement derrière le Gabon |
| Tchad | 93e | — | Afrique centrale, situation plus fragile |
| Guinée équatoriale | 94e | 52,79 | Voisin direct, loin derrière le Gabon |
| RD Congo | 130e | — | Afrique centrale, très net retard |
| Cameroun | 133e | 40,88 | Voisin direct, très loin derrière le Gabon |
Dans son environnement immédiat, le Gabon garde une nette avance. Le Congo-Brazzaville arrive 68e avec 61,21 points, la Guinée équatoriale est 94e avec 52,79 points, tandis que le Cameroun tombe à la 133e place avec 40,88 points. L’écart est donc considérable avec Yaoundé, mais aussi avec Malabo, où la liberté de la presse reste beaucoup plus contrainte. Même en recul, le Gabon demeure le mieux placé parmi ses voisins directs.
Un leadership régional à relativiser
Cette avance sous-régionale ne doit cependant pas masquer les fragilités internes. Le Gabon fait mieux que le Tchad, classé 93e, que la République démocratique du Congo, 130e, et que le Cameroun, 133e. Mais il reste derrière les meilleurs élèves africains, notamment l’Afrique du Sud, 21e, la Namibie, 23e, le Ghana, 39e, le Cap-Vert, 40e, et Maurice, 42e. Autrement dit, le pays domine l’Afrique centrale proche, mais il n’appartient pas encore au premier cercle continental.
Le classement africain montre une hiérarchie exigeante pour Libreville. L’Afrique du Sud et la Namibie restent largement devant, avec des scores supérieurs à 76 points, tandis que le Ghana et le Cap-Vert devancent encore le Gabon de quelques rangs. Maurice, classé 42e avec 70,92 points, se place juste devant le Gabon, qui suit immédiatement avec 70,57 points. Cette proximité statistique souligne que le pays peut regagner rapidement du terrain, à condition de corriger les signaux faibles relevés par RSF.
Les indicateurs montrent une situation contrastée
Dans le détail, le Gabon affiche de bons résultats sur plusieurs indicateurs. Il se classe 33e sur le plan politique, 42e sur l’indicateur économique, 49e sur l’indicateur légal et 45e sur l’indicateur social. Le point le plus fragile reste l’indicateur sécuritaire, où le pays n’apparaît qu’au 65e rang malgré un score de 86,31 points. Cette faiblesse relative rappelle que la liberté de la presse ne se mesure pas seulement au classement général, mais aussi aux conditions concrètes d’exercice du métier.
Pour le pouvoir d’Oligui Nguema, ce recul arrive comme un avertissement à faible bruit, mais à forte portée symbolique. Le Gabon ne s’effondre pas, il ne décroche pas, mais il cesse de progresser au moment où les attentes démocratiques restent élevées. La comparaison avec ses voisins donne au pays un avantage politique évident, mais la comparaison avec les meilleurs africains rappelle le chemin restant. Si Libreville veut retrouver une dynamique positive, il lui faudra renforcer l’indépendance des médias, garantir l’accès aux sources publiques et protéger les journalistes contre toute pression administrative, judiciaire ou économique.
@info241.com
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