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Vœux à la Nation : Oligui Nguema tance les dérives de ses équipes et promet de serrer encore la vis !

Vœux à la Nation : Oligui Nguema tance les dérives de ses équipes et promet de serrer encore la vis !
Vœux à la Nation : Oligui Nguema tance les dérives de ses équipes et promet de serrer encore la vis ! © 2026 D.R./Info241

Dans son discours de vœux à la Nation prononcé ce mercredi 31 décembre depuis Koulamoutou, Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas seulement déroulé un bilan et un agenda pour 2026. Le président gabonais a aussi livré une charge inhabituelle contre ce qu’il décrit comme des dérives politiques et administratives, pointant à la fois des comportements observés dans l’appareil d’État et des attitudes relevées dans le champ politique et social plus large. Un passage au ton sévère, où l’ancien général d’armées a voulu marquer une ligne : la Ve République, dit-il, ne peut pas prospérer avec les « mauvaises habitudes » et les réflexes de prédation.

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 « Aujourd’hui, c’est notre tour » : la prédation au cœur de la critique

Le chef de l’État affirme avoir observé, depuis deux ans, des responsables « investis de responsabilités » qui confondent service public et intérêts privés. Il cite l’enrichissement illicite et cette phrase qu’il dit entendre : « Aujourd’hui, c’est notre tour, on prend tout. » Derrière la formule, l’accusation est lourde : une partie de l’administration et de la sphère de décision continuerait de fonctionner selon une logique de captation, en contradiction frontale avec les promesses de rupture.

Les travers dénoncés par Oligui Nguema dans l’appareil d’État et hors de celui-ci

Champ visé Travers dénoncé Formulation / citation clé Ce que cela implique selon le président Cible probable (sans nommer)
Dans l’appareil d’État Confusion entre service public et intérêts privés « …confondre service public et intérêts privés… » Dérive incompatible avec l’idéal républicain, assimilée à une trahison de la République Gestionnaires publics, hauts responsables, entourage administratif
Dans l’appareil d’État Enrichissement illicite et logique de prédation « Aujourd’hui, c’est notre tour, on prend tout. » Fin annoncée de l’impunité, retour à la probité et à la redevabilité Responsables ou agents profitant de leur position
Dans l’appareil d’État Ostentation, exhibition des fonctions « …exhibent leurs fonctions… » Atteinte à l’exemplarité, fragilisation de l’autorité morale de l’État Nouveaux responsables, cadres en visibilité
Dans l’appareil d’État Manque d’éthique et d’exemplarité « …nouveaux visages… mais dépourvus d’éthique et d’exemplarité… » Décrédibilise la Ve République et sa promesse de rupture Nominés récents, dirigeants de structures
Dans l’appareil d’État Arrogance « …l’arrogance… » Rupture avec les valeurs de respect et de dignité, tension avec les citoyens Décideurs et agents au contact du public
Dans l’appareil d’État / société Tribalisme et repli identitaire « …nourrissant le tribalisme et le repli identitaire… » Menace pour l’unité nationale et la cohésion sociale Leaders d’opinion, responsables politiques/administratifs
Hors appareil d’État Nostalgie d’un « passé révolu » et volonté de blocage « …nostalgiques d’un passé révolu… freiner notre marche… » Suspicions de manœuvres contre la dynamique en cours Anciens réseaux, opposants radicaux, factions
Hors appareil d’État Démarches de « déstabilisation » « …œuvrant à la déstabilisation du pays… » Présenté comme un risque sécuritaire et politique Acteurs politiques et sociaux hostiles
Champ politique et social Postures extrêmes, ardeurs excessives, propos véhéments « …postures extrêmes… ardeurs excessives… propos véhéments… » Climat délétère, surchauffe, perte du sens du bien commun Responsables politiques, activistes, débat public
Champ politique Politique réduite à la conquête du pouvoir « …ne saurait se réduire à la seule conquête du pouvoir… » Appel à remettre le progrès, le bien commun, le destin collectif au centre Partis et acteurs en logique électoraliste
Champ politique et social Énergie forte en période électorale, faible sur les chantiers nationaux « …l’ardeur… s’estompe… lorsqu’il est question… d’ériger les infrastructures… lutter contre le chômage… » Invitation à se mobiliser sur l’action publique et le développement Classe politique, élites, décideurs
Dans et hors appareil d’État Frustrations de nominations et « vilification » d’autrui « …frustrés… s’emploient… à discréditer et vilifier autrui… » Dénonciation des guerres d’ego, du ressentiment et des campagnes de dénigrement Aspirants à des postes, influenceurs, relais politiques
Synthèse Rupture annoncée « Ces dérives doivent cesser. Elles cesseront. » Promesse d’autorité et de correction des comportements Ensemble des acteurs concernés

Ce message vise clairement l’intérieur de la machine publique, donc aussi, par ricochet, l’équipe au pouvoir. Oligui Nguema prévient que cette indulgence supposée doit prendre fin : « De tels comportements sont indignes de notre idéal républicain. Ils trahissent la République. » Avant d’asséner : « Ces dérives doivent cesser. Elles cesseront. » Une mise en garde qui sonne comme un avertissement à ceux qui se pensent protégés par leur proximité avec le centre du pouvoir.

 Nouveaux visages, vieilles pratiques : l’arrogance et l’ostentation visées

Le président s’en prend aussi à « certains nouveaux visages tant vantés », qu’il décrit comme dépourvus d’éthique et d’exemplarité. Il dénonce des responsables qui « exhibent leurs fonctions  », affichent une attitude marquée par « l’arrogance » et alimentent le « repli identitaire  ». Le propos, sans nommer, renvoie à une critique des comportements de cour, de l’abus de position et de la culture de l’impunité.

Cette séquence, adressée à ceux qui occupent ou gravitent autour des postes, est aussi une tentative de reprendre la main sur l’image du régime. Le chef de l’État semble reconnaître un risque politique : l’exécutif peut perdre la bataille de l’opinion si les symboles d’exemplarité sont contredits par des postures et des pratiques quotidiennes. D’où un rappel à l’ordre, qui recoupe son appel récurrent à la probité et à la reddition des comptes.

 Les « nostalgiques » et les « déstabilisateurs » : charge contre l’extérieur

Oligui Nguema élargit ensuite sa critique au-delà de son équipe. Il évoque « d ’autres, nostalgiques d’un passé révolu », qui chercheraient à freiner la marche vers le progrès en œuvrant à la « déstabilisation du pays », dans l’« illusoire espoir » d’un retour aux affaires. Le président place donc une partie de l’opposition — ou de l’ancien système — dans la catégorie des forces de nuisance, accusées d’entretenir un climat de tension.

Il fustige également les « postures extrêmes » et « ardeurs excessives  » observées chez certains acteurs politiques et sociaux. Pour lui, l’engagement ne peut pas se réduire à la conquête du pouvoir : il doit viser le bien commun. Il regrette d’ailleurs que l’énergie politique s’exprime avec force en période électorale, mais s’efface lorsqu’il faut « penser l’avenir  », construire des infrastructures ou lutter contre le chômage des jeunes.

 Frustrations, vilification et guerre d’ego : le président met en garde

Autre travers pointé : celui de la « vilification  » et des campagnes de discrédit. Oligui Nguema cite des profils « frustrés par l’absence de reconnaissance ou de nomination », qui s’emploieraient quotidiennement à attaquer autrui pour se faire remarquer et mieux se hisser. Là encore, le message vise autant l’intérieur du système (les attentes de postes, les rivalités de clans) que l’extérieur (la surenchère sur les réseaux, la conflictualité permanente).

Le président y voit une menace directe pour la cohésion nationale et l’éthique publique. Il appelle à servir la République avec « loyauté, abnégation, inclusivité et désintéressement  ». En creux, il tente de poser une norme : la Ve République doit rompre avec la politique des factions, des règlements de comptes et de l’appropriation du bien public.

 Un avertissement politique, une promesse d’autorité

Ce passage de son discours fonctionne comme un double signal. Vers l’intérieur, Oligui Nguema avertit que la proximité avec le pouvoir ne doit pas être une licence pour l’impunité, et que la tentation de « prendre tout  » sera combattue. Vers l’extérieur, il affirme qu’il ne laissera pas, selon sa lecture, les « déstabilisateurs » ralentir la dynamique enclenchée depuis le 30 août 2023.

Reste la question, centrale, de la traduction concrète. Les mots du président, sévères et précis, créent une attente immédiate : sanctions, audits, procédures, mises à l’écart, ou réformes de gouvernance. À l’orée de 2026, ces « travers » dénoncés — arrogance, tribalisme, prédation, déstabilisation, guerres d’ego — apparaissent comme le test politique majeur d’un pouvoir désormais sommé de prouver que l’exemplarité n’est pas qu’un slogan.

@info241.com
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